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Pour l'ouverture d'une très grande boîte à idées!
Cinquante années après les indépendances
 

Le vendredi 28 mars 2008 à 09h16, je n’ai pas su retenir le sentiment éprouvé à la lecture du POINT DE VUE de A. Ben-Ousmane DIALLO, "Guinée : une histoire de rendez-vous manqués avec l'Histoire", publié sur http ://blog.multipol.org le mercredi 26 mars 2008 à 23h49.

"Remarquable et émouvante, votre réflexion !

Mais quelles autorités ou institutions sauraient vite prendre l'initiative de rassembler – en un Mémorandum ou en un Livre Blanc ou en un tout autre type de Compilations ou de Mélanges – les nombreuses analyses de tous ceux qui, de tout temps, se sont investis dans le débat guinéo-guinéen ? Des associations, des groupes de parlementaires, des coalitions de partis, des membres de la société civile ?...

Les populistes de tous poils – qui n'ont jamais rien lu de ce qu'écrivent leurs compatriotes mais qui reprochent aux… intellectuels, entre autres, leur apathie quand ce n'est pas leur responsabilité devant le sort de la Guinée – auraient à leur disposition des canevas de reconstruction à conseiller aux gouvernants présents et futurs. L'approche du cinquantenaire de l'indépendance de la Guinée devrait inciter à y songer. Il y a là un beau défi à relever mais les Guinéens devraient comprendre que ceux qui écrivent sont les moins bien placés pour devenir leurs propres exégètes."

Ayant eu l’impression que cet appel n’a pas été entendu et l’actualité ayant été tragique une fois de plus, une fois de trop, au pays de la Révolution défunte, je ne peux refréner davantage l’envie de collaborer à la rupture de la spirale maléfique en suggérant tout simplement l’ouverture d’une Très Grande Boîte à Idées. Entreprise qui, par le biais de l’écrit – il restera toujours, lui, quand la parole, elle, se sera envolée – pourrait faciliter l’explication de l’inexplicable et, partant, la compréhension de l’incompréhensible.

De cette seule façon seront balisées avec exactitude les pistes de réflexions permettant de dépêtrer la Guinée de ses tragédies à répétition. La sortie de crise consécutive sera d’autant plus facilement envisageable et durable qu’aura été posé un diagnostic précis sur la gravité de la dernière en date des poussées d’"Ébola politique" : le massacre au Stade du 28 septembre de Conakry en ce 28 septembre 2009.

L[a tentative d]’assassinat le 3 décembre 2009 du jeune Capitaine Dadis Camara, chef de la junte militaire ayant accaparé la présidence depuis le 23 décembre 2008 au lendemain du décès du vieux Général, Lansana Conté, témoigne de l’exacerbation subite du processus d’accession au pouvoir et de sa détention et de l’urgence, me semble-t-il, du règlement des multiples contentieux du passé et du présent.

Et l’on ne saurait y parvenir autrement qu’en lisant ou en relisant les nombreuses publications de Guinéens et les contributions les plus pertinentes d’Africains et d’Africanistes, hommes et femmes de tous les pays et de tous les continents. De leur rapide recension se constituerait ladite Très Grande Boîte à Idées, sorte de Fonds et Moyens Intellectuels – FMI –, assez dotés pour inspirer d’autres façons de gouverner que celles, à ce point catastrophiques, générées et incarnées à tour de rôle par un Chef Suprême d’une fausse Révolution, un Chef de village faussement débonnaire et un Chef de junte militaire qui se sera encore plus vite illustré que les premiers par ses promesses non moins fallacieuses.

Les uns et les autres n’auront assuré au bout du compte que la continuité d’une gouvernance médiocre et sanglante, très éloignée des éléments constitutifs de la devise de la Guinée à son indépendance en 1958 : travail, justice, solidarité. Cette dernière valeur que l’on aurait pu croire préservée contre vents et marées par tradition, c’est au niveau familial qu’elle a été viciée et corrompue depuis longtemps. Il y en aurait tant à dire sur la déstructuration sociale !

Alors, l’ histoire de "l’ancienne Perle de l’Afrique Occidentale" s’est écrite en lettres de sang non pas du fait de l’instabilité des dirigeants mais bien paradoxalement de la longévité des deux premiers soit vingt-six ans pour l’un et vingt-trois pour l’autre. Puisse la dernière année écoulée, celle du 23 décembre 2008 au 23 décembre 2009 avoir suffi pour que n’y soit pas égrené à nouveau un long chapelet de malheurs ! Que souhaiter de mieux aux Guinéens en ce Noël 2009 et Nouvel An 2010 ?

Pour en revenir aux FMI, sortes de garrots à poser pour arrêter les saignées, et devant la difficulté d’en dégager au plus vite le florilège le plus exhaustif émanant d’auteurs les plus divers, je vais me contenter d’exposer quelques bribes des miennes. Même si l’opération est délicate, j’en conviens. Et, un autre à ma place aurait sans doute été mieux indiqué pour la diriger ! C’est, de toute façon, en espérant faire des émules que je m’en vais rappeler certaines de mes contributions à travers des extraits de livres ou d’articles de journaux que leurs lecteurs potentiels, ceux qui devraient être les premiers concernés par leur teneur, n’ont jamais ouverts. Non pas toujours, d’ailleurs, parce qu’ils ne le voulaient pas mais parce que, très souvent, ils ne le pouvaient pas à cause de la faiblesse de leur pouvoir d’achat quand ce n’est pas du fait d’une censure quelconque.

Aucune méprise pour autant ! Je n’ai éprouvé aucune espèce de fierté quand certaines de mes craintes, de plus ou moins longue date, ont trouvé leur traduction tragique dans les faits. J’aurais tellement préféré les reconnaître sans fondements peu après car jouer aux oiseaux de mauvais augure n’a jamais été mon sport favori. Mieux, j’ai "guerroyé" à maintes occasions contre ceux que j’ai surnommés les "euthanasistes" – de tous bords, ils se reconnaîtront ! – acharnés qu’ils ont toujours été au chevet de la Guinée et de l’Afrique. Je ne rappelle ces prises de position à tel moment ou à tel autre que bien contraint et forcé.

Que toutes les bonnes volontés guinéennes, africaines et internationales consentent donc à leur tour à mettre des sélections de leurs préconisations à la disposition des femmes et des hommes politiques guinéens. En les confrontant à leurs analyses personnelles, ces derniers pourront dégager à n’en pas douter des feuilles de route fiables ouvrant les chemins d’un futur guinéen enfin apaisé et, en toute logique, prospère !

En ce qui me concerne, qu’aurais-je donc écrit de valable pour qu’on y revienne et quelle leçon, si petite soit-elle, pourrait-on en tirer ? À chaque lecteur de le déterminer !

QUI SUIS-JE, AVANT TOUT ?

