Ralentissement de la
progression du SIDA
La mobilisation des communautés responsabilisées à la base assortie
à la distribution de préservatifs et la délivrance de traitements
salutaires, commencent à ralentir la progression de la pandémie du
VIH/SIDA en Afrique, indique un nouveau rapport de la Banque mondiale (BM)
rendu public jeudi dans la capitale rwandaise, Kigali. Le succès final
de cette mobilisation dépendra cependant de la mise en place de mesures
efficaces de prévention, de prise en charge et de traitement pour
relancer les "systèmes immunitaires sociaux" dans les pays africains,
selon ce nouveau rapport intitulé, "Programme multipays contre le SIDA
pour l'Afrique 2000-2006: Résultats de la réaction de la Banque mondiale
à une crise du développement".
De tels systèmes impliquent un changement des croyances et perceptions
des populations, ainsi que des comportements sociaux et individuels
autour de cette maladie, afin de finalement parvenir à renverser la
progression du VIH et à arrêter les dégâts causés par le SIDA.
L'année dernière, le VIH/SIDA a tué plus de deux millions d'adultes et
d'enfants et a affecté plus de 24,7 millions d'autres personnes en
Afrique, qui se battent pour vivre avec ses effets mortels.
Le rapport indique que ces changements se font alors que l'épidémie
montre des signes de ralentissement en Ouganda, au Kenya et au Zimbabwe,
ainsi que dans les centres urbains de l'Ethiopie, au Rwanda, au Burundi,
au Malawi et en Zambie.
Mais l'Afrique australe reste l'épicentre de l'épidémie du continent
avec des taux d'infection sans précédent. Dans une enquête récente menée
au niveau des ménages, il a été constaté qu'un taux stupéfiant de 70%
des femmes âgées de 30 à 34 ans et des hommes de 40 à 44 ans sont
séropositifs à Francistown, la deuxième ville du Botswana.
En Afrique orientale, les pays sont confrontés à une forme d'épidémie
mixte avec un nombre important de nouvelles infections parmi les
travailleurs du sexe et la population en général.
"Le SIDA s'est introduit en Afrique comme un voleur dans la nuit et
toutes ces années plus tard, nous devons toujours rester vigilants face
à cette terrible maladie, même s'il semble que les infections commencent
à diminuer et que de plus en plus de gens sont sauvés par le traitement",
a déclaré Joy Phumaphi, la vice-présidente du Réseau pour le
développement humain de la Banque mondiale, ancienne directrice
générale-adjointe de l'OMS et ancienne ministre de la Santé du Botswana,
de 1999 à 2003.
"Le financement mondial de la lutte contre le VIH a plus que quadruplé
entre 2001 et 2005, en passant de moins de 2 milliards de dollars à plus
de 8 milliards de dollars par an, ce qui est tout à fait bienvenu mais
reste encore bien en-dessous de ce dont les pays ont besoin.
"Nous devons également résoudre le problème épineux du complexe de
l'aide au développement, afin que les donateurs internationaux et les
pays en développement puissent mieux mobiliser leurs efforts pour
arrêter la progression du VIH/SIDA".
Le nouveau rapport de la BM évalue les résultats de son Programme
multipays (MAP) de plusieurs milliards de dollars pour l'Afrique mis sur
pied en 2000 pour offrir un soutien à long terme à tout pays doté d'une
stratégie et d'un plan d'action solides contre le VIH/SIDA.
En associant des subventions sans conditions et des prêts sans intérêts,
la Banque a débloqué 1,286 milliard de dollars pour le VIH/SIDA en
Afrique en six ans (2001-2006), soit près de 50% de l'investissement
global de la Banque dans la lutte contre le VIH.
La mission du MAP était d'accroître radicalement l'accès à la prévention
du VIH, à la prise en charge et aux programmes de traitement en mettant
l'accent sur la promotion de l'action locale et d'une réaction
intersectorielle au niveau gouvernemental.
Le MAP visait également l'élargissement des programmes pour prévenir la
transmission de la mère à l'enfant, le soutien des enfants affectés par
le SIDA, le renforcement des capacités pour le traitement, le lancement
de programmes régionaux pour venir à bout des obstacles transfrontaliers
et le partage des connaissances.
En utilisant des formulaires d'évaluation de projets et de résultats par
pays, de plus de 90% des pays concernés par le MAP en Afrique, le
rapport indique que le Programme multipays de lutte contre le VIH/SIDA
en Afrique a aidé les pays à atteindre plusieurs résultats.
Comme entre autres, la prévention de la transmission du VIH de la mère à
l'enfant sur 1.546.388 femmes dans 23 pays et la distribution de
1.298.410.996 préservatifs dans 25 pays.
Par ailleurs, 1.512 nouveaux centres de dépistage et de prise en charge
psychologique ont été ouverts dans 17 pays, près de sept millions de
personnes ont été dépistées dans 25 pays et 2.258.844 travailleurs dans
23 pays ont bénéficié des programmes de sensibilisation sur le VIH et de
prise en charge sur leur lieu de travail.
