Délit de faciès en Russie
Samba Lampsar Sall. 1978-2005: Un nouveau meurtre raciste accablant
Encore un crime raciste en Russie, pourtant terre d’accueil de
nombreux étudiants étrangers. Samba Lampsar Sall, 28 ans, de nationalité
sénégalaise, a été froidement abattu le 7 avril dernier, en sortant
d’une discothèque. Alors que un des meurtriers présumés a été arrêté, le
gouvernement sénégalais et l’Union africaine pressent les autorités
russes afin que les auteurs de ce crime soient "poursuivis et sévèrement
punis".
Vendredi 7 avril, Saint-Pétersbourg, Russie. Un groupe d’étudiants
africains sort de boîte de nuit. Une détonation retentit, les jeunes
gens s’enfuient avant de se rendre compte que l’un d’eux n’est plus là.
Samba Lampsar Sall, étudiant en télécommunications de nationalité
sénégalaise, gît dans son sang, assassiné. Non loin de lui, l’arme du
crime : une carabine surmontée d’une croix gammée, le symbole nazi.
Logiquement, le parquet russe avance la thèse d’un crime raciste. Trois
jours plus tard, lundi 10 avril, un homme de 28 ans est arrêté : il est
soupçonné d’être un des meurtriers.
Indignations du gouvernement sénégalais et de l’Union africaine
Le gouvernement sénégalais et l’Union africaine appellent les autorités
russes à mettre tout en œuvre afin que ce crime soit puni rapidement,
car ce n’est pas le premier du genre en Russie. Depuis, la chute de
l’empire soviétique, la Russie est confrontée à une explosion des
factions d’extrême droite, auparavant contenues par le communisme. Dès
lors, les actes racistes se multiplient, non seulement à l’encontre
d’Africains, de Tadjiks mais aussi de personnes originaires d’Asie ou
d’Amérique latine, et même de ressortissants russes, notamment
Caucasiens. En clair, toute personne dont la couleur de peau ne permet
pas de passer pour un Russe peut être victime d’agressions racistes.
Selon RFI, une organisation non gouvernementale spécialisée dans l’étude
des agressions racistes a dénombré six personnes tuées et plus de 79
blessées pour des motifs raciaux depuis le mois de janvier en Russie. Le
25 mars, une petite fille métisse de 9 ans, Liliana Sissoko, est
poignardée ; le 24 décembre 2005, un étudiant camerounais, Léon Kanhem,
28 ans, est assassiné ; fin octobre de la même année, un étudiant
chinois ; en septembre, un autre élève congolais meurt pour avoir été
Noir... La liste détaillée serait longue, et la deuxième ville de
Russie, Saint-Pétersbourg, compte parmi les endroits les plus dangereux.
Lever l’impunité des agresseurs
Même si la Russie est signataire de nombreux traités relatifs aux droits
humains et à la discrimination raciale, les coupables de crimes racistes
restent peu inquiétés. La difficulté, pour les victimes, de porter
plainte repose, entre autres, sur « l’indifférence des forces de l’ordre
», comme le souligne Désiré Defot, responsable dans une association de
ressortissants africains en Russie. Les policiers ne font point
diligence pour résoudre ces crimes xénophobes, et qualifient simplement
ces agressions d’« hooliganisme ». Même les autorités n’y voient que des
actes commis par des voyous. Enfin, les rares agresseurs confrontés à la
justice n’écopent que de peines étonnamment légères, vu la gravité des
faits. Cette indulgence crée un sentiment d’impunité et favorise la
multiplication d’actions violentes de groupuscules racistes d’extrême
droite. Une dérive inquiétante pour les droits de l’homme en général et
le pays en particulier.
mercredi 12 avril 2006
Par Fabienne Pinel
http://www.afrik.com
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