"Né en milieu peul dans la capitale du Fouta Djallon, je ne me sens pas moins sosso-mandingue, ivoiro-centrafricain, franco-européen et afro-humain (conséquences directes de mes pérégrinations), sans cesser pour autant d'être "un fieffé Guinéen".

Quatrième de couverture de "Pourquoi, diable, n’ai-je pas été un griot ?" Éditions Ganndal Conakry, 2006

***

"(…) Par [mon] nom de famille, [j’aurais] dû voir le jour parmi les Malinkés (…) à défaut le plus naturellement du monde encore de l’avoir fait [chez les Bambaras] au Mali, frontalier. (…) Pourquoi ne souffrir[ais-je] pas, d’abord, de [mon] inaptitude à penser en malinké ou en bambara et, par conséquent, de ne savoir ni parler, ni lire, ni écrire dans une langue mandingue ? Il se trouve qu[e je suis] plutôt heureux (…) de partager avec les Peuls leur langue, leur culture et le sentiment d’appartenir à la même communauté. Et, s[i je n’ai] gardé aucun bénéfice de [ma] langue originelle et regrette parfois de ne pas disposer de cette autre ressource pour échanger avec un nombre plus grand et diversifié d’interlocuteurs et de lecteurs, [je] n’en [suis] pas frustré du tout."

Extrait de "Sa langue (celle de l’écrivain), qu’est-ce qu’elle a sa langue ?" Riveneuve Continents N°3 Automne 2005

***

"O, mon pays ! Ce beau pays mien que je n’ai pas étreint assez !
Je te le jure, je te le promets, je reviendrai.
Alors, à ta rencontre, à ta découverte, j’irai.
D’est en ouest, du nord au sud, je te parcourrai.
Chaque fois au centre une courte halte je marquerai,
Parmi mes plus proches, en vue de reprendre haleine."

***

"Aimer son pays,
Ce n’est pas mentir sur lui.
Ce n’est pas éclairer par ses hallucinations des nuits sans lune.
Ce n’est pas bâtir
Dans les déserts de ses fantasmes des mirages fabuleux.

Chérir son pays,
C’est en vivre partout les misères.
C’est exhaler fort ses odeurs de putréfaction.
C’est porter haut l’étendard de toutes ses blessures…"

Extraits de deux poèmes tirés du roman "Après les nuits, les années blanches", l’Harmattan Paris, 1993

***

"(…) Plus que jamais, je suis déterminé
Avec les seules armes qui sont les miennes, les mots,
À mettre des noms exacts sur nos petits et grands maux
À guerroyer contre toutes les brutalités faites hommes.
S’ils méritent toujours et encore qu’ainsi on les nomme (…)"

Extrait du poème inspiré par la tragique répression militaire d’une manifestation organisée par l’opposition au Stade du 28 septembre, le 28 septembre 2009

QU’AI-JE DONC ÉCRIT ?

SUR LES MŒURS COLLECTIVES ET LA SITUATION GÉNÉRALE

"Même si nous essayons aujourd'hui d'oublier que des Guinéens ont vu d'autres Guinéens pendus sur la place publique, que le pouvoir a torturé le citoyen, commis l'adultère, suborné les filles, contourné la loi, encouragé à la délation, entraîné tout le monde à la fausse dévotion et à la débrouillardise, nous savons aussi que les séquelles seront longues à juguler. Elles risquent même de ne l'être jamais si nous ne substituons pas aux réflexes anciens une mentalité nouvelle et un comportement nouveau pétris d'intégrité, d'humilité, de courtoisie et du sens de nos responsabilités, dans une totale protection de notre vie privée et de notre vie de famille."

Extrait d’un article publié pour la première fois dans HOROYA N°121 du jeudi 24 janvier 1985 "Quelles valeurs dans le nouveau ciel guinéen ?" et repris dans "Pourquoi, diable, ai-je voulu devenir un journaliste ?" Menaibuc Paris, 2004 et dans son édition augmentée en 2007

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"(…) Mais, quel curieux fatalisme – typiquement guinéen – que d’avoir à toujours s’en remettre à l’implacable faucheuse autrement dit à la mort naturelle du chef pour espérer une "consultation électorale" sans possibilité de fraudes !"

Tiré de "La Guinée dans la démocratie, un petit pas en avant, de grands pas en arrière" paru sur Boub@h.com au Courrier de Guineenews le 10 décembre 2001 repris dans "Pourquoi, diable, ai-je voulu devenir journaliste ?"

SUR LE STATUT ET LE RÔLE DE L’ARMÉE. Les militaires ? Ils sont plutôt les problèmes que les solutions.

"[Ils] ont refusé d’instruire le procès de la Révolution en 1984 pour de mauvaises raisons. Les civils les ont approuvés. Il faudra pourtant y arriver un jour. Non pas pour nous venger de certains de nos bourreaux encore en vie mais pour démonter tous les mécanismes qui les ont conduits à se comporter comme tels. De toute façon, nous ne vengerons pas nos morts anciennes par des morts nouvelles ! Et, avec les récents événements aux frontières libérienne et sierra-léonaise, la Guinée n’a que trop donné de son sang ! Les bonnes raisons démocratiques, elles-mêmes, ne devraient autoriser ni l’opposition ni encore moins le pouvoir à prendre toute initiative qui conduirait à la mort d’autres Guinéens."

Extrait de "La Guinée dans la démocratie : un petit pas en avant, de grands pas en arrière"…

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"Après avoir presque dans tous les pays mis au pas les civils, les militaires rechignent dorénavant à rester au garde-à-vous. Et, comme ils n’ont pas réussi en confisquant le pouvoir politique à faire le bonheur dans leurs propres rangs, ils tirent sans sourciller sur les rares détenteurs de richesses pour accaparer leurs biens."

Extrait de "Les maîtres maux de l’Afrique" paru dans VOIX D’AFRIQUE N°33 décembre 1992-janvier 1993

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"Les Américains ont recouru aussi longtemps qu’il a été nécessaire à toutes les procédures constitutionnelles permettant d’établir qui de George Bush ou d’Al Gore a gagné les élections de novembre 2000.
(…) Jamais un troisième larron – un général ou encore moins un caporal – n’a pensé détenir les clés de la démocratie sous les chenilles de tous les chars qu’il aurait pu mettre en branle."

Extrait de "Mal à la Guinée et à la Côte d’Ivoire, mal à toute l’Afrique" paru le mercredi 17 janvier 2001 sur Boub@h.Com. Courrier des lecteurs de Guineenews

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"La Guinée (…) est dramatiquement frappée par les contre-coups des chaos libériens et sierra léonais organisés par les nombreuses bandes armées avec lesquelles il est impensable qu’une opposition intérieure la plus anti-guinéenne ait pu pactiser. Il ne se passerait plus de jours sans que des villages aux frontières et même à l’intérieur des terres ne soient attaqués et pillés ! De nombreux Guinéens vivraient dans une grande insécurité comme entre les années 1993 et 1995, pendant lesquelles des gangs ont, de jour comme de nuit, à Conakry mais aussi dans beaucoup de grandes agglomérations, rançonné à la kalachnikov les populations terrorisées. La faute n’en incombe pas aux seuls trublions libériens et léonais."