"Une fois qu'il a été évident pour nous que le SIDA représentait une
urgence de développement différente de tout ce que nous avions connu
jusque-là, nous avons réalisé que les pays auraient besoin d'une
nouvelle ligne de crédit pour le développement qui soit rapide,
flexible, innovant et nous avons ainsi mis en place le Programme
multipays contre le SIDA pour l'Afrique", a déclaré Debrework Zewdie,
le directeur du Programme mondial VIH/SIDA de la Banque mondiale, qui a
introduit l'approche MAP dans la région Afrique en 2000.
"Je suis frappé de voir à quel point nous sommes sortis de la
situation de 2000 quand le financement mondial du VIH/SIDA était
dérisoire, l'inaction politique était généralisée et le déni de la
maladie était profond", a déclaré M. Zewdie.
"Le MAP a été conçu pour remédier à ces défaillances, en se
concentrant sur le leadership au plus haut niveau, en soutenant un
engagement fort de la Société civile et en fournissant des sommes
d'argent et un soutien technique sans précédent", a-t-il dit.
"En proposant un soutien uni (mais pas uniforme) aux pays africains, le
MAP a souligné que le VIH était "une menace à laquelle tout le continent
était confronté et a permis aux dirigeants de briser le silence".
L'approche MAP, a ajouté M. Zewdie, a montré qu'il était possible de
réagir rapidement à des situations d'urgence, en utilisant un programme
innovant, à grande échelle, qui a jeté les bases de l'utilisation par
les pays de milliards de dollars dans le cadre du nouveau financement du
VIH/SIDA devenu disponible à partir de 2003 à travers le Fonds mondial
et le PEPFAE (le Plan d'urgence du président américain contre le SIDA).
Le MAP de la Banque mondiale pour l'Afrique a permis de distribuer 502
millions de dollars à plus de 50.000 groupes communautaires, ONG et
autres organisations pour une action de base afin de réduire la
stigmatisation, changer les comportements à risques et prendre en charge
les personnes vivant avec et affectées par la maladie.
Sur les plus de 500 millions de dollars investis au niveau
communautaire, les organisations ont consacré 56% de cette somme aux
activités de prévention; 15% à la prise en charge et au traitement; 11%
à la prise en charge des orphelins et à l'accord de micro-crédits pour
les veuves et les femmes vivant avec le SIDA; 18% à la formation et la
supervision des petites ONG s'occupant de la prise en charge et du
soutien au niveau local.
Selon Michel Kazatchkine, le directeur exécutif du Fonds mondial pour la
lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, l'approche MAP
pour financer le travail de lutte contre le SIDA des ONG et des autres
groupes communautaires a ouvert la voie au Fonds mondial et aux autres
agences de développement majeures.
"Le MAP a été un précurseur en raison de son objectif spécifique de
soutien de la Société civile, dont nous savons que c'est une
composante-clé de la réaction contre le VIH/SIDA", a-t-il dit.
"En outre, la Banque mondiale est dans une position privilégié pour
intégrer la lutte contre le VIH/SIDA dans la lutte contre la pauvreté et
pour le développement et pour promouvoir la santé dans le développement",
a souligné M. Kazatchkine.
En renouvelant sa stratégie pour le VIH/SIDA en Afrique pour les cinq
prochaines années et au-delà, la Banque indique que le VIH/SIDA reste un
énorme défi économique, social et humain pour l'Afrique sub- saharienne
dans un avenir proche.
Cette région est l'épicentre mondial de cette maladie. Plus de 25
millions d'Africains sont séropositifs et le SIDA est la principale
cause de décès prématuré sur le continent. Le VIH/SIDA y affecte les
jeunes et les femmes de manière disproportionnée.
Les jeunes femmes sont trois fois plus infectées que les jeunes hommes.
A cause de la pandémie, il y a environ 12 millions d'enfants de moins de
18 ans qui ont perdu un de leurs parents ou les deux. Son impact sur les
ménages, le capital humain, le secteur privé et le secteur public
affecte la réduction de la pauvreté, qui est la mission première de la
Banque.
Selon le nouveau rapport, il est désormais clair qu'il n'existe pas de
programme unique idéal. Chaque pays doit comprendre les causes de
l'épidémie et concevoir des programmes nationaux prioritaires, se baser
sur les expériences locales et tirer les leçons tant de ses succès que
de ses erreurs.
"Nous commençons à voir des exemples de pays qui commencent à prendre le
dessus sur la maladie, mais pour multiplier ces résultats, il nous faut
faire des efforts incessants", a déclaré Elizabeth Lule, la directrice
d'ActAfrica, l'équipe de campagne contre le SIDA en Afrique de la Banque
mondiale.
Addis-Abeba, Ethiopie (PANA) - 14/06/2007 |
 |
 Réagissez à cet article!
|