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Crise économique et
lutte contre le sida
Difficultés et perspectives du financement des programmes de lutte
contre le sida
Une enquête concernant l’impact de la crise économique sur les
programmes de prévention et de traitement du vih et sida a été menée en
mars 2009 conjointement par Onusida, la banque mondiale et l’Oms dans 71
pays à travers le monde dont 29 en Afrique. Il ressort des résultats de
cette recherche, disponibles depuis le mois de juin 2009 que la crise
financière internationale affectera les différents programmes nationaux
de lutte contre le sida de manière synchronique et à des degrés variés.
Tous les programmes dans tous les pays en
développement seront touchés en raison de la diminution des aides
budgétaires venant de l’extérieur, notent en substance les auteurs de
l’enquête. Pour leur donner raison, le Fonds mondial annonce déjà qu’il
lui faudra trouver des dizaines de milliards de dollars pour pouvoir
faire face à ces engagements de 2011 et l’ONUSIDA dans son rapport
annuel 2009 annonce un gap de 11 milliards de dollars pour soutenir la
riposte mondial au sida en 2010.
La crise et ses répercussions sur les programmes
Une réduction des dépenses consacrée aux programmes de traitement et de
prévention du sida en réponse à des pressions budgétaires de nature
immédiate balayera les acquis récents et exigera des mesures coûteuses
de compensation sur le long terme: C’est la quintessence du constat ue
dresse les auteurs de l’enquête ONUSIDA-OMS-Banque Mondiale par rapport
aux répercussions de la crise économique sur le traitement et la
prévention.
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Au niveau de la thérapie antirétrovirale et de la prise en charge des
patients. L’enquête onusienne mentionne, qu’en raison de la récession économique
, le caractère abordable du traitement aux antirétroviraux, notamment la baisse
de la tarification ou l’introduction de la gratuité dans la tarification seront
remises en cause dans beaucoup de pays en développement et plus particulièrement
dans les pays africains. En clair, la baisse du revenu des ménages associée à
l’augmentation du coût des médicaments en raison de la dépréciation du taux
d‘échange auront inévitablement des effets négatifs sur l’accès des patients aux
médicaments antiretroviraux.
Conséquence directe de cette donne, ont fait
remarquer les auteurs de l’enquête, l’on assistera à une recrudescence
de la mortalité liée au sida, parce que si les traitements
antiretroviraux sont interrompus et que les patients ne prennent qu’une
dose diminuée par rapport aux trois médicaments nécessaires ou encore
que leur adhésion au traitement se relâche, ils sont alors condamnés à
mourir en l’espace d’un ou deux ans.
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Au niveau de la prévention. En raison de crise financière internationale
lit-on dans le rapport d’enquête, tous les États risqueront à court ou moyen
terme de comprimer leurs recettes budgétaires à la fois celles issues de
l’imposition que celles provenant des concours des bailleurs de fonds. Face à
ces déficits, les États n’auront d’autres choix que de réduire leur contribution
au financement des activités de prévention du vih et sida. Les interventions du
secteur dans le financement prévention du sida en milieu d’entreprises seront
également menacées. En effet, dans une conjoncture ou les bénéfices se
contractent, les sociétés privées s’attachent à rogner sur les dépenses,
notamment pour des activités perçues comme ayant peu d’influence sur leur profit
à court terme-
Les Difficultés
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L’enquête soulève deux problèmes fondamentaux qui conditionnent tous deux le
financement des programmes de lutte contre le sida. Il s’agit de la chute de
l’activité économique et celle des revenus, les pertes d’emplois et la réduction
des envois de fonds et enfin l’incidence de la crise sur les capacités
financières des bailleurs.
La combinaison de plusieurs facteurs dont entre
autres : la chute de l’activité économique dans les Etats la chute des
revenus les pertes d’emplois et les réductions des envois de fonds à
partir de l’étranger ont sans équivoque de sérieuses incidences sur
l’accessibilité des soins, en somme, la difficulté pour les ménages à se
payer les soins. L’on peut citer l’exemple des fonds comme la meilleure
illustration. Selon la Banque Mondiale les envois de fonds à l’échelle
mondiale était de 308 milliards de dollars en 2008, et l’institution
financière internationale indique que ces envois chuteront de 6% en
2009: Cette chute aurait une incidence sur les capacités de paiement de
nombreuses familles en Afrique tributaires des envois de fonds surtout
dans les ménages qui financent leur dépenses de santé eux-mêmes, sachant
qu’en Afrique les dépenses de ménages représente jusqu’à 60% du total
des dépenses de santé. Au Cameroun par exemple, le niveau des dépenses
de santé des ménages révèle qu’une personne dépense en moyenne 13.000
francs CFA par an. Cette dépense est de 5.600 francs par personne dans
les ménages pauvres contre 37.000 francs dans les ménages non pauvres.