Extrait de "Mal à la Guinée et à la Côte d’Ivoire, mal à toute l’Afrique"…

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"(…) Apprêtons-nous à dire NON au scénario-massacre à la libérienne, à la sierra léonaise, à la somalienne ou à l’ivoirienne si, d’aventure, le Général Lansana Conté passait (…) l’arme à gauche. (…)
Disons les choses de manière cruelle : nous devons faire l’économie des deux millions de morts au Congo, des centaines de milliers au Rwanda, des dizaines de milliers au Liberia, en Sierra Leone et (…) des milliers en Côte d’Ivoire... Croyons dur comme fer à cet axe de l’intelligence, de la maturité et de la lucidité que la Guinée constituerait avec le Sénégal et le Mali pour barrer la route aux nombreux desperados, rescapés de toutes les guerres régionales. "Charognards" armés jusqu’aux dents, avinés, drogués, ils sont à l’affût de rapines, viols et génocides à commettre et ne sont, naturellement, pas préoccupés du tout de bonne gouvernance démocratique. Au contraire, ils savent bien le profit à tirer de l’anarchie la plus totale."

Tiré de "Guinéens, ayons le courage de dire encore : NON !" paru le 17 décembre 2002 sur Boub@h.com au courrier des lecteurs de Guineenews

***

"Entendez les coups de canon sur la Côte de Kaloum !
Sifflent les balles, souffrent les blessés.
Fauchent les sabres, rougissent les sables.
Les têtes tombent. Les tombes s’ouvrent et se referment.
Il retombe des corps sur les pierres tombales.

Ce ne sont guère les guerres qu’il y eut naguère.
Ce sont les méchants miliciens et leurs chiens
Qui sèment la mort de ceux qui s’aiment.
Certes, certains cercueils dans le cercle manqueront
Et jetés dans les jetées de Kaloum
Seront ceux qui, jamais, n’en auront.


Les Guinéens méritent d’autant plus le secours de (…) la communauté internationale tout entière qu’ils refusent de céder aux sirènes ethniques actionnées de manière criminelle par le pouvoir et que, même musulmans dans leur immense majorité, ils ont toujours eu une grande sympathie pour l’église chrétienne, la seule à avoir sans cesse dit ses quatre vérités au pouvoir et à n’avoir, à leurs yeux, jamais pactisé avec lui. Il faut rappeler que les relations, conflictuelles entre l’église de Guinée et la Révolution de Sékou Touré, ont conduit à la détention du premier archevêque autochtone de Conakry pendant 104 mois de 1970 à 1979 au célèbre mouroir du Camp Boiro.

[Observation : la déclaration du dernier archevêque en date de Conakry, Mgr Vincent Coulibaly, après le massacre du 28 septembre 2009 a dérogé à la tradition chrétienne en Guinée. Pour la première fois, le chef de l’église nationale a laissé le sentiment de fermer les yeux sur la tragédie vécue par les populations guinéennes et de comprendre la brutalité du pouvoir politique.
Sa déclaration : "Certes, les tueries du Stade, le 28 septembre 2009, ont fait déborder le vase. Aussi, ne perdons pas de vue, la profondeur de la crise guinéenne, dans sa complexité, se situe à divers niveaux : politique, économique, social, culturel, juridique. La Guinée est un pays immensément riche à tous points de vue. Les richesses de notre pays seraient-elles donc convoitées ? (…) Pourquoi ce grand battage médiatique orchestré à partir de certaines capitales européennes ? (…) On devra aussi reconnaître que les images diffusées à grande échelle avec la complicité de certains de nos compatriotes ont bien porté atteinte à la morale et à la dignité de l’homme guinéen. (…) En ces moments difficiles, seule notre indépendance économique doit donner des martyrs à notre pays. ( ?!) (…) Je demande de ne plus jamais recourir à ces fameuses mobilisations (grèves de la faim, marches populaires, villes mortes…) ou répressions qui nous conduisent aux malheurs et à la misère."]

(…) La brutalité assassine de la soldatesque du Général – sans doute aidée de mercenaires bissau-guinéens, libériens et sierra-léonais – pour réprimer les travailleurs manifestant leur exaspération dans les rues des principales villes du pays lors de la grève illimitée des syndicats déclenchée le 10 janvier 2007 [suggère une seule] image :
Il faut trouver, de toute urgence, non pas les moyens de pratiquer l’euthanasie des pitbulls agrippés au cou gracile de la Guinée (en langue soussou du littoral, Guinée signifie femme), mais ceux de le leur faire lâcher tout simplement et de les museler."

Prose et paroles dites devant les membres de l’Association Amitié Beaujeu-Guinée (ABG) le 2 février 2007. Le poème est extrait du roman "Après les nuits, les années blanches", l’Harmattan, 1993.

***

"Que constater d’autre sinon que l’armée a été à ce point dévoyée qu’elle est capable de retourner ses armes contre ses compatriotes pour les déposséder des maigres expédients avec lesquels ceux-ci vivotent après avoir, du reste, toujours maté dans le sang leurs manifestations contre les difficiles conditions de vie ?"

Extrait de "Guinée : En attendant le big-bang !" paru sur une dizaine de sites Internet en juillet 2007

***

"C’est par des milliers de souterrains différents qu’arrivent des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Tous de blanc vêtus, ils donnent l'impression de rallier un lieu de pèlerinage.
Aussitôt [que tous se sont retrouvés] dans l'enceinte du plateau de confluence et que d'énormes pilons métalliques ont démoli les issues souterraines, un mugissement échappé du ciel ou de la terre – sans doute des deux en même temps – annonce l'heure des comptes.
Des jeunes soldats, adossés contre les murailles d'acier, exécutent d’instinct le seul ordre qu’ils attendaient, le doigt sur la détente. Les salves partent et fauchent tout autour les têtes des "pèlerins" debout aux premiers rangs.
Et à mesure que les silhouettes s’effondrent, cibles trop faciles face aux tireurs d’élite, les rangs fondent de leur côté comme beurre de karité au soleil (...)
Les bourreaux n'en continuent pas moins de tirer, plus atteints dans leur amour-propre par les rares impacts brillants des balles ayant fait mouche sur les barrières alentour que par les torrents d'hémoglobine s'écoulant des nombreuses poitrines défoncées.
Les "condamnés à mort", [eux non plus], ne cessent pas de tomber dans un désordre bruyant de grappes de mangues mûres secouées par le vent. De toute façon, les ordres ont été formels.
- À l'audition du tocsin, vous n'aurez qu'à fusiller! Vous n'arrêterez qu'au début des premières mesures de la marche funèbre! ...
Mais voilà que l'hymne mortuaire tarde à se faire entendre malgré la rapide exécution de tous les prisonniers"...

