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Présidentielle 2007 au Sénégal
La Cpa évite le Piège de la Candidature Unique



Ni vraiment pro-wade rattrapé par son passé et en butte à la réalité du pouvoir, ni franchement anti-Idy empêtré dans ses propres errements au point de se faire hara-kiri à chacune de ses sorties, Amath Dansokho et ses amis de la Coalition pour l'Alternative (Cpa) ont mené la politique du possible et se sont donné les moyens de se retrouver post-25 février.

L'opinion sénégalaise a globalement déploré le manque d'unité et de cohésion apparent de la Coalition pour l'Alternative (Cpa) à l'issue de la rencontre du 5 décembre dernier et l'absence de consensus pour la candidature unique de l'opposition à l’élection présidentielle du 25 février 2007. Au-delà de l'émotion suscitée par les difficultés des Sénégalais et leur aspiration à mieux, une analyse moins passionnée des résultats de la rencontre permet cependant de comprendre que la logique a simplement été respectée et que la Cpa renforce ainsi ses chances d'accéder au second tour au moins.

La Coalition pour l'Alternative a en effet évité le piège de la candidature unique en respectant la logique ayant présidé à sa naissance. Le semblant de désespoir né de l'absence de consensus après la rencontre du 5 décembre dernier s'appréhende plus comme un espoir déçu des fatigués de l'Alternance que comme la réalité ayant conduit à la création d'un cadre servant plus d'abri psychologique que de base de combat, malgré les apparences ; cette contrition sincère est d’autant plus forte que les résultats de la rencontre du 5 décembre semblent être la conséquence de tentatives de déstabilisation du Cadre par le pouvoir, principalement après le énième appel au dialogue de la Korité, le 23 octobre, et les audiences subséquentes, entre le 8 et le 14 novembre.

Cocon sécuritaire offrant un exutoire d'où naissaient des imprécations, des invectives et des conjectures sur Me Abdoulaye Wade et son régime, la Cpa ne pouvait dans la réalité aller au-delà de ses propres contradictions pour se poser en véritable... alternative.

D'abord cadre permanent de concertation des chefs de parti de l'opposition (Cpc), elle était en soi et pour soi un conglomérat de battus, de défenestrés et de frustrés d'autant plus déçus, dépités et désappointés que les principaux acteurs avaient aidé à se combattre mutuellement et qu'ils ne se sont jamais fait confiance, à quelques exceptions près.

Elle est animée d'abord par les principaux socialistes d'un parti revenu de ses certitudes surannées après 40 an de règne absolu ponctué, sur la fin, d’ouvertures timides vers des contributionnistes, de l'Union pour le Renouveau démocratique de Djibo Kâ snobé par Wade et qui s'est rabattu sur Diouf, sans conviction, malgré ses faux airs de dur, entre les deux tours de février-mars 2000, le Parti républicain d'Abdou Rahime Agne ; le Cpc prendra forme dès 2001 avec la mise à l'écart de Moustapha Niass (Alliance des Forces de Progrès), de Dansokho du Parti de l'Indépendance et du Travail, et de Madior Diouf du Rassemblement national démocratique venu dans les valises du premier Premier ministre de Me Wade président.

Les premiers à quitter l'attelage (Urd et Pr, les seuls, à date) savaient qu'ils allaient se noyer dans les eaux boueuses remuées par les mastodontes Ps et Afp encouragés par le Pit, le Rnd et le Mouvement pour le Socialisme et l'Unité (Msu) du Premier Mawdo Mamadou Dia après le hold up effectué sur la formation de l'ancien chef du gouvernement par Bamba Ndiaye. La Ligue démocratique/Mouvement pour le Parti du Travail (Ld/Mpt) du professeur Abdoulaye Bathily ne fera que renforcer ce sentiment diffus immortalisé par Brétécher de l’Observateur de Jean Daniel, sentiment d'un cadre de consolation offert aux frustrés et démis de l'Alternance qui voulaient se donner bonne conscience en rejoignant l'ennemi d'hier, dans un sublime élan de rédemption.

Une analyse lucide de la situation a été faite le 5 décembre par les principaux acteurs eux-mêmes pour estimer plus sage et plus crédible, par rapport à soi-même et à l'électorat, d'aller en ordre dispersé pour se retrouver par la suite ; c'est l'inverse de la logique marxiste de naguère de frapper ensemble pour marcher séparément ensuite. Cette conclusion est plus en adéquation avec la démarche d’un Djibo Kâ qui sollicite lui le parapluie du Parti démocratique sénégalais (Pds) du président de la République, formation avec laquelle il ira aux législatives, sur une liste commune, après avoir appuyé le candidat Abdoulaye Wade à la présidentielle.

Pareille démarche est objective de sa part et permet d’envisager des dividendes plus significatives que celles qu’il aurait par ses propres forces. Instruit par l’histoire, depuis 1998, Djibo Kâ a apparemment une notion très claire de ses limites. Ainsi, premier surpris lui-même de ses 07 sièges aux législatives de 98 qui sont allées au-delà de ses attentes, il a compris que, moins qu’un vote ethnique relevé entre Linguère et Kolda, le scrutin en sa faveur représentait plus le vote-sanction de socialistes frustrés par le congrès sans débat de 1996 qui lui avait valu sa mise à l’écart du Parti socialiste, pour s’être véhémentement opposé au choix de Ousmane Tanor Dieng comme premier secrétaire. La consultation de 2000, avec cet autre socialiste qu’est Moustapha Niass entré dans la course entre-temps, le ravalera à des niveaux plus raisonnables sur l’échiquier politique national. En fin tacticien de la chose publique, Djibo Kâ a très vite saisi le message.

Tel ne semble pas être le cas pour Idrissa Seck.

L’élu de franges importantes des populations sénégalaises a été perçu entre avril 2004 et son incarcération (juillet 2005-février 2006) comme victime d’un pouvoir qui n’aura pas entièrement répondu aux attentes des Sénégalais ; cette attraction reposait pour l’essentiel sur le refus atavique des Sénégalais de l’arbitraire (Me Wade, Amath Dansokh et Abdoulaye Bathily eux-mêmes, à des degrés divers, l’ont expérimenté en 1988) et était inversement proportionnel au rejet de l’actuel régime. Malheureusement, les lettres de prison, d’abord, les déclarations publiques, ensuite, ont démontré l’absence d’équilibre d’un homme apparemment au bord de la rupture psychologique qui a ruiné le capital sympathie des populations par des auto-accusations d’autant plus curieuses que l’homme avait donné l’apparence d’un racé qui s’était fourvoyé parmi des loups libéraux.



Par Pathé MBODJE,

Journaliste, sociologue
 



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