Les pays africains se
privent d'importants revenus dans le secteur minier
NAIROBI, Kenya — Des pays d'Afrique, qui n'arrivent pas à sortir leur
population de la pauvreté malgré la richesse de leurs ressources
minières, se privent de centaines de millions de dollars de revenus en
raison des avantages accordés aux compagnies minières, dénonce un
rapport publié mercredi par plusieurs ONG.
Ces pays octroient en effet d'importantes réductions d'impôts à ces
sociétés minières et les font bénéficier de droits d'exploitation
limités, voir nuls, écrivent les auteurs du rapport dont les travaux ont
porté sur sept pays (Congo, Ghana, Malawi, Sierra Leone, Afrique du Sud,
Tanzanie et Zambie).
En outre, les contrats passés entre États africains et sociétés minières
sont souvent négociés en secret et sans contrôle des Parlements
nationaux, déplore le rapport en réclamant davantage de transparence, la
publication des transactions financières détaillées et un rôle plus
actif des législatures.
"Les gouvernements empruntent dans des proportions folles pour
répondre aux besoins de leur population. Et ces emprunts peuvent être
évités si la capacité de collecter des revenus est rendue équitable",
souligne Brian Kagoro, responsable d'ActionAid, l'une des ONG à
l'origine de ce rapport.
Ainsi, le Ghana, un des gros producteurs d'or du continent, perd chaque
année 68 millions de dollars de revenus pour cause de droits
d'exploitation insuffisants, selon le rapport. La Tanzanie, troisième
pays producteur d'or d'Afrique, enregistre, pour sa part, un manque à
gagner de 30 millions de dollars par an. En Sierra Leone, les réductions
d'impôts accordées à la seule entreprise minière Sierra Rutile s'élèvent
à huit millions de dollars par an.
Pour l'Afrique du Sud, premier producteur d'or du continent, les pertes
en "royalties" sont estimées à 359 millions de dollars par an.
Actuellement, l'Afrique du Sud ne perçoit aucun droit d'exploitation,
mais les auteurs ont établi leurs calculs sur le taux contenu dans un
projet de loi gouvernemental à l'étude depuis six ans.
Le ministre sud-africain des Finances, Trevor Manuel, a reconnu que son
pays perdrait des revenus cette année en raison de "royalties
différées", mais a estimé le manque à gagner à 195 millions de
dollars. Il explique que son gouvernement a décidé de ne prélever cette
année aucune royalty parce que la situation économique actuelle pourrait
conduire à des suppressions d'emploi plus nombreuses.
Côté ouvrier, Frans Baleni, secrétaire général du Syndicat national des
mineurs, le plus gros syndicat minier d'Afrique du Sud, dit comprendre
le raisonnement mais souhaite que soit prise en compte la sauvegarde de
l'emploi. Selon lui, l'octroi des licences d'exploitation minière et des
contrats est un processus relativement transparent en Afrique du Sud où
les salariés ont leur mot à dire.
Les "royalties" reversées à un pays par une société minière sont
souvent calculées en pourcentage de la production concernée.
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