Extrait du cauchemar au tout début du récit "Orphelins de la Révolution" Menaibuc Paris, 2004

"[Il est] facile [de le] rapprocher de l’actualité guinéenne [qui est] la suivante quatre ans après la publication d’un manuscrit remontant aux années 70 :

Encore des mutineries de soldats en cette fin du mois de mai 2008. Précédentes insurrections pour réclamations d’arriérés de soldes: les 2 et 3 février 1996 et le 2 mai 2007. Avec leurs exactions coutumières, innommables, contre les civils accablés par les machinations des politicards et exténués par les pénuries de toutes sortes !
Depuis la fin de la semaine dernière (14 et 15 juin 2008), des militaires et des paramilitaires, parmi ceux qui ont obtenu des promesses de paiement des sommes qui leur sont dues, retourneraient leurs armes contre les policiers, les gendarmes et les douaniers, mutinés à leur tour pour réclamer leurs… salaires !
Y aurait-il en Guinée un seul Général, un seul Colonel, un seul Capitaine, un seul Lieutenant, un seul Soldat, non pas pour prendre le pouvoir (ils l’ont depuis le 3 avril 1984) mais pour empêcher que le cauchemar (…) ne devienne la réalité ?
Sages africains, Institutions panafricaines et internationales : Union Africaine, Union Européenne, Nations Unies, n’attendez plus pour venir en aide à ce peuple – pacifique – en danger depuis trop longtemps et, à la longue, si proche du… chaos !"

Texte publié fin mai 2008 sur divers sites Internet et qui pourrait l’être à nouveau, malheureusement, au lendemain des massacres du 28 septembre 2009

***

"(…) Pour commencer, que l’armée retrouve donc toute sa dignité en réintégrant son statut, un des plus nobles dans un pays bien doté par la nature et, pour cela, fragile : la défense et l’aménagement du territoire !"

Extrait de "La Guinée dans la démocratie : un petit pas en avant, de grands pas en arrière"…

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"[Horrible] la complaisance coutumière des professionnels des médias pour relayer ces tableaux de chasse [politique] insupportables. Ceux institutionnels d’Afrique, sont toujours aux ordres des plus forts. Ce sont souvent eux, les premiers, qui zooment avec insistance sur les amulettes et autres grigris ridicules des vaincus. Il n’est pas rare que ce soient d’ailleurs les vainqueurs qui en ont ainsi attifé les pauvres. Mais, jamais, les mêmes journalistes ne se soucieraient de faire œuvre pédagogique. En montrant que les fameux fétiches n’ont servi à rien, par exemple, que les vaincus ont été leurrés par l’état d’invulnérabilité dans lequel ils ont cru se trouver ! Au contraire, ils laissent supposer que les grigris et colifichets personnels des puissants du moment sont plus performants. En vérité, ils sont les exactes répliques de ceux des maîtres d’hier pour la bonne et simple raison qu’ils ont été prescrits par les mêmes marabouts et charlatans !
Et voilà pourquoi, pendant longtemps encore, la guerre des détenteurs des grigris "nouveaux" contre les porteurs des "anciens" fera des ravages dans de nombreux pays d’Afrique ! … Quant à certains envoyés spéciaux de médias étrangers, ils sont tout simplement contents de pouvoir étaler au grand jour les signes éloquents de l’arriération mentale des Africains."

Tiré de "Halte aux parties de chasse macabre en Afrique". Publié sur les Sites Africultures et Guineenews le 27 septembre 2002 et repris dans "Pourquoi, diable, ai-je voulu devenir journaliste ?"…

***

"Le PDG a eu carte blanche pour faire étalage de toutes ses dramatiques capacités de nuisance pour la Guinée et pour les Guinéens. Mais qui aurait cru que le CMRN (Comité Militaire de Redressement National) nous aurait installés dans la continuité de la descente aux enfers ? Alors, que voulez-vous que "notre armée" nous prouve encore?"

Extrait de l’entretien avec Aboubakar Sakho de l’Observateur de Guinée publié en décembre 2007

***
"Tout le travail politique de la prochaine décennie devrait consister à stopper la circulation anarchique des armes de guerre avant de faire un grand tri de sorte à reconstituer des armées régulières (…). Il est tout de même paradoxal, plutôt tragique de constater avec quelle régularité des pays dirigés par des Généraux voire des Maréchaux sont déstabilisés par les bandes armées les plus dépenaillées. Pour positive qu’ait été l’irruption sur la scène politique de militaires de la valeur de Thomas Sankara, Jerry Rawlings ou Toumani Touré, le travail dévolu à un militaire est de préserver la paix intérieure et de défendre la patrie contre les agressions extérieures."

Extrait de "En finir avec tous les rentiers de la politique en Afrique" Africultures/Articles des lecteurs le 3 février 2003

SUR LA POLITIQUE ET L’HISTOIRE

"N’est pas Samory tout Touré ni Soundiata tout Keita ! Mais il est plutôt courant, hélas, que des présidents "élus" ou plus souvent autoproclamés à la suite de coups d’État se trouvent d’obscures filiations pour se donner du prestige. Ils réussissent seulement à se comporter comme des roitelets de pacotille non sans attirer la guerre et la misère sur leurs pays en lieu et place de la paix et de la prospérité souhaitées par leurs compatriotes. Quand ils ne l’ignorent pas tout court, ils oublient que dans l’Afrique traditionnelle dont ils se réclament de façon indue, la royauté était plus essentielle que la personne du roi et [que] la coutume fixait toujours des limites concrètes au pouvoir de ce dernier."

Extrait de "Pourquoi, diable, n’ai-je pas été un griot ?"…

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"C’est (…) dans l’indifférence générale que le pays du NON au référendum gaullien [de 1958] (…) a été rebaptisé République Populaire et Révolutionnaire de Guinée à partir de 1965. Son premier président, Ahmed Sékou Touré, l’autoproclamé Chef Suprême de la Révolution, a voulu se donner à cette date les pleins pouvoirs pour décapiter les empêcheurs de penser en rond, plus ou moins nombreux à se manifester : les enseignants, les élèves et les étudiants dès 1960, les commerçants en 1965, les militaires en 1969. À la longue, il les a purement et simplement imaginés : les membres de la Cinquième Colonne, au lendemain du débarquement d’opposants appuyés par une logistique portugaise le 22 novembre 1970 et "les comploteurs Peuls" dans son délire de haine ethnique en 1976...
Dans ces circonstances, c’est une "OPA politique", plutôt inamicale, que cette célébration récente à Bamako au Mali de… l’œuvre de Ahmed Sékou Touré ! Et quelle œuvre ?… Il ne faudrait surtout pas oublier qu’aucune entreprise de rétablissement de la vérité sur la tragédie guinéenne – qui ne relève pas de la fiction, elle a matériellement existé ! – ni encore moins de réconciliation nationale n’a été diligentée comme elle l’a été par exemple au Mali, en Centrafrique ou en Afrique du Sud. Alors, les risques ne sont-ils pas grands que le dernier régime qui n’aura pas eu le courage d’instruire le procès du premier – non pas pour venger des morts par d’autres mises à mort ni pour remplir à nouveau les prisons politiques qui devraient avoir disparu – paye un jour pour deux ou pour trois ou pour tous ? Veiller à ne pas remuer le couteau dans les plaies guinéennes ni à insulter l’avenir des relations entre les Guinéens et les autres Africains est un impératif auquel l’on devrait pouvoir se conformer !"