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Les programmes de lutte contre le sida dépendent essentiellement des
financements exogènes. La survie des actions qu’ils développent tout comme la
poursuite de ces actions dépendent en cette phase de récession mondiale des
capacités financières des bailleurs de fonds à maintenir les niveaux existants
ou a financer les augmentations sensibles de leur aide extérieur. C’est le
constat fait par les auteurs de la recherche onusienne. Dans un environnement de
récession économique mondiale, très peu de bailleurs de fonds accorderaient la
moindre priorité à l’assistance pour lutter contre le sida., d’autres par contre
dans le pire, peuvent envisager la réduction d’affectation de fonds; C’est le
cas actuel du Fonds Mondial pour la lutte contre le Sida, le Paludisme et la
Tuberculose, qui, au mois de Mai 2009 qui annonçait des réductions d’affectation
de fonds au cours du 8ème cycle ainsi que du déficit de financement de quelque
milliards de dollars dont il fait face pour l’exercice 2008-2010
D’ailleurs,le professeur Michel kazachine Directeur
du Fonds Mondial ne cache pas son inquiétude devant les difficultés qui
attendent le Fonds à partir de 2011: Il nous faut,dit-il, trouver des
dizaines de milliards de dollars: Or le dernier G8 n’a rien débloqué sur
le sida,le paludisme ou la tuberculose et rien non plus sur les
vaccinations et les politiques mère-enfant. Conclut-il.
La même préoccupation pour ONUSIDA qui dans son
rapport annuel sur la situation du sida dans le monde publié en
Septembre 2009 indique que sur les 25 milliards de dollars nécessaires
pour soutenir la riposte au sida en 2010 et venir en aide à quelques 7
millions de personnes infectées, 11 milliards manquent à l’appel. Déjà
en 2006, Peter Piot ancien Directeur Exécutif de ONUSIDA, rappelait
qu’il faudra vers 2010, 20 à 23 milliards de dollars par an pour
financer la lutte contre le sida dans les pays en développement.
Crise économique, mais aussi H1N1, nombreux sont les spécialistes qui
craignent que les efforts pour la recherche et la prise en charge de la
maladie ne soient suspendus. Autre inquiétude, le rapport 2009 de
ONUSIDA montre clairement que le vih/sida est loin d’être contrôlé. Et
en Afrique le nombre de malades augmente plus vite que celui des
patients traités.
Les Programmes en Afrique trop dépendants des donateurs
Les programmes de lutte contre le sida en Afrique dans leur grande
majorité subiront les effets de la récession économique et il se posera
à terme la problématique de la poursuite ou même de la survie des
activités de prévention de traitement et de prise en charge
thérapeutique et sociale des patients.
L’Afrique dépend excessivement des financements extérieurs en matière de
lutte contre le sida ainsi avec la nouvelle donne les perspectives sont
peu prometteuses. Cette affirmation est illustrée par un certain nombre
de repères.. En 2002 la Centrafrique dixième pays le plus touché par le
sida à l’échelle africaine et mondiale avec une séroprévalence de 14% ne
disposant que de faibles budgets a reçu successivement, de la Banque
mondiale un prêt de 12 milliards de francs CFA destinés au
fonctionnement du Programme national de la lutte contre le Sida (PNLS),
un don du PNUD de 500 millions de francs CFA, un don. Japonais de 444
millions de francs CFA, tous destinés aux actions de lutte contre le
sida.
En 2003, les dépenses totales consenties à la lutte
contre le vih/sida au Burkina Faso étaient financées comme suit : fonds
extérieur (78%), à la charge des patients (14,3%) et fonds accordé par
le gouvernement (7,7%). A elle seule la Banque mondiale a financé 25,6%
des dépenses totales du pays et fourni 77% de l’ensemble des ressources
gérées par des organismes publics.
En 2002, la Banque mondiale a présenté son Programme multinational Pays
pour l’Afrique (MAP) L’objectif du MAP était de mettre en place des
programmes d’envergure pour la prévention les soins le traitement et la
recherche. La Banque a alloué une enveloppe de 500 millions de dollars
pour le MAP en Septembre 2000 et une enveloppe supplémentaire de 500
millions de dollars en février 2002. A la fin de 2003 les projets MAP
étaient approuvés pour 24 pays africains.
En janvier 2003, le président américain Georges Bush a annoncé la
dotation de 15 milliards de dollars dans le cadre du Plan d’urgence du
Président pour la Lutte contre le Sida (PEPFAR) destinés à l’Afrique et
aux caraïbes. Plus de la moitié de ses fonds, soit 55% était utilisé
pour le traitement , notamment l’accès aux ARV, 15% pour les soins
palliatifs , 20% pour la prévention et 10% pour l’aide aux orphelins.
A ce jour presque tous les États africains engagés
dans la lutte contre le sida continuent à recevoir des financements à
travers des partenariats bilatéraux et multilatéraux ou encore à travers
des fonds mis à disposition par des fondations comme par exemple les
fondations Clinton et Bill Gates aux États-unis. A l’opposé de cette
stratégie que privilégient les États, à savoir organiser la riposte au
sida grâce aux "millions de dollars" des donateurs, le Programme
des Nations Unies pour le Développement(PNUD) les invite plutôt à
introduire la lutte contre le sida dans les Stratégies nationales de
réduction de la pauvreté. Le sida, écrit le PNUD, , devenant le
principal obstacle à la réduction de la pauvreté, il faut alors le
placer au centre des stratégies de réduction de la pauvreté. Ces
stratégies doivent comporter des engagements précis des buts à moyen
terme et des objectifs concrets à court terme liés à la prévention, au
traitement ainsi qu’à la gestion de l’impact socio-économique de la
maladie Nonobstant , les Etats attendent toujours les fonds provenant de
l’extérieur.
