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Sauvée par le gong français, Ndjaména n'est pas tombée
 

Par deux fois entre 2006 et 2008, Paris est venu au secours de Déby face à ses rebelles. Washington qui est entré dans la danse se dispute peut-être le pétrole tchadien avec une France qui se défonce, dépense et "défense" sans retenue dans ses relations avec les autorités actuelles de Ndjamena.

Le Tchad Sous Haut Déby

L'expectative de la communauté internationale (France, Etats-Unis, Organisation des Nations Unies) et le timide blâme de l'Union africaine réunie à Addis Abeba se sont transformés en soutien plus ou moins actif après la clarification du dimanche 3 février quand les rebelles ont été contraints de quitter Ndjaména dans une confusion générale qui a ajouté à l’embarras extérieur face au maître du Tchad.

Sauvé par une France d’abord passive qui avait peut-être trop tôt vendu la peau de l'ours avec le départ précipité de ses ressortissants et la pantalonnade de la proposition d’exfiltration qui aurait scellé le sort de son régime, le pouvoir de Idriss Déby se trouve renforcé par la mise en garde de Paris aux rebelles et le voyage précipité de son ministre de la Défense le 6, l'avertissement américain au Soudan dans son soutien aux rebelles tchadiens et la condamnation de circonstance d'une Union africaine qui absout les auteurs de coups de force (Déby, en 90, et Bozizé de la Centrafrique de 2003) lorsque, une fois installés, ils ont la bonne idée d'organiser des élections qu'ils s'arrangent pour gagner ; Sassou Nguesso avait déjà montré la voie quand sa milice est venue à bout de l’armée nationale congolaise au cours d’une opération à forts relents de pétrole qui a renversé Pascal Lissouba pourtant démocratiquement élu mais contraint à l’exil par exfiltration, sous le silence approbateur d’une communauté internationale qui sentait peut-être dans l’exemple congolais l’importance de plus en grande grandissante qu’aurait l’or noir dans les relations internationales.

En avril 2006, la France n'avait pas mis les gants pour bombarder les positions avancées des rebelles en route vers Ndjaména. Le 2 février dernier, elle s'est contentée de ne pas intervenir officiellement lorsque des hélicoptères ont pourtant décollé de l'aéroport épargné par les rebelles qui laissaient à Paris l'entière maîtrise d'une zone d'évacuation des ses fils et des enfants étrangers qui le souhaitaient. Pour finalement desserrer l’étau autour de la capitale avec l’échec de facto de la tentative de renversement du gouvernement. Les bravades d’un envahisseur replié à plus de 400 kilomètres du siège du pouvoir ne doivent pas faire illusion : la tentative de prise du pouvoir a bel et bien échoué, contrairement à celui de Déby face à Hissène Habré, dix-huit ans plus tôt et selon le même format.

Le Tchad à haut débit maudit pour son pétrole sans part du futur, comme la plupart des pays africains fortement secoués pour la richesse de leur sous-sol imbibé, avait pourtant, avec l’insistance de la communauté internationale et de l’envahisseur de la bande d’Aouzou, essayé de verser dans le dilatoire avec son opposition : le 13 août 2007, sous l’égide d’une Libye soudain en odeur de sainteté avec l’humanité qu’elle avait fortement traumatisée par ses activités de soutien au terrorisme dans les années 80, avec Mouammar Khadaffi donc, les partis politiques tchadiens signaient un accord pour l’organisation d’élections en 2008 avec la participation de tous à une vie politique apaisée ; tous les leaders avaient signé sauf un, qui seront tous interpellés au lendemain des événements, le 3 février, en tout cas ceux qui se trouvaient sur le territoire tchadien.

Pour leur part, les Etats-Unis ont compris l'importance géostratégique de ce véritable centre de l'Afrique depuis Andrew Young et son "rôle stabilisateur des Cubains dans la Corne de l'Afrique" et en Angola. Au nom de sa croisade contre l'Islam sous le fallacieux manteau d'une lutte contre le terrorisme, le pays de l'Oncle Sam rêve de visions sur un certain nombre de questions qui demandent des solutions unilatérales à tous les niveaux, bilatérales et multilatérales, notamment contre le terrorisme et les catastrophes, naturelles ou intentionnelles. Appréciez l'euphémisme, dans le dernier exemple qui permet tout prétexte à intervention. A cet effet, le Département d’Etat, à travers le Service de Sécurité Diplomatique, organise fréquemment des formations aux Etats-Unis pour des responsables tchadiens sur la Gestion des Crises, pour une Amérique qui ne comprend la bilatéralité que comme forme de combat contre les autres, tous les autres qui ne voient pas comme eux, souvent avec la complicité des dirigeants africains plus soucieux de leur pouvoir que de développement de leur pays.

Les récents attentats dans la zone contre leurs symboles (ambassades, notamment à Nairobi) et les activités terroristes dans la zone qui empêchent jusqu'à la moindre participation aux rencontres de l'Union africaine justifient amplement, aux yeux du cow-boy texan actuellement à la Maison blanche, le sacerdoce yankee dans cette zone gigantesque et incontrôlable par des milices...islamistes armées pour semer le désordre au niveau local. Le malheur des populations locales vient en effet de la découverte et l'exploitation du pétrole au Tchad et au Soudan, mais aussi de l'intérêt soudain de la Chine pour les matières premières africaines.

L’empressement de la France qui dépêche son MVP Nicolas Sarkozy à Ndjaména, après le ministre de la Défense, devrait s’apprécier autrement que par une volonté de Déby d’absoudre les responsables de l’Arche de Noé qui ont bien navigué entre deux eaux dans l’affaire de la tentative d’exfiltration, aux fins de commerce humain, d’enfants du Tchad et du Darfour. Elle avait organisé en juin dernier une rencontre sur le Darfour sans les Africains eux-mêmes, étonnés de tant de sollicitude quand les formes diplomatiques n'y sont pas.

Le sud de l’Afrique pacifié (Angola, Mozambique et Afrique du Sud), le nord désertique et semi arabisé a accueilli les mercenaires dans leur grand trek vers les zones chaudes, de la Casamance sénégalaise à la guerre oubliée de l’Ogaden. La jonction circonstancielle avec des islamistes armés dans des lieux immenses et difficiles d’accès, surtout dans le nord des pays visités (Mauritanie, Niger, Tchad, Rd Congo, etc.) inquiète ceux qui croient devoir contrôler l’Afrique et ses richesses, surtout à parti d’une ligne médiane qui permet une intervention rapide dans le reste du continent.


Par Pathé MBODJE,
Journaliste, sociologue



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