Niger : Des « bandits »
charitables et un président non compréhensif
Suite au minage de diverses régions autour de villes et de villages
dans la région du nord (dont surtout Iférouane), la population civile se
retrouve fortement restreint dans sa mobilité. Les livraisons
alimentaires sont partiellement impossibles, des vivres de plus en plus
rares sont proposés en vente à des prix exorbitants, le ravitaillement
de base est le plus souvent insuffisant. Par conséquence, beaucoup de
personnes et familles fuient les régions du nord en direction du sud.
État d'urgence pour la région d'Agadez Entre temps, le président de la
République du Niger Mamadou Tandja, a déclaré en fin août un état
d'urgence de la durée de trois (3) mois dans le Département d'Agadez.
Avec ce pas, l'armée nigérienne a la main libre de regagner le contrôle
sur les agitations persistantes depuis sept (7) mois déjà. Les méthodes
adoptées à cette fin sont cependant douteuses. Depuis l'application de
la loi de l'état d'urgence, plus de 100 personnes ont été arrêtées
temporairement, dont au minimum 10 personnes se trouvent toujours en
détention sans inculpation aucune et sous des conditions inhumaines. Ce
qui est d'autant plus inquiétant, c'est le fait qu'il s'agit là de
personnes qui s'engagent pour un dialogue entre le gouvernement et le
MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) ou qui communiquent sur
les évènements au nord Niger. L'arrestation, respectivement la détention
dans une garde militaire ou policière, de civils non impliqués dans le
conflit armé, ces faits remplissent l'état de fait de la « arbitrary
detention » (= détention arbitraire) et représentent ainsi une violation
de l'article 9 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.
Amnesty International a condamné ces arrestations arbitraires avec la
plus grande sévérité.
Restriction persistante de la liberté de presse Le 20 septembre 2007, le
correspondant nigérien de Radio France Internationale (RFI) a été arrêté
pour cause d'avoir, à plusieurs reprises, diffusé des reportages sur le
conflit. Suite à sa couverture du conflit au nord du pays, Radio France
Internationale (RFI) a déjà été assujetti, en juillet 2007, à une
interdiction d'émission d'un (1) mois sur le territoire nigérien. La
chaîne a pu reprendre ses activités au Niger que le 20 août 2007.
L'association Reporters sans Frontières (RSF) s'engage pour la
libération de Moussa Kaka et informe sur d'autres violations de la
liberté de presse et -d'expression. La région du nord Niger est
cependant toujours bloquée pour les journalistes nationaux et
internationaux.
Accrochages entre le MNJ et la FAN (Force Armée Nationale) Entre temps,
les dernières semaines ont apporté plusieurs accrochages entre l'armée
nigérienne (FAN) et des membres du MNJ, ce qui a mené à des pertes
humaines sur les deux côtés. Pour encourager le régime du Niger de
rentrer dans des négociations avec eux, le MNJ a, à plusieures reprises,
remis des soldats nigériens, qui avaient été faits prisonniers lors
d'attaques précédentes, entre les mains du Comité International de la
Croix Rouge (CICR). De plus lors du début du Ramadan en mi-septembre,
les prisonniers de l'attaque de Tezirzayt en juin de cette année, ont
également été libérés. Simultanément, le MNJ a annoncé un armistice de
son côté durant la période du Ramadan. Face à cette déclaration, aucune
position a été prise de la part du gouvernement.
La politique de communication de Tandja En dépit du fait que le
président Mamadou Tandja parle toujours de bandits et de trafiquants de
drogue, il a demandé la Libye voisine pour l'aider dans la médiation
avec les rebelles. Le rôle du président libyen Muammar Ghadafi demeure
cependant opaque. En fin août, Ghadafi a porté plainte contre trois
journaux indépendants à Niamey qui l'avaient présenté en tant que
souteneur du MNJ. En même temps, Ghadafi est accusé de prétendre à des
intérêts territoriaux et des richesses minières au Niger. Malgré tout,
Tanja semble investir son espoir dans la médiation par les gouvernements
de la Libye, du Sudan et de l'Algérie pour trouver une solution à ce
conflit, plutôt que de négocier directement avec le MNJ.
Le Niger, les touaregs et l'uranium Entre temps, le gouvernement du
Niger vient, pour la première fois, de vendre de l'uranium directement
et indépendamment sur le marché mondial. Jusque là, la société minière
française AREVA possédait le monopole au Niger, mais après une crise la
société s'est trouvé contrainte de faire des concessions vis-à-vis du
gouvernement nigérien. En attendant, le président français Sarkozy a
exigé que l'utilisation du profit de ce commerce minier soit rendue
transparente. L'exploitation des ressources du sous-sol, en particulier
des ressources uranifères au nord Niger, ses risques environnementaux et
la question de la prise de part économique des populations riveraines,
est l'une des causes fondamentales pour le conflit actuel.
Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
adoptée Dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples
autochtones, qui a été adoptée par l'assemblée générale de l'ONU le 13
septembre 2007, le MNJ est renforcé dans ses efforts. L'importance de la
Déclaration s'explique par le fait qu'elle admet aux peuples indigènes -
parmi lesquelles sont comptés les touaregs, aussi pour leur contribution
importante dans l'édification de la Déclaration - explicitement le droit
d'autodétermination et respecte leur droit sur les ressources du
sous-sol dans leurs terrains traditionnelles de résidence.
Situation tendue au Mali En attendant, des évènements inquiétants se
produisent également dans le nord du pays voisin, le Mali. Depuis fin
août, plusieurs accrochages sanglants ont eu lieu dans la région de
Kidal, entre l'armée malienne et des touaregs issu de l'entourage du
chef Ibrahim Ag Bahanga. Les causes de ces accrochages s'avèrent quelque
peu familiers. Comme au Niger, il s'agit de la réalisation des accords
de paix de 1995, de plus amples projets de développement pour le nord et
d'une prise de part plus égalitaire des régions du nord dans le profit
issu du commerce minier. Tandis qu'une collaboration entre le MNJ et Ag
Bahanga n'est pas avérée, les gouvernements du Mali et du Niger vont
collaborer sur leurs frontières pour regagner le contrôle sur le
soi-disant « banditisme » et « trafique de drogue ». Contraire au
gouvernement nigérien, le Mali se montre cependant prêt au dialogue. Des
dirigeants rebelles des rebellions des années '60 et '90 se trouvent
depuis mi-septembre impliqués dans des négociations entre le
gouvernement et Ag Bahanga. Le Mali vient de faire les premières
concessions dans le secteur de la répartition des fonds de
développement. L'Algérie a également annoncé son soutien pour des
projets de développement au nord du Mali. L'armée malienne souhaite à
présent temporiser et renoncer pour l'instant à des nouvelles
contre-attaques. Ibrahim Ag Bahanga a réagi de manière compréhensive et
a libéré des soldats prisonniers. De plus, un cessez-le-feu a pu être
négocié. Il reste à voir si cela va aboutir à la stabilisation de la
situation malienne.
Source: newsgroup.nordniger
Email : newsgroup.nordniger[at]yahoo.de
Site Internet : http://newsgroup-nordniger.blogspot.com |
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