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Gadio
[1] et les galéjades
Le contexte successoral, la montée planifiée du fils du Président
sénégalais, les affirmations de Président Wade selon lesquels "le
président de la junte militaire guinéenne Dadis Camara "serait" son fils
spirituel, les lenteurs dans la résolution du conflit avec la Mauritanie
et plus particulièrement les soubresauts sans fin des luttes en
Casamance sont de nature à expliquer la fin d’une coopération fructueuse
pour le Sénégal entre le Président A. Wade et C.T. Gadio Les politiques
libérales du Président Wade et les options socialisantes de son
ex-ministre des AE ne permettent plus de parler d’ouverture mais de
rupture. Note de la Rédaction Afrology.
«Qui peut le plus, peut le moins" a-t-on coutume de répéter. Cet adage
qui équivaut à une lapalissade, est taillée en pièce par l’amusante et
navrante expérience de neuf ans de gouvernance libérale. En effet, le
Professeur de Faculté, le stratège de l’opposition, le Président de la
République Abdoulaye Wade, est un piètre praticien des deux exercices
(de base) étatiques, que sont la formation et le remaniement du
gouvernement. Un vrai et gros Talon d’Achille qui, chaque fois, éprouve
l’attelage et enfièvre l’opinion.
Dès l’aube de l’alternance, les couacs ont affleuré
au travers du choix des dames Tissa Mbengue et Aminata Diallo. Même si
la longue hibernation des libéraux dans l’opposition, a forgé des
circonstances atténuantes, l’ampleur et la netteté des erreurs ont
gonflé la perplexité de l’opinion publique. En 2004, le processus
d’éviction du Premier ministre Idrissa Seck a été aussi long et
laborieux que la traversée de l’Atlantique à la nage. Plus effarantes
encore, sont les pressions inciviques et anti-républicaines que des
ministres remerciés, ont orchestrées sous forme de violences (pneus et
drapeaux brûlés) destinées à différer ou annuler la décision
présidentielle. Lamine Bâ (aux Parcelles Assainies) et Issa Mbaye Samb
(à Kébémer) s’y sont fâcheusement illustrés.
Aujourd’hui, c’est un ministre particulièrement
comblé, le recordman Cheikh Tidiane Gadio (il est resté au poste plus
longtemps que Metternich, Talleyrand et Kissinger ; mais moins que
Gromyko) qui est au centre d’un limogeage bizarrement bruyant. Avec des
commentaires enflammés à l’intérieur du pays ; et des compassions très
sonores à l’extérieur. Une ambiance surréaliste qui a culminé avec
l’incroyable message que Gadio a adressé aux Sénégalais. Sans oublier le
satisfecit tendancieusement politicien que deux ou trois figures de
l’opposition, ont décerné à l’ancien chef de la diplomatie du Sénégal.
Question irrépressible : après les inondations, la terre a-t-elle
tremblé à Dakar ?
Et pourtant, non. Faut-il rappeler que dans la
Constitution votée massivement par le peuple – que dis-je – plébiscitée
par voie référendaire, en janvier 2001, c’est le Président de la
République qui définit la politique étrangère ; et nomme le ministre qui
l’exécute. Constitutionnellement, le Chef de l’Etat a-t-il des comptes à
rendre ou des explications à donner à un dépositaire (temporaire) de sa
confiance ? Sûrement pas. Même la courtoisie qui veut qu’un membre du
gouvernement soit préalablement informé de son départ, par le Président
ou le Premier ministre, découle strictement de la coutume. Coutume et
courtoisie étant, bien entendu, des règles qui n’ont pas valeur de lois.
Le journaliste Cheikh Tidiane Gadio est assez cultivé
pour mémoriser la formule lapidaire et triviale de Jean-Pierre
Chevènement : "Un ministre, il la ferme ou il fout le camp…" Autrement
dit, il a le choix entre se soumettre et se démettre. Dès qu’un ministre
a des états d’âme ou des réserves vis-à-vis des options ou initiatives
présidentielles, il doit présenter sa démission. Car une loyauté
restrictive est une déloyauté progressive. D’autant que la détérioration
des rapports de confiance entre un Président et un ministre est
graduelle. Ce qui offre la possibilité d’abréger volontairement la
collaboration.
