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Guinée: Conakry ou cona...crime?


Hier, Sékou Touré qui purgeait en permanence son Parti, en liquidant sans clémence ses adversaires, avait fait de Conakry, la capitale africaine de la pendaison. En effet, dix-neuf membres du Comité central et du Gouvernement, furent mis aux arrêts, au lendemain de l’agression du 22 novembre 1970, conjointement fomentée par le Portugal et les opposants guinéens. Parmi les célèbres condamnés et suppliciés dont les corps pendaient sous le pont qui enjambe l’autoroute Fidel Castro de Conakry, figuraient le ministre Ibrahima Barry dit Barry III et la ministre Camara Loffo, première sage-femme diplômée de Guinée.

Aujourd’hui, Dadis Camara (lointain épigone de Sékou Touré) allume à la mitraillette, la foule des manifestants. Une orgie de violences qui fait de Conakry, la capitale du carnage. Et de ses auteurs, une clique de sicaires et de soudards, réunis au sein d’un très mal nommé Comité national pour la Démocratie et le Développement (CNDD). L’Histoire ne se répète pas. Elle ne bégaie même pas. Elle fait de sanglants hoquets en Guinée.

Précipité, aux commandes de l’État, par les ratés d’une succession, elle-même ratée, le Capitaine Moussa Dadis Camara s’est noyé dans ses fonctions originellement transitoires. Les observateurs optimistes voyaient en lui, un autre "ATT" dans le voisinage immédiat (donc démocratiquement contaminé) du Mali. Les analystes pessimistes subodoraient le syndrome mauritanien. Personne n’a vu venir un Idy Amine d’opérette, mis en selle puis cerné par de crapuleux sans-grade.

Après le carnage du lundi 28 septembre, la Guinée a pris rendez-vous avec le ravin. Le Président Dadis et ses proches du CNDD, ont signé leurs arrêts de mort, en envoyant à la mort, une centaine de manifestants. Car politiquement, leurs destins vacillent. D’autant qu’ils ont, eux-mêmes, établi leurs passeports, pour la Cour pénale internationale. Le tout dans un festival de maladresses tellement suicidaires qu’une question affleure : qui gouverne à Conakry ? La propension à la bêtise politique désigne le débile Dadis ; tandis que le choix de la folie répressive désigne les électrons libres de l’armée que sont les éléments de la Sécurité rapprochée du Président du CNND, commandés par l’Adjudant Claude Pivi alias Coplan, élevé récemment au grade de capitaine.

Ce sont ces électrons libres, dégagés de la chaîne de commandement, qui ont été le fer de lance de la liquidation planifiée de la manifestation de l’opposition. Même, le nouveau commandant Moussa Tiégboro Camara, au titre pompeux de Secrétaire d’État à la Présidence de la république, chargé des Services Spéciaux et de la Lutte Anti-Drogue – Abdoulaye Wade a eu le non agréable honneur de lui remettre ses épaulettes lors de son avant-dernier voyage à Cona…crime – n’a pas pu les calmer. Le Secrétaire d’État a été rabroué sur les lieux de la répression, par les sinistres sans-grades coiffés du béret rouge de la Garde présidentielle.

C’est précisément cette liquéfaction de l’Etat-major général des armées qui inquiète, les citoyens guinéens, les États voisins et la communauté internationale. Certes, le Colonel Oumar Sano est le titulaire du poste. Mais, il n’a pas barre sur le Bataillon Autonome des Troupes Aéroportées (BATA) c’est-à-dire l’unité de choc de l’armée qui a le monopole du feu, à travers le contrôle des munitions. D’ailleurs qui commande qui ? C’est le Capitaine Dadis Camara, Président du CNND, officiellement Commandant en chef des armées et chef de l’État qui déclare sur les ondes qu’il ne maîtrise pas la troupe.

Le chambardement est tel que les officiers supérieurs sont subitement devenus inférieurs. Et la crème de l’armée a cédé la place à la lie. Le paroxysme du bordel fut atteint, il y a quelques semaines, avec l’arrestation incroyable et la bastonnade nocturne – par des soldats de 1ère classe – du Général Mamadouba Camara alias Toto, ministre de la Sécurité. Le seul saint-cyrien (avec le Colonel Jacques Touré, ancien directeur de la gendarmerie sous Lansana Conté) de toute l’armée guinéenne.

Bref, la Guinée accélère sa marche vers l’abîme. L’ordre Dadis se transforme en un désordre qui préfigure le chaos. Le Président Wade qui avait raison – non pas de sponsoriser "un fils spirituel" mais de canaliser ce pays frontalier vers un horizon de stabilité – découvre avec stupeur que Dadis est le plus grand fourrier de l’instabilité guinéenne et (par ricochet) sous-régionale. D’un point de vue politiquement comparatif, on peut dire que le Mauritanien Aziz est habile ; tandis que le Guinéen Dadis est débile. Deux putschistes aux styles, au savoir-faire et aux perspectives fortes opposées.

Le déficit de savoir-faire est manifestement le talon d’Achille du chef de la junte guinéenne. Dadis n’est ni le premier auteur d’un coup d’État, ni le chef du régime plus répressif du continent. Ces devanciers Sékou Touré et Lansana Conté ont fait pire. Mais autrement et méthodiquement. Hassan II et Blaise Compaoré n’ont jamais été des moines trappistes. Mais les zèbres du camp Alpha Yaya ignorent qu’on ne massacre pas à ciel ouvert. Qu’on ne tue pas les manifestants devant les caméras de télévision. Il y a des lieux appropriés pour cela : camp Boiro, Tazmamart, Kidal (sous Moussa Traoré) et les locaux sans enseignes de la DDS, à Ndjaména (sous Hissène Habré).

Dans tous les cas de figure, le Rubicon est déjà franchi. Et au milieu du toboggan, on ne peut plus remonter. Les puissances extérieures, les intérêts locaux et les forces occultes (franc-maçonnerie) qui ont mortellement éjecté le vigilant et avisé Thomas Sankara, ne laisseront aucune chance à Dadis. Qui se construit inconsciemment, un destin analogue à celui de Charles Taylor. Voire pareil à celui de Samuel Doe.

Enfin, il est fâcheux de voir des intellectuels valeureux et raffinés, s’enfoncer dans une étroite et coupable collaboration avec des putschistes de tout acabit. La soif des portefeuilles ministériels doit avoir des limites. Faute de quoi, l’égoïsme forcené fera des universitaires africains, les fossoyeurs de la bonne gouvernance. Comment comprendre que le banquier Kabinet Koroma tarde à démissionner, de ses fonctions artificielles de Premier ministre ? Dieu sait qu’il n’a pas plus de pouvoir qu’un caporal du BATA. Même urgence, pour le charmant journaliste, mon homonyme Justin Morel Junior qui se donne la mission titanesque (donc impossible) d’assurer la communication des criminels de Cona…crime.
 

Babacar Justin Ndiaye,
Journaliste et politologue
Chroniqueur Ferloo.com, l’Autre journal, http://www.ferloo.net/
09 octobre 2009


Babacar Justin Ndiaye

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