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Togo : L'Opposition en quête de Compromis ou de Compromission?


A propos de la situation politique du Togo, Afrology vous présente ici un article qui résume les différents points de vue que l'on retrouve dans la bouche et sous la plume de plusieurs togolais...

Après les élections du 14 Octobre 2007, l'opposition, après sa triste "défaite électorale" chercherait-elle à participer au gouvernement ? A entendre les révélations de ses leaders, tout porte à croire que le CAR et l'UFC seraient disponibles à participer à un "Gouvernement d'Union Nationale". Si le ridicule tuait...

Si on devait en arriver là, pourquoi toute cette mobilisation de la communauté internationale et du corps électoral togolais ? A quoi auraient servi tous ces sacrifices humains ? Les acteurs politiques au Togo auraient-ils encore une notion d'éthique politique ? A quelle sorte de démocratie aspire-t-on vraiment au Togo ? Je pense que c'est une aberration de vouloir traiter tout un peuple de la sorte : de solliciter, en un temps, le suffrage populaire pour exécuter un programme social bien précis et de vouloir, dans un autre temps, intégrer un gouvernement dont on n'épouse pas du tout les idéaux et pratiques.

Pendant les campagnes électorales, il était question de proposer au peuple une alternative entre la continuité et le changement. Si nous restons dans la logique des choses, nous devons accepter que le RPT a légalement remporté ces élections. Considérons donc que le RPT a obtenu le suffrage universel et que l'Opposition a perdu. En bon citoyen, il serait bien de mettre au clair les règles démocratiques, si l'on veut une démocratie, au sens propre du mot. Je pense que ce serait très malhonnête de vouloir consciemment confondre les choses. L'opposition a toujours critiqué les apparatchiks du RPT et tout le système qui perdure. Faire partie du gouvernement signifierait pour l'opposition qu'elle est dépourvue de toute conviction et stratégie politique, c'est dire que l'opposition n'a rien de mieux à proposer au peuple, c'est renier à son statu d'opposition parlementaire, c'est soutenir le "Clan Gnassingbé", c'est donner le feu vert à la pérennisation de la dictature au Togo.

Fort de cela, je voudrais inviter tous les acteurs politiques togolais sans exception, à faire preuve de compétitivité et de rationalité, dans la gestion des affaires de l'Etat, s'ils veulent construire un Etat togolais digne de ce nom. Le RPT aurait obtenu officiellement le suffrage du peuple. Il lui revient ipso facto de former un gouvernement pour exécuter son Programme politique, social et économique. Il doit être permis à ce parti de mettre en place les mesures de reformes annoncées par son Président. Bien sûr que l'opposition est invitée à participer au progrès national, au lieu de rester dans l'immobilisme en tant que 'opposition para-parlementaire' à perpétuité. Qu'il soit cependant admis de respecter au moins les différences. Y a t-il encore des hommes qui défendent des valeurs dans notre pays ? Y a-t-il des gens qui agissent encore par conviction et par principe ? Y a-t-il encore des gens d'honneur dans notre chère patrie, le Togo ?

Certes, on me dirait que la donne politique togolaise a changé et que les hommes doivent s'adapter à la réalité du temps. Cependant, dans le contexte politique actuel du Togo, je pense que l'UFC, lui au moins, si ce parti voudrait bien encore préserver son image de détenteur de programme de vraie alternance, doit accepter jouer pleinement son rôle d'opposition parlementaire, dans cette fonction de contrôle de l'exécutif, si les conditions s'avéraient remplies. Car il serait prétentieux de vouloir accumuler les fonctions institutionnelles dans l'exécutif et dans le législatif en tant qu'opposition. Peut-être qu'une partie de l'opposition et plus précisément le CAR aurait des raisons pour intégrer ce gouvernement (puisque l'UFC aurait pris de distance par rapport au CAR et que l'UFC aurait mené des campagnes contre le CAR pendant les élections législatives du 14 octobre 2007). Mais je crois que ces raisons seraient plus d'ordre financier, histoire de rembourser quelques leaders qui ont investi énormément pendant leur assez longue lutte pour l'avènement de la démocratie au Togo, et qui de ce fait, selon les confidences d'un éminent diplomate d'antan en poste au Togo, s'en sont sortis "ruinés". Ainsi un poste de ministre leur permettrait de régler leurs problèmes financiers et de garantir leur pension de retraite. On peut être tenté de les comprendre. Quatre de l'opposition régulière ralliées au RPT : cela ne doit pas trop choquer. C'est peut-être ingrat et faire du tort au CAR de le traiter de la sorte. L'occasion est venue pour le CAR de prouver réellement sa détermination à continuer la lutte pour l'avènement de la démocratie au Togo, en conservant son indépendance vis-à-vis du RPT et que le CAR reste un parti d'opposition et un "arbitre", à la différence de l'UTD d' Edem Kodjo hier "charnièr" aujourd'hui CPP "assimilé au RPT".

