Le Fmi recommande la fin de la parité FCfa
- Euro
Pour atténuer les effets de la crise financière
Toutes les solutions qui pourraient permettre aux
pays pauvres d’Afrique d’échapper le plus possible aux effets de la
crise financière internationale, sont bonnes à prendre. Celles du Fmi,
concernant les pays africains de la zone Cfa, consistent à en finir avec
le système de change fixe qui lie la monnaie africaine à sa marraine
européenne. Pour l’institution, en permettant au Cfa de se déprécier, on
pourrait freiner le tarissement des capitaux extérieurs.
La crise économique et financière mondiale commence à produire ses
effets sur les pays du continent africain. Si l’on n’a pas encore
entendu nettement les voix africaines se prononcer sur la question,
d’autres spécialistes du monde ont déjà préparé leurs remèdes et sont
prêts à les administrer à nos pays. L’une des plus attendues était celle
du Fonds monétaire international (Fmi). L’institution financière
internationale a profité de ses réunions annuelles du Printemps pour
faire sa dernière proposition. Contenue dans les "Perspectives
économiques régionales" pour l’Afrique subsaharienne, publiée en avril
dernier, la médication du Fonds est radicale pour les pays de la zone
Cfa. Elle ne préconise ni plus ni moins que la fin de la parité fixe
avec la monnaie européenne, l’Euro.
Le document indique, sans citer les deux monnaies,
qu’une mesure de ce type devrait conduire à une dévaluation, pour une
monnaie, le Cfa, que beaucoup d’observateurs jugent sur-appréciée. Elle
indique les principes qui devraient guider les politiques économiques en
ces temps de crise et recommande : "Autant que possible, assouplir la
politique monétaire et laisser le taux de change s’adapter à la
conjoncture externe. La chute des prix des produits de base devrait
donner une impulsion déflationniste. Cela pourrait permettre à certains
pays d’assouplir leur politique monétaire. La monnaie devra se déprécier
en termes réels dans les pays où les termes de l’échange se sont
détériorés ou les flux de capitaux se tarissent."
Si la zone Cfa pense que la première citation ne la
concerne que peu, elle ne peut toutefois écarter la dernière : "Les
pays à taux de change souple devraient laisser leur monnaie se
déprécier, tandis que, dans les pays à taux de change fixe, la politique
budgétaire reste, avec des mesures visant à améliorer la compétitivité,
le principal moyen d’intervention. Les pays appliquant de facto un
régime de rattachement du taux de change, pourraient envisager de
l’assouplir un peu."
Aversion au risque
Pourquoi des mesures aussi radicales alors que nombre
de pays africains considèrent qu’ils pourraient, en fin de compte,
échapper à la crise ? Le Fonds monétaire juge qu’il n’est pas possible
que nos pays s’en sortent à bon compte. Il en montre les symptômes :
"La demande d’exportations africaines a diminué, les cours des produits
de base ont baissé, et il se pourrait que les envois de fonds des
travailleurs émigrés fléchissent. Le resserrement mondial du crédit et
l’aversion des investisseurs pour le risque ont provoqué une inversion
des flux d’investissements de portefeuille, découragé l’investissement
direct étranger (Ide) et rendu le financement des échanges plus coûteux.
Le ralentissement de l’activité économique devrait également accroître
le risque de crédit et les créances improductives et, partant, affaiblir
le bilan des institutions financières et des sociétés". Le Fmi a
déjà annoncé que le taux de croissance des économies dites émergentes,
dont quasiment aucun des pays de la zone Cfa ne fait partie, et des
économies des pays pauvres, dont nous sommes, soit de moins de 2% cette
année, du fait de la réduction des financements, et de la réduction des
transferts d’argent.
La crise a déjà touché les pays exportateurs de matières premières
minérales, ainsi que la plus grande économie d’Afrique, l’Afrique du
Sud. Mais les "Perspectives régionales" du Fmi sont persuadées qu’aucun
pays ne va échapper à la bourrasque.
S’adapter au nouveau contexte
C’est d’ailleurs pourquoi elles ont prévu d’autres
mesures de protection également. Le document suggère que les pays qui en
ont la possibilité, puissent "utiliser la marge de manoeuvre
budgétaire disponible." Il explique que les pays vont perdre des
recettes budgétaires, et par conséquent, leurs marges de manœuvre. Au
Sénégal, cela a déjà commencé à se faire ressentir. Les finances
publiques connaissent déjà une contraction des recettes fiscales et
douanières, depuis quelques mois. Dans des cas similaires, le Fmi
conseille : "S’ils peuvent financer l’accroissement du déficit
budgétaire, les pays qui ont réussi à stabiliser leur situation
macroéconomique et qui sont libres de contraintes liées à la
soutenabilité de la dette, peuvent laisser jouer les stabilisateurs
automatiques. Quelques pays peuvent aussi recourir à une relance
budgétaire discrétionnaire, en prenant notamment des mesures sociales
pour protéger les populations pauvres".
Dans le système financier international, les
conseilleurs sont souvent les payeurs. Et c’est cela qui donne de la
force aux arguments du Fonds. Les dirigeants de l’institution se sont
déjà préparés à mettre la main à la poche, pour soutenir plusieurs
économies en difficulté. Et ne s’en cachent pas : "Les exportateurs
de produits de base qui ont accumulé de l’épargne pendant la vague de
prospérité pourront sans doute procéder progressivement aux ajustements
nécessaires en puisant dans leurs réserves. Ceux dont les réserves sont
moins importantes devront bénéficier d’un soutien accru des donateurs
pour faciliter leur ajustement." Quoi qu’il en soit, "tous les pays
devront finir par s’adapter au nouveau contexte extérieur".
08-05-2009
Par Mohamed GUEYE
mgueye@lequotidien.sn
Analyse d'Afrology: Si l'on n'y prend garde,
le CFA sera lâché par la France au moment où les colonies d'Afrique s'y
attendent le moins. Il est dommage d'occulter la réflexion sur un sujet
d'une telle importance. Quand la France n'en aura plus besoin, ne
risque-t-elle pas de jeter le CFA? L'Afrique, fidèle à ses habitudes,
minimise le sujet et ira chercher la source d'eau lorsque l'incendie
sera déclarée. |
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