Or Gadio a choqué et désarçonné ses compatriotes en
publiant sa lettre. D’abord, à quel titre s’adresse-t-il aux Sénégalais
? De Gaulle avait libéré la France de l’Occupation allemande. A ce titre
– et avec une telle légitimité historique – l’Homme du 18 juin pouvait
parler aux Français, sans l’ombre d’une outrecuidance. Pareillement pour
Ho Chi Minh. Comme dirait Staline : "Gadio, combien de divisions ?
Pardon, combien de voix…lors d’un scrutin récent ?". En voilà des
galéjades racontées aux Sénégalais. Ensuite, la croisade contre la
malgouvernance – dans laquelle Gadio a fait une longue et fructueuse
carrière – est vraiment tardive. Ici, les galéjades de Gadio, rejoignent
les gaffes d’une fraction de l’opposition qui salue imprudemment ou
cyniquement (c’est selon) le bilan de l’ancien ministre. Il faut être un
parfait politicien, pour apprécier le bon bilan de Gadio ; et flétrir le
mauvais bilan de Wade. Le succès de l’exécutant doit normalement
retentir sur le génie du concepteur.
Au demeurant, si l’on colle à l’épine dorsale de la
diplomatie de l’alternance qu’est le panafricanisme, Gadio a été plus un
rossignol qu’un termite. Pire, sa "kadhafophilie", c’est-à-dire
son admiration sans bornes et son suivisme sans retenue, à l’endroit du
dirigeant libyen, ont horripilé plus d’un Africain, au sud du Sahara.
Les Africains comme moi qui ont une connaissance pointue de la Libye
(non pas des palais et des palaces) mais de toutes les strates sociales
de ce pays, savent que les professions de foi panafricanistes de
Kadhafi, sont tragi-comiques. Les prisons sont bondées d’Africains dont
le seul crime, est d’être entré en Libye. Hier, la société civile du
Mali a hurlé son indignation et apostrophé ATT, sur le sort des
centaines de Maliens maltraités en Libye. Le champion du panafricanisme
Gadio, a-t-il oublié, qu’en 1988, ce sont des pilotes palestiniens à
bord des Mig 21 libyens, qui déversaient le napalm sur les villages
tchadiens situés dans la bande d’Aouzou ? Oui, Palestiniens (donc des
arabes d’Asie mineure) payés pour calciner l’Afrique noire. C’est ce
panafricanisme libyen que Gadio a défendu avec brio durant presque une
décennie. C’est une facette du bilan.
Après Dieu, Gadio doit une fière chandelle à
Abdoulaye Wade. Il y’a dix ans, il ne possédait pas dans son calepin le
numéro de téléphone de Jean Ping. Il ne connaissait ni l’Algérien Ahmed
Ouyahiya (Premier ministre) ni le Libyen Mohamed El Madani Al Azhari,
actuel Secrétaire général de la CENSAD. Deux personnalités maghrébines
que j’ai connues personnellement et cordialement, dès 1992, à Bamako et
à Ouagadougou où elles étaient des ambassadeurs. Et moi directeur de la
rédaction du quotidien burkinabé "Le Pays". Par ailleurs combien
d’industriels européens aimeraient rencontrer en tête-à-tête le Colonel
Kadhafi ? Ils sont légion. Et n’y arrivent pas. Lui, Gadio, a et garde
le privilège d’être grandement estimé par le Guide libyen. N’est-ce pas
un viatique pour la traversée du désert ?
Babacar Justin Ndiaye,
Journaliste et politologue
Chroniqueur Ferloo.com, l’Autre journal, http://www.ferloo.net/
09 Octobre 2009
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1. Cheick Tidiane Gadio, ex-ministre des affaires étrangères (AE) du
Sénégal (près de 10 ans en service). |
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Babacar Justin Ndiaye
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