Mais que l'UFC fasse son entrée au gouvernement, ce serait à mon avis, le comble. Cela donnerait raison à l'autre qui parlerait de la "ventrologie" comme credo politique, caricaturant ainsi la conception de l'exercice du pouvoir politique en Afrique. Sinon pour quelle raison l'UFC intégrerait-il le gouvernement ? Mettre son intelligence au service de la Nation ? L'UFC pourrait le faire autrement, en tant que groupe parlementaire. Je ne pense pas que le Président Faure Gnassingbé manquerait de personnes ressources pour former son gouvernement. Nous avons dans l'administration togolaise beaucoup de cadres compétents et expérimentés qui en réalité et dans l'ombre, font le travail dans les ministères. Il faut reconnaître que le poste de ministre reste politique donc attribué par consensus dans l'arène politique et selon les degrés d'influences politiques dans le parti. Le poste ministériel se mérite de part l'engagement et la confiance. Le ministre n'est pas forcément un technocrate. Je précise que le ministre est là pour des décisions politiques. Mais dans le contexte togolais, où le pouvoir est détenu par une seule personne, le Président de la république, il est permis de croire que le ministre n'a aucun pouvoir de décision, si le Président ne le délègue pas. Alors que va chercher l'UFC dans un gouvernement, où il ne serait pas capable de concevoir et d'exécuter un programme qui ne recevrait pas l'assentiment du Président. Comment cette équipe gouvernementale pourrait fonctionner ?

J'espère que le Président de la République comprendrait que ce n'est pas une bonne idée d'associer ses ennemis politiques dans un gouvernement dont il présiderait les travaux du conseil des ministres. Qu'il me soit permis de prévenir le Président de la République Togolaise qu'il y aurait beaucoup de dysfonctionnements et que cela entraverait ses actions politiques pour réaliser sa vision pour la Nation, s'il en a une. A moins que le président n'accepte de laisser faire l'opposition pour s'attribuer les mérites et se profiler comme l'homme de l'Unité nationale. Ainsi l'opposition serait acquise à sa cause, puisqu'elle serait de facto anéantie. Ainsi les voies lui seraient ouvertes pour gagner les prochaines élections présidentielles en 2010. Et je suis certain que l'actuel Président n'est pas prêt à quitter le pour maintenant. N'est-ce pas qu'il solliciterait un deuxième mandat pour continuer ses réformes politiques. A moins qu'il ait négocié son retrait avec l'opposition et obtienne des garanties sincères et juridiquement approuvées. Le reste ne serait que du fiasco.

Par ailleurs, je suis persuadé que le parlementaire, dans son rôle en tant que tel, peut contribuer énormément à la consolidation des instituions républicaines ou à leur démocratisation, si l'on lui donne les moyens pour travailler réellement. Il est vrai qu'au Togo le fonctionnement de l'administration parlementaire est aléatoire et nécessite une réorganisation structurelle et institutionnelle pour qu'elle soit performante. A mon avis il serait donc souhaitable que l'opposition exige l'amélioration du statut et des conditions de travail des parlementaires pour qu'ils assument pleinement ce rôle du contrôle de l'exécutif et pour légiférer; statut et conditions de travail du parlementaire concernant le logement, la mobilité, l'équipement bureautique et informatique, la documentation, le système de communication et surtout la possibilité de disposer d'un bureau et de conseillers ou d'expertises concernant leur domaine d'intervention. Il est à noter qu'on ne peut exiger du parlementaire qu'il maîtrise toute les questions qui seront abordées pendant les séances du travail parlementaire.

Si l'UFC manque d'expérience en matière parlementaire, il pourrait solliciter l'aide et des fondations et institutions de pays des pays amis aux Togo, telles que le Programme des Nations Unis Pour le Développement , le Canada, les USA, l'Allemagne, la France et surtout l'Union Européenne et des organisations internationales telles que l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), Organisation Mondiale des Parlementaires Contre la Corruption- GOPAC, Union interparlementaire à Genève, le Parlement panafricain qui disposeraient des fonds important et des expertises pour la « Promotion de la démocratie et la bonne gouvernance ». Mais il faudrait au préalable accepter leurs conditions de ces pays qui, pour être critique, sont de concept impérialiste. Il faudrait donc que l'UFC s'arrange autrement pour assurer la transparence dans la gestion de ces projets ou programmes de développement organisationnel. Humblement l' UFC pourrait s'associer avec le CAR qui a une certaine expérience dans la coopération internationale en cette matière. Certainement l' UFC a de très bonnes chances pour recevoir cet appui s'il en sollicite, à condition qu'il prenne au sérieux son statu d'opposition parlementaire et accepte faire partie du « jeu politique », c'est à dire être favorable à leurs intérêts (sans vouloir être naïf).