Extrait de "Guinée : En attendant le big-bang !"…

***

"(…) Du passé et même d’un certain présent, les Guinéens aimeraient faire table rase, tant ils sont exaspérés par le marasme politique ambiant. Il se trouve qu’ils ne le peuvent pas. Les pays n’ont pas toujours les dirigeants qu’ils méritent mais ils ne peuvent faire qu’avec les femmes et les hommes politiques luttant tous les jours à armes inégales, certes et de manière pas toujours professionnelle pour certains.
Les prochains dirigeants de la Guinée ne sortiront que du maquis politique guinéen, de son bourbier. À moins de fabriquer des femmes et des hommes politiques hors sol –, dans des éprouvettes, et, pourquoi pas, génétiquement modifiés –, la Guinée ne saura compter qu’avec les protagonistes sur le terrain national. C’est-à-dire avec ceux qui ont vraiment opté pour entrer en politique. Les leaders providentiels, ceux libérés de geôles, ceux rapportés dans les soutes de Barracudas, ceux arrivant en tête de longues marches, ceux appelant de Londres, de Paris, de Moscou, de Ouagadougou, de Bamako ou de Bissau, les putschistes de garnisons, les comploteurs et autres révolutionnaires de salon, ils ont tous fait long feu !
Le jeu démocratique, seul, hissera au sommet ceux qui auront la redoutable charge de nous imaginer un autre destin. Le travail d’éveil de la conscience politique de tous, auquel il faut plus que jamais s’atteler, limitera jusqu’à les supprimer les bourrages des urnes au profit des puissants conjoncturels peu soucieux du mieux-vivre ensemble. Et puis, s’il y a des Africains qui, sur la durée et aux résultats, savent ce que ne devrait plus être pour eux, un Président, ce sont les Guinéens. Je ne doute pas qu’ils sauront en faire élire un bon, la prochaine fois. Un qui sera capable de faire jouer l’ensemble des atouts matériels et humains que recèle le pays et qui ne se prendra ni pour un Roi ni encore moins pour Dieu."

Tiré de l’entretien avec Aboubakar Sakho…

***

"Qu’ils exigent que soit crevé le mythe fondateur de la Guinée indépendante qui n’aura été révolutionnaire que de nom, en définitive ! Même si très digne, certes, a été sa litanie émancipatrice : Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l’opulence dans l’esclavage.
(…)
La mal-gouvernance politique est non seulement transmissible comme habitude mais sujette à des résurgences, à des mutations et à des duplications redoutables. Robert Mugabe du Zimbabwe n’est-il pas un clone de Idi Amin Dada ? Le Général guinéen, Lansana Conté, ne se réclame-t-il pas de son prédécesseur, Sékou Touré (…) ? Les méthodes du Lieutenant-colonel Étienne Eyadema des années soixante au Togo ne sont-elles pas en tous points identiques à celles du Général… Gnassingbe Eyadema des années 2000 ?"

Extraits de "Pourquoi, diable, n’ai-je pas été un griot ?"…

***

"Peut-on appeler méthodes de gouvernement des mécanismes de décision plus inspirés par des charlatans véreux, des faux marabouts et des griots démissionnaires que par des constitutionnalistes, des conjoncturistes et autres Guinéens ayant prouvé leur expertise dans les domaines les plus pointus de l’appréhension du mieux-vivre ensemble : politiques, historiques, littéraires, scientifiques, philosophiques, sociologiques, économiques, technologiques… ?
Que faut-il penser des éternels théâtres d’ombres de prétendants à la succession n’ayant d’autre légitimité que celle de se réclamer d’une épouse du chef de l’État, d’un membre ou d’un ami de sa famille, dès que vacille le pouvoir ? Quid des syndicalistes et des membres de la société civile qui en sont réduits à s’adresser au Conseil islamique, à l’Archevêché, aux haut gradés de l’armée, pire aux marabouts, aux enfants, aux épouses et aux maîtresses du président pour quémander le dialogue avec le gouvernement et pour obtenir une réception par le chef de l’exécutif ?"

Extraits de "Guinée : En attendant le big-bang !"…

***

"(…) C’est parfois un mauvais procès que nous intentons aux Partis de l’opposition qui se battent à armes inégales sur le terrain (…). Mais, je ne voudrais pas non plus laisser croire qu’il n’y aurait rien à reprocher à ces derniers, à commencer par leurs leaders au charisme certain et à la compétence établie mais qui ont décidé de fonctionner comme les dinosaures de la politique au lieu d’insuffler un vent de modernisme : professions de foi à l’ancienne, recrutement ethnique, centralisme démocratique (…), militantisme antédiluvien…"
(…)
"La pratique de la politique de l’autruche est bel et bien l’exercice dans lequel excellent les dirigeants guinéens. Convaincus que leurs compatriotes oublient tout, ils ne prendront jamais l’initiative d’affronter une situation avant d’y être obligés par la violence. Ils laisseront toujours tout pourrir en espérant que les choses se résoudront d’elles-mêmes. Les symptômes de ce que l’on ne peut plus s’empêcher d’appeler le syndrome politique guinéen ne trouvent-ils pas, dans la circonstance, une autre occasion de se manifester ?
Être frappé du syndrome guinéen ? C’est, pour des dirigeants politiques, présider aux destinées de populations parmi les plus pacifiques, sourdes qu’elles sont aux sirènes ethniques, capables d’abnégation et confiantes en l’avenir, dans un pays disposant de potentialités immenses, abritant de surcroît le Château d’eau de l’Afrique, et se complaire d’en faire l’un des pays les moins avancés de la planète !"

Extraits de l’entretien avec Aboubakar Sakho…

***

"NON, devons-nous répondre à tous ceux qui, dans l’opposition, seraient tentés de déclencher des troubles pour s’emparer du pouvoir ou, dans l’entourage du régime qui se meurt, pour le garder. Car, une fois l’engrenage huilé, se met vite en route l’entreprise de démolition, autrement plus rapide que la construction la plus rudimentaire.
Citoyens patients, nous avons su l’être, assez, pour supporter vingt-six ans de dictature pseudo-révolutionnaire et [vingt-trois ans] de régime pseudo-libéral, très en dessous de toutes les espérances que nous étions en droit de fonder sur lui… Alors, nous n’allons pas céder, maintenant, à la tentation du chaos, nous aussi ! … [en produisant le spectacle d’] une Guinée à la dérive avec tous ses habitants, indigènes et allogènes – les enfants dans le dos, les baluchons sur l’épaule – enjambant des charniers !"
(…)
Guinéens, nous n’avons nul besoin de nous entretuer pour nous rendre à ces quelques évidences: Notre pays a déjà trop donné de son sang et, jamais, de nouvelles morts ne vengeront nos morts anciennes. L’aspiration légitime au changement n’autorise aucun compatriote à prendre toute initiative pouvant mettre notre patrie à feu et à sang. Personne ne saurait la diriger avec seulement une ou quelques-unes de ses parties. Aucune région naturelle n’est viable sans les autres…
(…)
Guinéens, protégeons la Guinée ! De façon plus unanime et plus forte encore qu’en 1958, disons NON aux semeurs de haine et aux va-t-en-guerre !"

