Amadou Mactar Mbow sort de
sa réserve et répond à Sarkozy
Genève (Correspondance particulière) – "On oublie que la traite des
Noirs a contribué très largement dans l’accumulation primitive du
capital". Joint hier à Vichy (Ville qui rappelle la France occupée par
Hitler et trahie par ses Fils avant d’être sauvée par les Fils de
l’Afrique), l’historien sénégalais, ancien directeur général de
l’Unesco, est sorti de sa réserve pour répondre à Nicolas Sarkozy de
Nagy Bocsa. Une manière pour lui de célébrer ce 23 août "Journée
internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son
abolition". Amadou Mactar Mbow avait réussi sous l’égide de l’Unesco a
rassemblé d’éminents scientifiques africains dont Joseph Ki – Zerbo,
Cheikh Anta Diop pour l’écriture de "l’Histoire générale de l’Afrique".
Premier ministre de l’Education et de la Culture du Sénégal, il affirme
que "Sarkozy ignore les réalités profondes de l’Histoire de l’Afrique."
Concernant "le refus de repentance", cheval de bataille de
Nicolas Sarkozy qui en moins de cent (100) jours veut faire table rase
sur l’Histoire douloureuse et sur la souffrance infligée par les Blancs
aux Noirs. Une souffrance qui se perpétue par des règles commerciales
injustes à l’Omc, M. Mbow clarifie le débat : "On oublie que la
traite des Noirs a contribué très largement dans l’accumulation
primitive du capital. On ne peut pas passer tout ça par pertes et par
profits. Nous ne demandons pas de repentance. Ce que nous demandons
c’est que l’Histoire de l’Afrique, soit écrite de manière objective,
qu’elle ne soit pas tronquée et, qu’elle soit écrite sans
falsification." Pour le Pr Amadou Mactar Mbow au contraire "ce
que les Africains ne peuvent pas accepter c’est qu’on passe sous silence
des situations qui continuent d’influer sur notre propre présent."
L’Africain qui avait osé dénoncer la domination de l’information
mondiale par trois robinets occidentaux qui ne s’intéressent qu’à une
certaine Afrique décrite comme la terre des "génocides" de la
"corruption", de la "violence" et des "guerres ethniques" de désoler
qu’en plein 21ème siècle le Continent noir continue d’être traité comme
un "mineur" irresponsable : "L’heure, a –t- il asséné, est passée où
on pouvait donner des leçons aux Africains. Il faut laisser aux
Africains le soin de trouver les voies de leur propre bonheur." Il
considère que "la coopération entre l’Afrique et les autres pays doit
être basée sur la connaissance de l’Afrique sur ce qui a marqué ce
Continent". Ainsi a –t- il justifié : "la déclaration de Nicolas
Sarkozy à Dakar, ignore les réalités profondes de l’Histoire de
l’Afrique." Très remonté par le discours inamical et irrespectueux
de Sarkozy, le Sage Amadou Mactar de lancer au Président Français :
"Le problème est que personne ne peut écrire l’histoire de l’Afrique à
la place des Africains. Nous ne sommes pas des mineurs. Nous sommes des
majeurs. L’Heure est venue de repenser l’Afrique autrement qu’avec des
rapports condescendants."
"On ne sort pas indemne de trois siècles d’esclavage" déclarait
Sembène Ousmane à ContinentPremier.Com. Une vérité que partage le Pr
Mbow : "Il est une vérité bien admise le passé conditionne l’avenir.
Plus concrètement le comportement des gens à notre égard ne peut se
comprendre qu’à travers cette histoire qui remonte depuis le milieu du
15ème siècle. On a tendance de plus en plus à culpabiliser les Africains
comme s’ils étaient responsables de ce qui leur arrive aujourd’hui."
Traite et colonisation…
La colonisation était nécessaire pour les occidentaux. Lors de la
première révolution industrielle du 19ème siècle, l’Europe avait besoin
de matières premières, de marchés et d’espace d’investissement.
"C’est ce qui fait que nous refusons des allégations qui font porter sur
les épaules des victimes la responsabilité de la traite négrière. Nous
la refusons car ce ne sont pas nous qui avons armé les négriers."
Là, l’historien creusant dans ses souvenirs renvoie Sarkozy à Las Casas,
le moine qui avait plaidé auprès de Charles Quint l’institution du
transfert officiel d’esclaves africains en Amérique pour sauver la vie
des Indes soumis au travail forcé et qui mouraient en masse.
Las Casas a publié au 16ème siècle un grand ouvrage sur
"L’Histoire des Indes" qui a été récemment réédité en trois volumes.
Dans le Tome 1, il décrit la chasse à l’homme par les Portugais avec des
armes à feu (Que les Africains, précise Mbow n’avaient pas) pour se
procurer les esclaves vendus ensuite au Portugal avant leur envoi en
Amérique après sa "découverte". Amadou Mbow très didactique renvoie
aussi Sarkozy à ses études : "Il faut relire André Gide "Voyage au
Congo" où il décrit dans les années vingt la pratique et les ravages du
travail forcé". Ne parlez surtout pas d’aspects positifs de la
Colonisation au Professeur Mbow. "Mettre en avant la construction des
ponts et des routes par la colonisation en ignorant que tout cela a été
réalisé par les Africains et avec leur argent est une cécité
intellectuelle. Ils veulent nous donner des leçons en refusant de
connaître notre histoire". En réalité le financement de ces
infrastructures était fait par emprunt et payé par l’argent des
territoires. Par ailleurs ce sont des investissements consentis pour le
commerce du colon. Ne parlons même du « Code Noir ». Et tout allait vite
avec son cortège macabre lié au travail forcé. "Chaque traverse du
chemin de fer était le tombeau d’un Africain".
El Hadji Gorgui Wade NDOYE
(ContinentPremier - Onu – Genève) |
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