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Obama
invite les jeunes Africains à la responsabilité
Alors que les chefs d'état des pays africains commémorent leurs
indépendances avec la France de Sarkozy, Barack Obama, entouré des
jeunes du continent, a appuyé l’idée d’un développement fondé sur le
commerce et la libéralisation des investissements.
Barack Obama a marqué à sa manière le cinquantenaire des indépendances
africaines. Mardi 3 août, dans un salon de la Maison-Blanche, le
président des États-Unis a dialogué avec 115 jeunes venus de 46 pays du
continent noir. Rappelant à trois reprises son ascendance africaine, par
son père kényan, il les a appelés à donner le meilleur d’eux-mêmes.
"L’avenir est ce que vous en ferez, a-t-il assuré. Et si vous
continuez à rêver, à travailler, à apprendre, et que vous n’abandonnez
pas, je suis sûr que vos pays s’en trouveront améliorés, ainsi que tout
le continent et le monde entier."
L’initiative de Barack Obama apporte une touche particulière aux
célébrations qui commémorent cette année les indépendances acquises par
17 pays africains en 1960. En Afrique même, le Sénégal, le Togo et le
Cameroun ont déjà marqué l’événement, de façon séparée, au printemps. À
Madagascar, la fête, en juin, a été gâchée par l’impasse politique qui
divise le pays. La République démocratique du Congo, en revanche, a pu
se féliciter de la présence du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki moon,
et du roi Albert II de Belgique, l’ancienne puissance coloniale, le 29
juin.
Entre extravagance et sobriété
Au Bénin, dimanche 1er août, plus de 3 500 personnes et dix chefs d’État
africains ont participé aux festivités dans la capitale, Porto-Novo.
Neuf pays africains, ainsi que la France, y ont participé à un défilé
militaire. Le Niger, lui, a célébré mardi 3 août le cinquantenaire par
une prise d’armes et une cérémonie de plantation d’arbres, une sobriété
choisie en raison de la grave crise alimentaire qui frappe le pays. Des
difficultés économiques et politiques ont également conduit le Tchad et
la République centrafricaine à repousser de plusieurs mois les
célébrations.
La Côte d’Ivoire, en revanche, tient son rendez-vous. Le président
Laurent Gbagbo clôturera jeudi 5 août un colloque d’historiens à
Yamoussoukro et une prise d’armes est prévue samedi 7 août, après un
spectacle chorégraphique vendredi 6 août à Abidjan.
Ancienne puissance coloniale dominante en Afrique de l’Ouest et en
Afrique équatoriale, la France avait quant à elle offert aux troupes de
14 pays de participer au défilé du 14 Juillet, à Paris – seule la Côte
d’Ivoire a manqué à l’appel.
"Une Afrique en mouvement"
En recevant mardi 3 août des jeunes Africains, hommes et femmes, déjà
fortement engagés dans la société civile, l’action humanitaire ou dans
le monde économique, Barack Obama a clairement voulu se démarquer de ces
célébrations officielles qui font la part belle aux dirigeants en place
et soutenir "la vision d’une Afrique en mouvement".
Le président américain aime ce type de rencontres. À Istanbul, au Caire,
mais aussi à Strasbourg, en avril 2009, il s’était déjà adressé
directement à des auditoires composés de jeunes, notamment des
étudiants. Les États-Unis accueillent par ailleurs chaque année des
centaines de "jeunes leaders" venus de dizaines de pays, dans le cadre
d’une diplomatie d’influence bien éprouvée. La rencontre du mardi 3 août
n’en était pas moins exceptionnelle par sa tenue à la Maison-Blanche
même et par l’échange direct qui s’est noué entre le président et ses
visiteurs.
Conversation avec le président
Debout au milieu du salon, entouré de ses hôtes, Barack Obama a conversé
pendant une heure, répondant à sept questions – dont la première posée
en français par une jeune Malienne, et la troisième en portugais par une
Mozambicaine.
Fidèle aux grandes lignes de la diplomatie américaine, il a appuyé
l’idée d’un développement fondé sur le commerce et la libéralisation des
investissements, ce qui suppose la transparence et la lutte contre la
corruption, donc une société civile solide, la liberté de la presse, la
démocratie, le refus de la guerre.
Il a rappelé les engagements massifs de son pays dans la lutte contre le
sida et l’importance de l’éducation. Il a insisté sur le rôle des
femmes. Et, affichant une liberté de ton peut-être plus difficile à
assumer par les représentants des anciennes puissances coloniales, il
s’est permis quelques phrases bien senties sur les dirigeants actuels.
Les pays africains, "amis loyaux" des Etats-Unis
"Si vous y réfléchissez, dans les années 1960, lorsque vos
grands-parents, arrière-grands-parents, se battaient pour
l’indépendance, les premiers dirigeants disaient tous qu’ils étaient
pour la démocratie, a-t-il commenté. Et ce qui s’est produit, c’est que
lorsque vous avez été au pouvoir pendant un certain temps, vous vous
dites : “J’ai été un si bon dirigeant que, pour le bien du peuple, je
dois rester en place.” Et c’est comme cela que l’on commence à changer
les lois, à intimider et à emprisonner des opposants. Et bientôt, des
jeunes gens comme vous, pleins d’avenir et de promesses, sont devenus ce
qu’ils avaient combattu." "Ce que tout le monde doit comprendre, a-t-il
ajouté en citant Gandhi, c’est que l’“on doit soi-même être le
changement que l’on recherche”.
Vis-à-vis d’un continent dont les ressources naturelles sont convoitées
et qui est l’objet de stratégies d’influence concurrentes de la part
notamment de la Chine et des Européens, Barack Obama a affirmé que c’est
en Afrique que les États-Unis trouvent certains de leurs "amis les plus
loyaux", auprès desquels ils bénéficient d’une très bonne image.
Avant de conclure : "Quand vous retournerez chez vous et que vous
discuterez avec vos amis, dites que le principal message du président
c’est : nous vous encourageons au succès et nous voulons y travailler
avec vous, mais, au final, le succès est entre vos mains."
Jean-Christophe PLOQUIN
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