Malheureusement dans ce domaine, le sida ne saurait
être une exception, c’est toute la santé en Afrique qui dépend dans sa
globalité des financements venant de l’extérieur. En 2008, l’OMS
indiquait que plus de 20% des dépenses totales de santé de 48% des pays
de la région africaine de l’OMS sont financées par des sources
externes.. Et l’OMS de s’interroger sur la problématique liée à
l’efficacité de l’aide internationale et sur les stratégies à mettre en
place pour s’affranchir de la dépendance à l’égard de cette aide.
L’institution spécialisée des Nations Unies tout comme les auteurs de
l’enquête sur l’impact de la crise économique sur les programmes de
lutte contre le sida donnent quelques stratégies pour s’affranchir de
l’aide et quelques recommandations pour contenir les effets de la crise
économique sur la lutte contre le sida.
Stratégies et Perspectives
Pour que les pays de la région Afrique en matière de
financement de la santé puissent réduire leur dépendance vis à vis des
donateurs ; il faudra selon l’OMS mettre en place cinq stratégies ;
entre autres : l’amélioration des insuffisances sur le plan économique,
la révision des priorités des dépenses de santé, la collecte des revenus
fiscaux supplémentaires, l’implication accrue du secteur privé dans le
développement de la santé et la lutte contre la corruption.
Pour les auteurs de l’enquête sur l’impact de la
crise économique sur les programmes de lutte contre le sida, une
réflexion novatrice et des mesures tant au niveau des gouvernements qu’à
celui de leurs partenaires internes et externes pour le développement
seront essentielles pour les relever les défis. En conséquence
disent-ils, une série d’interventions urgentes fondamentales
s’imposent,en terme de perspectives et comprendraient entre autres:
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Pourvoir en urgence aux carences de financement. Les autorités nationales et
leurs partenaire, écrivent-ils pourront identifier les interruptions imminentes
de fonds et mettre en place un financement relais qui permettra, tout au moins,
les interruptions de traitement, d’accès aux ARV et de prise en charge des
patients.
-
Renforcement de l’efficacité et de la rentabilité des programmes. Les pays,
font-ils remarquer se doivent de passer leur programme de lutte contre le sida
en revue en particulier les activités absorbant des volumes importants de
financement, afin d’identifier les gains d’efficacité et les économies
potentielles.
-
Planification pour un environnement incertain. Les auteurs notent, que
l’incertitude quant à la durée de la crise mondiale exige une planification
d’urgence (notamment l’élaboration de divers scénarios possibles). Ces plans
doivent prendre en compte les modifications susceptibles d’être apportées pour
assurer un accès ininterrompu aux ARV et aux traitements ainsi que le maintien
des activités de prévention les plus prioritaires.
Force est de reconnaître que le PNUD avait pris une
avance sérieuse en ce qui concerne le financement de la lutte contre le
sida par les États africains : Déjà en 2002 le PNUD proposait aux États
une approche endogène du financement de la lutte contre le sida qui
s’articulent autour deux points majeurs.
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Le premier point. Les ressources internes sont affectées aux plans
stratégiques de lutte contre le sida, ce qui évite d’être trop tributaire des
bailleurs de fonds pour ce qui est de la conception et du financement des
programmes, sans toutefois ignorer que les donateurs devront intervenir bien
davantage pour combler le déficit en ressources disponibles et ressources
nécessaires.
-
Le deuxième point. Les économies réalisées grâce à l’allègement de la dette
réservées à des interventions de lutte contre le sida des stratégies nationales
de réduction de la pauvreté ce qui permet d’augmenter le niveau de dépenses
publiques consacrées au sida.
Foussénou Sissoko.
pour Afrology
Références.
1. La crise économique mondiale et les programmes de prévention et de
traitement du VIH
Vulnérabilité, impact ONUSIDA-Banque Mondiale, juin 2009.
2. Bulletin of the World Health Organisation/November 2008.
3. Jeune Afrique Intelligent N02160 du 3 au 9 juin 2002.
4.Etude de cas de Meilleures Pratiques de Remise de Dette pour la Lutte
contre la Pauvreté et le Sida-Cameroun/Mamadi Camaraé/Economiste-Consultant/Octobre
2001.
5.Faire face au Sida/Les priorités de l’Action publique face à une
Epidémie mondiale/Rapport Banque Mondiale.
6. Financer la riposte au Sida/ONUSIDA-Rapport 2006.
7. Communiqué de Presse -ONUSIDA/6juillet 2004.
8. Jeune Afrique Intelligent N02395 du 3 au 9 Décembre 2006.
9. Le VIH/Sida et les stratégies de réduction de la pauvreté/Note
d’orientation du PNUD/Août 2002.
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Foussénou Sissoko
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