Afrique : La production
alimentaire pourrait baisser de moitié d’ici 2020
Le changement climatique pourrait gravement compromettre la
sécurité alimentaire en Afrique et réduire de moitié sa production
alimentaire à l’horizon de l’an 2020, selon des spécialistes du
changement climatique.
CES projections sont consignées dans un rapport publié la semaine
dernière à Londres par le Groupe d’experts intergouvernemental sur
l’évolution du climat (GEIC), la publication ayant été suivie de débats
entre experts. « Au terme des débats, les experts ont conclu que
l’Afrique pourrait être le continent le plus affecté [par le changement
climatique], en partie à cause de l’aridité croissante de ses régions
Nord [le Sahel] et australe, les zones les plus peuplées du continent »,
a expliqué Martin Parry, qui co-présidait le groupe de travail du GEIC,
auteur du rapport.
M. Parry a également souligné que l’absence de technologies adéquates
pour s’adapter au changement climatique était un facteur qui augmentait
la vulnérabilité de la région.
Près de 25% de la population d’Afrique - soit environ 200 millions
d’habitants - n’ont pas accès à l’eau potable ; et ce nombre devrait
augmenter de 50 millions d’ici à 2020, et plus que doubler dans les
années 2050, selon le rapport.
D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO), l’agriculture africaine dépend à plus de 95% des
eaux de pluie.
« Certains modèles indiquent que le changement climatique entraînera
une amélioration de 80.000 kilomètres carrés de terres agricoles
subsahariennes considérées comme maigres. En revanche, le même phénomène
provoquera l’extrême détérioration de 600.000 kilomètres carrés de sols
considérés comme moyennement maigres », a indiqué la FAO.
Selon les prévisions de la FAO, une augmentation de la température de la
planète, aussi minime soit-elle, peut entraîner une baisse de la
production céréalière dans les régions de l’hémisphère Sud - où
l’agriculture dépend systématiquement des eaux de pluies.
Dans les pays d’Afrique australe qui ont souffert cette année de la
sécheresse - Zimbabwe, Swaziland et Lesotho -, la production de maïs a
baissé de 40 à 60%, une baisse due en partie au réchauffement de la
planète, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
Toutefois, le rapport du GEIC est plus nuancé. ??« La contribution du
climat à l’insécurité alimentaire en Afrique n’est pas encore très bien
comprise, notamment le rôle que jouent plusieurs autres facteurs qui
augmentent l’impact des sécheresses et des crues, et les futurs
changements climatiques éventuels ». ??Néanmoins, le rapport souligne
que les revenus céréaliers en Afrique pourraient baisser jusqu’à 90%
d’ici à 2100, et que la production de blé pourrait disparaître du
continent dans les années 2080.
Atténuer les conséquences
« Il est trop tard pour éviter toutes les conséquences du changement
climatique », a prévenu M. Parry. « Aujourd’hui, il nous faut choisir
entre un monde sinistré et un monde complètement sinistré [...]. Et si
nous ne réduisons pas dès à présent nos émissions de dioxyde de carbone,
nous allons peut-être vers [un réchauffement de la planète] avec des
augmentations de température nettement supérieures à 2 degrés Celsius ».
De l’avis des scientifiques, même une augmentation de la température
de 2 degrés Celsius - une valeur cible adoptée par l’Union Européenne -
serait trop importante et suffirait à provoquer la fonte de la
couverture neigeuse du Groenland.
L’activité humaine en Afrique a aussi affecté l’écosystème du continent.
Le bois de chauffage et le charbon de bois, utilisés comme principales
sources d’énergie dans les zones rurales, fournissent entre 80 et 90%
des besoins en énergie des foyers à faibles revenus.
En outre, le rapport note que les incendies constituent une grande
menace pour les forêts tropicales.
« Près de 70% des incendies de forêts détectés se produisent dans les
tropiques, dont 50% en Afrique ».
M. Parry a appelé les pays industrialisés à prendre part cette semaine à
une conférence historique “Solutions aux changements climatiques en
Afrique” - à l’Assemblée générale des Nations Unies, afin d’aider les
pays en voie de développement à s’équiper en technologies leur
permettant de développer des sources d’énergie alternatives plus
écologiques, telles que l’énergie solaire.
Surmonter l’adversité
Confrontés à l’extrême pauvreté et au manque de ressources, les pays
africains doivent également apprendre à surmonter les difficultés que
rencontrent leurs populations, a affirmé M. Parry. « Les pays doivent
tenter de réduire la vulnérabilité de leurs populations et prévoir des
mesures d’adaptation ».
A cet effet, le rapport du GEIC recommande la mise en place de
systèmes de récupération d’eaux pluviales pour appuyer les agricultures
trop dépendantes de la pluviométrie ; des assurances intempéries ; des
réserves nationales de céréales et des programmes de cantines scolaires.
Le rapport met également en exergue les avantages de la
recherche en biotechnologie en Afrique qui peut déboucher sur la mise au
point d’une variété de riz résistante à la sécheresse et aux parasites,
du maïs résistant à la sécheresse et du mil, sorgho et manioc résistants
aux insectes.
Un résumé du rapport du GEIC a été publié en avril 2007.
Créé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale et le
Programmes des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le GEIC est
l’organisme qui fait autorité en matière de changement climatique. Le
panel, qui se compose des meilleurs experts mondiaux, analyse les
données scientifiques, techniques et socio-économiques pour comprendre
les conséquences du changement climatique et propose des mesures
permettant de s’adapter à ces phénomènes ou d’en atténuer les effets.
12 novembre 2007
(Sources : IRIN) |