Extraits d’un article paru au Courrier de Guinéenews sur Boub@h.com le 17 décembre 2002. Repris dans "Pourquoi, diable, ai-je voulu devenir journaliste ?"…

***

"S’agissant enfin des responsables du marasme général de la Guinée, on les retrouve aussi bien dans les rangs des militaires que dans ceux des membres de l’opposition.
Les militaires ont refusé d’instruire le procès de la Révolution en 1984. (Relire plus haut les premiers passages sur LE STATUT ET LE RÔLE DE L’ARMÉE !)
(…)
Quant à ceux qui ont, plus ou moins tôt, adopté des postures d’opposants politiques parmi lesquels beaucoup sont capables de retournement à tout moment, ils portent tous une responsabilité dommageable dans le sort de notre pays !
Qui n’a vu les uns et les autres courtiser le CMRN, dès les premières semaines qui ont suivi le 3 avril 1984, dans l’espoir d’obtenir un portefeuille ministériel, un poste de consultant ou de chargé de mission ou encore de chargé de l’image de marque de la Guinée à l’étranger… ?
(…)
La religion, toutes les religions, devraient, elles aussi, regagner les sphères privées, les domaines de la conscience personnelle et de l’intime conviction d’où leurs vertus ne devraient plus jamais les laisser sortir que pour faciliter la cohabitation citoyenne (...)
Guinéens, il est encore et toujours temps de faire table rase des erreurs et même des fautes du passé afin de repartir en avant du bon pied ! Imagine-t-on, seulement, la synergie dont pourrait profiter la Guinée si les Guinéens de l’extérieur les mieux intentionnés voulaient, savaient ou pouvaient tendre la main aux résistants de tous les temps parmi les Guinéens de l’intérieur ?"

Extraits d’un article paru au Courrier de Guineenews le 10 décembre 2001, repris dans "Pourquoi, diable, ai-je voulu devenir journaliste ?"…

***

"Le drame est plutôt guinéen et africain qui fait que des anciens responsables, les Premiers d’entre eux en l’occurrence, ne connaissent pas d’autre alternative que le Trône et le Cimetière. Quand l’Afrique comptera de nombreux anciens Présidents vivants, la démocratie aura gagné !"

Extrait l’entretien avec Aboubakar Sakho…

SUR LES GRIOTS, LES JOURNALISTES, LES INTELLECTUELS ET AUTRES PENSEURS…

"(…) Pour faire diversion, n’est-il pas de bon ton de fustiger une soi-disant apathie des intellectuels ? Certains ne leur imputent-ils pas le mauvais sort de la Guinée ? Comme s’ils pouvaient ignorer, ces grands scrutateurs des mœurs politiques, que le pouvoir guinéen, d’une façon constante, a toujours été conforté de savoir ses écrivains, ses penseurs, ses chercheurs, ses intellectuels… morts et enterrés ou exilés ou, "mieux encore" clochardisés sur place dans les quartiers les plus sordides !
(…) La vocation des intellectuels n’est certainement pas d’accompagner l’actualité, donc à réagir au coup par coup face à tout événement défrayant la chronique, ni de penser sur commande, ni d’obtempérer à une quelconque injonction. Et puis, quand l’intellectuel n’a rien d’intéressant à dire ou réalise qu’il ajoute à la confusion ambiante au lieu d’aider à la clarification des enjeux, il a bien le droit de ne pas se sentir obligé de le faire savoir !"
(…)
"Qu’ils auraient été édifiés, du reste, les prescripteurs de la conduite intellectuelle à tenir, s’ils avaient seulement lu quelques-uns des livres de leurs compatriotes qui suggèrent, à l’occasion, des voies et moyens pour sortir des ornières les plus périlleuses ! Ne se seraient-ils pas rendus compte que dans toutes leurs œuvres et les plus banales de leurs réflexions, la situation guinéenne a toujours eu sa place et que leur imagination a parfois anticipé et/ou prolongé le déroulement de l’actualité sans trop s’y frotter au risque de s’y piquer ? Hérissons eux-mêmes ou porcs-épics, ils ne devraient d’ailleurs pas être allergiques aux piquants.
(…) Comme les programmes scolaires et universitaires nationaux méprisent les productions autochtones et que les bibliothèques rarissimes ne croulent pas sous les acquisitions de nouvelles publications, la misère intellectuelle incombe à tout le monde sauf à ceux qui, ne pouvant même pas faire éditer tous leurs écrits ni a fortiori en vivre, ne continuent pas moins d’être tous les jours inspirés…"

Extraits de "Guinée : En attendant le big-bang !"…

***

"Pour quelles raisons les quelques griots influents de l’époque n’ont-ils pas osé prévenir que la pauvreté et l’esclavage risquaient aussi bien de se donner la main pour vite transformer un pays – la Guinée en l’occurrence – en un gigantesque champ de ruines spirituelles, matérielles, humaines ? …
Comment se fait-il qu’avec la force de persuasion et la puissance de conviction dont ils peuvent être capables, ils n’aient pas claironné que les Guinéens à défaut d’accéder à l’opulence souhaitaient, voulaient et pouvaient être libres mais sans être pauvres non plus"

Tiré de "Pourquoi, diable, n’ai-je pas été un griot ?"…

SUR LA PLACE DES FEMMES DANS LA PATRIE ET PLUS ENCORE DANS LA "MATRIE" DEPUIS LE 28 SEPTEMBRE 2009

"(…) Douce Guinée,
Tu la comprends, n'est-ce pas, ta progéniture !
Ce n'est pas le hasard qui t'a faite femme (…)
(…)
Ta patience de mère,
Reprends-la ou plutôt, garde-la !
De te faire souffrir de nouveau,
Ils sont, hélas, obligés.
À te faire accoucher une nouvelle fois,
Ils sont sans appel condamnés.
Ils n'ignorent pourtant pas
Qu'aucune femme n'a jamais été assez mère
Pour ne plus éprouver
Les affres de l'angoisse et de la douleur.

