Afrique : Enterrement de
première classe pour le NEPAD
Tout était beau, du moins sur le papier, qui finit... mal. Pour beaucoup
d’Africains, c’est sans doute un rêve qui s’écroule et des espoirs qui
s’envolent.
Alors que sa naissance devait consacrer un nouveau départ, une vision et
un cadre stratégique pour la renaissance du continent africain toujours
à la recherche de ses marques, le Nouveau partenariat pour le
développement de l’Afrique (NEPAD) est aujourd’hui au plus mal.
Les faits sont là, têtus. Le NEPAD est dans l’agonie et la mort semble
avoir déjà sorti ses griffes. Et si rien n’est fait pour le sortir de
cette situation critique, il ne restera plus qu’à lui préparer un
enterrement de première classe.
Mais faut-il vraiment s’en étonner ? Assurément pas. D’autant que, on
s’en souvient, le monde avait assisté, à l’époque, à une querelle autour
de la paternité du projet, qui cachait mal une bataille de leadership.
Cette petite bagarre entre certains parrains du NEPAD n’était-elle pas
finalement un signe des temps ?
Autres récifs qui pourraient avoir pu se dresser sur le parcours du
NEPAD et retarder ainsi sa marche pour une Afrique plus prospère, plus
unie et plus présente sur la scène internationale : des blocages
organisés par des forces souterraines dont les intérêts personnels
pourraient être en totale opposition avec les retombées d’une Afrique
résolument debout.
Quant à l’Occident dont les promoteurs du NEPAD attendent certainement
beaucoup trop, en termes de financement du programme, il n’est pas
certain qu’il soit toujours disposé à financer cet ambitieux programme,
surtout que sa réalisation consacre l’émancipation, l’union des forces
et le décollage de l’Afrique. Ce qui n’est sans doute pas dans l’intérêt
d’un Occident toujours jaloux de son ascendance sur le continent.
Le talon d’Achille du NEPAD, c’est peut-être sa trop grande dépendance
vis-à-vis de l’extérieur. Tout se passe en effet comme si la réalisation
des grands chantiers du projet devait reposer essentiellement entre les
mains des entreprises occidentales. En acceptant de délier grandement
les cordons de la bourse, que gagneraient-elles en retour ? Une
satisfaction morale d’avoir permis au continent noir de moins se passer
des pays du Nord ? Tout laissait penser que le NEPAD était déjà un
programme mort-né.
Aux raisons de l’échec sus-citées, il faut ajouter que le NEPAD,
programme pour le moins surdimensionné, semblait trop embrasser sans
pouvoir bien étreindre. Autant ses concepteurs avaient vu trop grand,
autant, visiblement, ils ne s’étaient souciés au préalable de la
question des moyens, financiers notamment. Comme si l’on avait mis la
charrue avant les boeufs.
Toujours est-il que cet échec presque consommé révèle, une fois encore,
l’incapacité des dirigeants africains à concevoir et à réaliser des
projets de grande envergure, qui engagent le destin du continent.
Au manque de foi, de vision et de volonté politique, pour certains,
s’ajoute, pour la quasi-totalité des chefs d’Etats, la tendance maladive
et malsaine à toujours tendre la sébile aux pays du Nord.
Et puis, le fait que le NEPAD ait été pratiquement imposé par quelques
chefs d’Etat africains, donc par le sommet, n’était pas pour garantir
son succès. On fera remarquer par exemple le mépris par les initiateurs
du programme, de toute consultation préalable des populations. De fait,
durant l’élaboration du NEPAD, quel syndicat, quelle association, quel
mouvement politique ou quel parlement les têtes couronnées ont-elles
consultés ?
Ceci étant, la quasi mise en bouteille du NEPAD sonne-t-elle comme une
occasion ratée pour le continent de rattraper son retard vis-à-vis du
reste du monde ? En tout cas, un échec effectif du programme ne sera pas
sans conséquences pour l’avenir de l’Afrique. On le sait, la création du
NEPAD devait répondre notamment aux exigences de la mondialisation. Dans
un monde impitoyable où elle doit trouver les moyens de se frayer le
chemin de son indépendance et de son affirmation, il est clair que
l’Afrique, sans l’atteinte des objectifs du programme, sera davantage
reléguée à la périphérie et, de ce fait, plus écrasée encore.
Au moment où le rempart pour l’Afrique contre les effets pervers de la
mondialisation est en train de s’écrouler comme un château de cartes,
quel avenir pour l’Afrique ? Cette situation impose au moins un constat
: pour le continent, la rupture avec les micro-Etats n’a pas encore
sonné. Encore moins la fin des sempiternels errements.
jeudi 22 mars 2007.
Source: "Le Pays" |
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