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L'immigration choisie de Sarkozy

 
Devant les principaux responsables de l'administration réunis à Marseille, le ministre de l'Intérieur a affiché sa fermeté; Sarkozy détaille sa feuille de route pour contrôler l'immigration.

Nicolas Sarkozy a annoncé, le 11 juillet 2005 à Marseille, la création d'une mission interministérielle d'évaluation des capacités d'accueil et des besoins de la France en immigrés qui rendra ses conclusion en mars 2006.le ministre de l'intérieur veut passer d' une immigration subie où, selon lui, tout le monde est perdant à une immigration choisie où "chacun sera gagnant".

Il veut que s'engage "une vraie réflexion qualitative et quantitative" sur les profils de personnes à qui il souhaite délivrer des visas", il a préconisé un système de points permettant d'accueillir ceux qui sont susceptibles d'être acceptés. Ces points doivent être attribués en fonction de "critères d'âge, de diplômes, de connaissance linguistique et d'expérience professionnelle", a-t-il précisé.

Nicolas Sarkozy souhaite la création d'une administration centrale unique, en charge de l'immigration, de l'asile, de l'intégration et de la nationalité, mais en avant-goût, le gouvernement lui a mis en place le comité interministériel de +contrôle de l'immigration qu'il présidera dès le 28 juillet.

Une feuille de route, plutôt que des objectifs précis : ainsi peut se résumer le message adressé hier par Nicolas Sarkozy aux différents services de l'Etat convoqués à Marseille en charge de l'entrée et du séjour des étrangers en France. «Je suis le ministre de l'immigration, il est de ma responsabilité de vous fixer le cap !» : C'est en patron que le ministre de l'Intérieur a interpellé consuls généraux, sous-préfets ou directeurs de services. «Vous allez travailler ensemble et cela va marcher... Je ne veux plus entendre : «C'est de la faute des consulats» ou «C'est à cause des préfectures». On ne se passe plus la patate chaude», a-t-il martelé, d'un ton ferme et sans appel.

Cette première conférence préfectorale et consulaire sur l'immigration avait des allures de convention à l'américaine, réunissant des fonctionnaires peu habitués à communiquer entre eux. Pour être sûr que son autorité ne soit pas contestée, le ministre avait obtenu il y a quelques jours une lettre de Dominique de Villepin précisant à nouveau l'étendue de son périmètre de compétences.

Premiers pas vers une sélection des étrangers.

A aucun moment le ministre de l'Intérieur n'a employé le mot «quotas» ou même «catégories», lors de cette présentation. En revanche, il a réaffirmé sa volonté de construire une politique d'immigration choisie (nos éditions d'hier). Les premiers concernés devraient être les étudiants. «Je demande que les postes consulaires reçoivent instruction par circulaire de gérer les files d'attente de demandes de visas par un système de points permettant d'accueillir ceux que nous souhaitons», a affirmé le ministre. Des centres pour les études de France effectuent déjà une sélection. L'annonce se voulait symbolique : Nicolas Sarkozy a l'intention d'étendre, à terme, cette sélection à l'ensemble de l'immigration.

Réorganisation de l'administration.

Le ministre souhaite la création d'une «direction d'administration centrale unique en charge de l'immigration, de l'asile, de l'intégration et de la nationalité». En attendant cette réforme, Nicolas Sarkozy a demandé la mise en place, dès 2006, d'un réseau de transmission informatique facilitant la communication entre les consulats et les préfectures, pour lutter contre l'immigration illégale, mais aussi pour organiser les entrées légales. La police aux frontières doit envoyer des fonctionnaires dans les consulats pour lutter contre les faux papiers d'identité. Dix consulats doivent tester la création de ce guichet unique qui délivrera des documents servant à la fois de visa et de titre de séjour.

Meilleur contrôle des clandestins.

«J'en ai assez que l'on me dise qu'il n'y a pas de statistiques» : le ministre veut savoir qui entre et qui sort du pays. Il a demandé aux préfets et aux consuls de mettre en place un tableau de bord pour savoir à un instant T combien de visas de trois mois ont été délivrés et combien d'étrangers ne sont pas rentrés dans leurs pays d'origine, une fois ce délai expiré. Dans les principaux pays sources des clandestins, les étrangers devront remplir une déclaration de retour, une fois revenus chez eux. Les ambassadeurs devront rendre des comptes sur l'adéquation entre les sorties et les retours. Ils sont invités à ralentir la délivrance des visas quand les taux de retour seront mauvais. Cette sanction s'appliquera également aux Etats qui rechignent à accorder des laissez-passer consulaires à la France pour faciliter les reconduites des irréguliers. «J'assume la responsabilité politique de cette décision. Je serai derrière et devant vous», a affirmé le ministre. Les visas biométriques testés dans huit postes consulaires depuis avril dernier (Bamako, Minsk, Washington, San Francisco, Annaba, Colombo, Kinshasa, Lubumbashi) devront être généralisés pour l'ensemble des pays d'ici à 2007. Quitte à partager des équipements avec les autres pays du G 5 (Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Allemagne).

Mise en place d'une mission d'évaluation des capacités d'accueil et des besoins économiques de la France.

Cette mission, qui doit être présidée par un spécialiste de la prospective, devra rendre des conclusions opérationnelles dès mars 2006.

Rapport au Parlement à l'automne.

«Les Français doivent connaître notre politique», a lancé Nicolas Sarkozy qui promet aux parlementaires un rapport sur sa politique dès l'automne. Ces derniers risquent de crouler sous l'information puisque Dominique de Villepin leur a déjà fourni une batterie de chiffres en mai dernier.

Regroupement familial restreint.

L'étranger devra s'engager à prendre en charge tous les besoins de sa famille pendant une durée déterminée. Le ministre est resté évasif sur cette question, car les textes juridiques sont complexes. Le ministère des Affaires sociales vient déjà de définir, en mars dernier, des conditions de ressources pour le regroupement.

L'intégration des nouveaux arrivants.

Les formations, notamment en matière linguistique, devront être enrichies. La signature d'un contrat d'intégration sera obligatoire pour obtenir la carte de résident de dix ans. Le ministre de l'Intérieur s'est étonné que le taux de signatures n'atteigne que... 90%. «Je veux 100%, a-t-il décrété. Ceux qui ne souhaitent pas le signer n'ont qu'à partir.»

Réaction du MRAP:

PARIS (AP) - Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) a mis en garde lundi contre une «instrumentalisation politique du thème de l'immigration», accusant le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy de vouloir appliquer «une politique utilitariste et sécuritaire».

«En préconisant une immigration choisie, le ministre de l'Intérieur prend ouvertement le risque de donner des gages dangereux et démagogiques aux électeurs extrémistes», estime l'organisation contre la discrimination, qui ajoute qu»'en insinuant que l'immigration présente sur le sol de France est une immigration subie, (on) la culpabilise et la désigne à la vindicte publique».
«En préconisant à nouveau la politique des quotas en matière d'immigration, (M. Sarkozy) défend l'indéfendable», écrit le MRAP dans son communiqué. L'organisation dénonce aussi le pillage des richesses humaines -médecins, ingénieurs, chercheurs...- par les pays riches.
Le MRAP, qui juge qu»'il y a urgence à redéfinir une autre politique et un autre regard sur l'immigration», plaide pour «une politique qui passe par le respect des droits et des libertés fondamentales, la régularisation de tous les sans-papiers ainsi qu'une action opiniâtre et déterminée sur le terrain du co-développement». AP


Source: Figaro



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