Mais, figure-toi, mère,
Ces autres inquiétudes et souffrances,
Le plus insouciant parmi tes nombreux enfants
Au moment où de l'exil il prend le chemin,
N'a qu'une seule envie, celle de te dire:
" Je sais. Je sens, je suis ces souffrances ! (…)"

Extrait du récit "Orphelins de la Révolution"…

***

"La situation de la Guinée a beau être désespérante, elle n’est pas désespérée ! Elle pourrait, la Guinée, devenir rapidement un pays de bonheur. Elle n’aurait même pas assez de l’ensemble des forces et de la somme des intelligences de ses seuls ressortissants pour faire fructifier ses potentialités : mer, montagne, savane, forêt et sous-sol... Et, on en arrive presque à devenir honteux de ressasser qu’elle est bénie par la nature et, du seul fait de ses hommes, vraiment maudite ! Mais, Guinée signifie femme en soussou. Et, comme les murs porteurs de l’édifice tiennent encore un peu grâce à la gent féminine qui a toujours veillé sur eux comme à la prunelle de ses yeux, c’est assurément avec le temps des Guinéennes que se produira le sursaut tant attendu."

Tiré de "Guinée : En attendant le big-bang !"…

***

"Je suis, au choix
Ou tout à la fois :
Accablé, affligé, bouleversé, brisé, effondré, éploré, endeuillé,
horrifié, peiné, sidéré, stupéfié !
Soit, pour chaque joueur de foot d’une équipe guinéenne, un état d’âme
Dû à la barbarie de la répression militaire particulière à l’égard des dames.
(…)
Les monstres ayant en cette "matrie" dénommée la Guinée,
C’est-à-dire la femme, par qui eux-mêmes en principe sont nés
Violenté, humilié des femmes dans un stade plein comme un œuf
En cette date désormais triplement symbolique du 28 septembre 2009."

Poème inspiré par la tragique répression militaire de l’opposition le 28 septembre 2009

***

"S’est vraiment produit au Stade du 28 septembre ce qui n’aurait jamais dû s’y produire. Des Guinéennes et des Guinéens, grands amateurs de beau football et assez bons pratiquants, sont tombés sous les balles de la soldatesque d’une certaine armée. Et, pour toujours, il fera désormais penser à un autre Stade, le Stade National de Santiago du Chili, horrible mouroir de patriotes chiliens, suite au coup d’état du sinistre… Général Pinochet, un autre mois de septembre, le 11 plus précisément, en 1973 !…"

Extrait de "Dadis en un ? Non en neuf !" article publié sur divers sites Internet au lendemain du massacre du 28 septembre 2009

SUR LES REMÈDES

"Soyons enfin capables de débattre des meilleures façons de gérer notre pays sans attendre de nous être au préalable entretués ! Plus que jamais, nous devrions nous rendre compte que nous avons eu tort (…) de faire l’économie de ces conférences nationales qui, partout ailleurs, ont permis de poser quelques jalons."

Extrait de "La Guinée dans la démocratie : un petit pas en avant, de grands pas en arrière"…

***

Conférence Nationale à la béninoise – souveraine ou pas – ou Vérité et Réconciliation à la sud-africaine ? La Guinée ne saura se dépêtrer de son passé qui pèse si lourd sur son présent et hypothèque tant son futur en faisant l’économie de l’une et/ou de l’autre procédure. Mais, entre Vérité et Réconciliation, option ayant ma préférence, il faudra intercaler Justice. C’est quand même le deuxième terme de la devise guinéenne : Travail, Justice, Solidarité. Vérité donc mais aussi Justice avant la Réconciliation qui apurera tout le passé !
(…)
Les détentions et les exterminations de Guinéens (hommes et femmes de tous âges) ont bel et bien existé en ces lieux sinistres. Le mouroir de Boiro n’est donc pas une fiction. Et il risque de demeurer une longue et douloureuse maladie guinéenne : un cancer avec des redoutables métastases si on ne crève pas sa cruelle réalité comme un abcès !
La manière la plus sûre de guérir d’une maladie contractée, aussi honteuse, aussi ravageuse qu’elle soit, est de l’annoncer à son médecin qui la diagnostique comme telle et lui préconise un traitement. Il peut alors la soigner ou aider à vivre avec elle, le moins mal possible et le plus longtemps.
En tout état de cause, il ne faudrait se priver d’aucune expérimentation thérapeutique : ni des médecines alternatives, ni des thérapies de groupe… Ni des avancées psychanalytiques et psychiatriques qui, – mensonges éhontés ! – ne seraient pas africaines. La libération totale de la parole devrait en être le préalable. Elle donnerait aussitôt naissance à une parole consciente et assumée qui ne soit plus seulement celle habituellement corrompue par la Révolution, réduite à fustiger à coups de surenchères verbales des ennemis imaginaires au surgissement de chaque difficulté. Elle seule débarrasserait la Guinée de tous les démons de son passé. Car, se résigner à recouvrir ces deniers de voiles épais ne ferait qu’amplifier, je le répète, le marasme du présent et l’hypothèque du futur !
À l’issue d’une Conférence nationale guinéenne dénommée Vérité, Justice et Réconciliation qui s’ouvrirait par des messages de Sud-Africains dont celui, si possible, du plus illustre d’entre eux, Nelson Mandela, du président en exercice de l’Union Africaine, des témoignages de Béninois, de Centrafricains ayant participé, les uns et les autres, aux lavages du linge sale dans leurs familles respectives et, last but not least, de Rwandais, les Guinéens verraient aussitôt s’activer leur capacité de résilience. Ne s’étant pas étripés entre eux (groupes de populations contre groupes de populations), ils devraient avoir moins de mal à juger les crimes commis par et au nom du seul pouvoir politique. Les Rwandais ont bel et bien pu entreprendre, eux, le règlement du lourd contentieux du génocide des Tutsis grâce à leurs juridictions populaires appelées Gacaca."
(…)
"De n’avoir pas encore cherché à savoir comment les beaux mythes fondateurs de l’État souverain de Guinée, des idéaux de liberté, de dignité et de panafricanisme ont été pervertis jusqu’à voler en éclats devant des appétits de pouvoir sans partage, nous aura condamnés à supporter de vivre une autre fois sous un régime rebondissant sur les mêmes ressorts obscurantistes et brutaux.
Tourner la page, oui ! Après l’avoir lue, dirai-je, moi aussi, en paraphrasant le titre bien senti du texte d’un de nos compatriotes sur le Net.

Extraits de l’entretien avec Aboubakar Sakho…

***

"Il ne faudrait surtout pas oublier qu’aucune entreprise de rétablissement de la vérité sur la tragédie guinéenne – qui ne relève pas de la fiction, elle a matériellement existé ! – ni encore moins de réconciliation nationale n’a été diligentée comme elle l’a été par exemple au Mali, en Centrafrique ou en Afrique du Sud. Alors, les risques ne sont-ils pas grands que le dernier régime qui n’aura pas eu le courage d’instruire le procès du premier – non pas pour venger des morts par d’autres mises à mort ni pour remplir à nouveau les prisons politiques qui devraient avoir disparu – paye un jour pour deux ou pour trois ou pour tous ? Veiller à ne pas remuer le couteau dans les plaies guinéennes ni à insulter l’avenir des relations entre les Guinéens et les autres Africains est un impératif auquel l’on devrait pouvoir se conformer !"