Cependant un minimum de bagage intellectuel et de culture générale devrait permettre aux parlementaires de participer aux débats et d'échanger avec leurs collègues nationaux et internationaux. Ce n'est pas encore un péché si le parlementaire n'est pas un diplômé d'une école supérieure. On devrait d'ailleurs prendre des dispositions que nos parlementaires aient une possibilité de formation continue en économie politique, en droit et langue étrangère (l'anglais surtout) et peut- être en rhétorique (mais pas pour être de bons démagogues dans le sens péjoratif) en vue de formuler, d'exprimer clairement et de défendre valablement leur points de vue, au lieu d'occuper les fauteuils et de ne pouvoir que lever tout simplement les mains, en obéissant ainsi à l'ordre du chef de fraction parlementaire, pendant les procédures pour légiférer. Il faudrait que le parlementaire soit réhabilité dans sa fonction de représentant du peuple. C'est plutôt ce statu que l' UFC (ainsi que le CAR, pour être reconnaissant, puisque ce parti aurait au moins le mérite d'avoir organisé ces élections et contribué à sa propre disqualification sur la scène politique) doivent exiger, au lieu de s'atteler à briguer des postes ministériels juteux dans le prochain gouvernement.

Ayant obtenu ces conditions, je pense que l'opposition se donnera ainsi, en amont, les moyens de convaincre l'électorat, de leur compétence et aptitude à s'impliquer plus à la gestion transparente et juste des affaires de l'Etat, et en aval, de solliciter le suffrage universel aux prochaines élections pour disposer du pouvoir exécutif , afin d'entamer les réformes institutionnelles telles que l'opposition le conçoit, à sa manière et contrairement à ce que le RPT avec son Président Faure Gnassingbé laissent entendre. Espérons qu'à l'heure venue, l'UFC avec une majorité qualifiée à l'Assemblée Nationale tâcherait à réformer l'Etat en procédant en premier lieu par une révision constitutionnelle pouvant assurer réellement la séparation des pouvoirs (l'exécutif, le législatif et le judicatif) sans oublier de permettre à la presse de jouer son rôle de promotrice de la transparence et d'éducation civique.

Mais attention, si jamais l'actuel Président de la République togolaise, notre chef d'Etat et de Gouvernement, celui qui détient réellement tous les pouvoirs de l'Etat, jusqu'à preuve du contraire réussissait ces réformes avant les élections prochaines, si son Excellence Monsieur Faure Gnassingbé ait la présence d'esprit à entériner ces réformes, on serait alors dans l'obligation d'affirmer que l'opposition est inutile. Il faudrait alors redéfinir le rôle de l'opposition dans une démocratie au Togo. N'est-ce pas alors « Alice au pays des merveilles » ? Mais bien avant que nous soyons si avancés démocratiquement, c'est à dire, comme en Europe, où la démocratie donne droit à ne pas accomplir ses devoirs de citoyens, à ne pas aller voter, nous pouvons déjà prendre rendez-vous sur la place du marché des moutons. Car en fait de compte c'est l'électorat qui est traité comme ces bêtes. Oui, finalement les politiciens se moquent bien de l'électorat. Car choisie ou pas choisie, la coalition aura bien lieu et tant pis à ceux qui cela n'en déplaise ! Pauvre Togo !

Vive la démocratie togolaise !

Par Dodji SOKPO
Le 30 Octobre 2007


1. La constitution togolaise prévoit un conseil économique et social, cette institution pourrait être mise au service des parlementaires, si elle était mise en place et elle fonctionnerait sans doute, s'il y avait une volonté politique.
2. URL : http://www.undp.org/governance/sl-parliaments.htm
3. URL : http://www.ipu.org
4. Vraisemblablement Kpatcha Gnassingbé n'y est pour rien, même s'il est connu comme politicien affairiste. Il n'en est d'ailleurs pas moins que les autres du Clan qui ensemble auraient monté cette histoire et qui semble être une campagne de désinformation exécutée par les services de renseignements du régime ; cette méthode consisterait à renforcer le pouvoir du clan dont tous les frères Gnassingbé incarneraient.
 



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