Extrait de "Guinée : En attendant le big-bang !"…

***

"La pratique de la politique de l’autruche est bel et bien l’exercice dans lequel excellent les dirigeants guinéens. Convaincus que leurs compatriotes oublient tout, ils ne prendront jamais l’initiative d’affronter une situation avant d’y être obligés par la violence. Ils laisseront toujours tout pourrir en espérant que les choses se résoudront d’elles-mêmes. Les symptômes de ce que l’on ne peut plus s’empêcher d’appeler le syndrome politique guinéen ne trouvent-ils pas, dans la circonstance, une autre occasion de se manifester ?
Être frappé du syndrome guinéen ? C’est, pour des dirigeants politiques, présider aux destinées de populations parmi les plus pacifiques, sourdes qu’elles sont aux sirènes ethniques, capables d’abnégation et confiantes en l’avenir, dans un pays disposant de potentialités immenses, abritant de surcroît le Château d’eau de l’Afrique, et se complaire d’en faire l’un des pays les moins avancés de la planète !"

Extrait de l’entretien avec Aboubakar Sakho…

"(…) Individuellement pris, n’avons-nous pas tous, d’une façon ou d’une autre, des comptes à rendre à notre pays pour l’avoir laissé, à deux reprises, s’installer dans l’incurie ? Obligeons-les [politiques] à se réunir, toutes affaires cessantes ! Qu’ils y associent toutes personnalités et organisations intéressées, réputées pour leur intégrité et leur combativité et ils trouveront les meilleurs gestionnaires sociaux, politiques, économiques, culturels… de la Guinée pendant une période transitoire. Après, il leur sera plus facile de battre à nouveau les cartes, dans la plus grande transparence, pour trouver à chaque Guinéen la place où il rendra les meilleurs services à toute la Guinée."

Tiré de "Guinéens, ayons le courage de dire encore : NON !"…

***

"La Guinée ne sera pas à l’abri d’une tragédie à l’ivoirienne quand se posera le problème de la succession du Général Lansana Conté si ses hommes politiques mobilisent sur le thème de qui d’entre les ressortissants du Fouta Djallon ou de la Guinée Forestière devraient être aux affaires après un Malinké et un Soussou. Pourquoi pas encore un Malinké ? Pourquoi pas encore un Soussou ? Pourquoi pas un "Forestier" après tout ou un Peul ? Pourvu que, Guinéen, opposant de la première ou de la dernière heure, il ambitionne de préserver la Guinée du feu et du sang. Qu’il fasse jouer tous les atouts que recèle son pays pour le bonheur du plus grand nombre et qu’il permette à chacun de ses compatriotes de viser la place où il donnera le meilleur de lui-même."

Extrait de "En finir avec tous les rentiers de la politique en Afrique"…

Quelques vérités pour conclure de manière très provisoire

La Guinée a enregistré, malheureusement, beaucoup de pertes en vies humaines et en temps. Mais le temps restant et le capital humain survivant (et à naître) sont encore plus précieux, par bonheur. Il urge seulement, ledit temps ! Vite que soient trouvées des solutions car les "charognards" accourent. J’ai lu sur un site Internet que Laurent Dona Fologo est allé au chevet de la Guinée ! De quel secours peut-il être, celui-là ? Il n’est pas le pire des organisateurs du fiasco ivoirien mais voilà ce que m’inspirait le personnage, il y a 9 ans :

"J’ai été choqué (…) que l’émissaire personnel [en Afrique du Sud] de l’ancien président Félix Houphouët-Boigny au moment de son dialogue solitaire avec Pretoria – politique dont peu d’esprits ont reconnu, à l’époque, le bien-fondé – ait cru lui-même devoir faire le déplacement de Paris pour y défendre la politique de haine et de tri sélectif entre Ivoiriens de longue et de fraîche date." Extrait de "Côte d’Ivoire : de la théorie et de la loi sur l’ivoirité" Rubrique Vous & Nous/Jeune Afrique N°2036 du 18 au 24 janvier 2000.

  • Les desperados, repus de sang et aux poitrines bardées des médailles que leur ont procurées les vols, les viols et les massacres au Liberia, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, en Guinée-Bissau… peuvent bien se donner, tous, rendez-vous en Guinée. Qu’ils soient Guinéens, Africains et ressortissants d’autres continents, ils ne s’y incrusteraient pas si n’étaient pas leurs complices des aspirants à la confiscation du pouvoir pour le plus grand martyre des populations.
     
  • La propension de certains Guinéens au déni, à la dénégation, à l’indignation sélective et à l’empathie parcimonieuse est inquiétante. Ils sont rares mais tonitruants, les Guinéens qui n’auraient pas été concernés par le mouroir du Camp Boiro, les pendaisons publiques du Pont Tombo, les massacres de janvier-février 2007 ou du 28 septembre 2009 et qui distillent à tout-va leurs abominables cours de négationnisme et de révisionnisme.
     
  • La prise de certaines catégories de Guinéens et de certains Partis pour cibles à atteindre mortellement par une certaine faction du pouvoir militaire est la preuve par le tragique que la construction de la nation guinéenne n’a jamais été la préoccupation de tous ceux qui ont présidé à ses destinées.
     
  • La manie de la dénonciation de la France et la maladie de l’éternel complot – ourdi par l’étranger de mèche avec une "Cinquième Colonne" – contre une Guinée qui aurait commis le péché originel de prendre son indépendance parmi les premiers pays en Afrique de l’Ouest relèvent des pires délires du Chef Suprême de la Révolution.
     
  • L’acceptation du principe qu’un militaire actif est un citoyen comme un autre et qu’il est éligible à la tête de l’État n’est en aucun cas le signe d’une démocratie triomphante mais son suicide.

Mon credo demeure le suivant malgré tout : "la situation de la Guinée a beau être désespérante, elle n’est pas complètement désespérée". Elle pourrait même être vite enviable si, pour commencer, l’exploitation des Fonds et Moyens Intellectuels de la Très Grande Boîte à Idées entraînait l’encasernement voire le désarmement de… l’armée, son démantèlement intégral et le recyclage de l’ensemble de ses effectifs en gardiens de la paix. En Guinée, plus encore que partout ailleurs dans le monde, celle qui y est devenue "la Grande Volubile" a donné toutes les preuves qu’elle n’a aucune vocation à gouverner ! Et, toute autre "Grande Muette", à sa place, ne pourrait regagner quelques "lettres de noblesse" et mériter son existence que dans la défense et la protection de la Guinée. Travail immense mais pas impossible pour peu que batte encore un cœur de Guinéen dans quelques poitrines de Guinéens !
 

6 janvier 2010
Cheick Oumar KANTÉ



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