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Mali : Le nouveau code de la famille en question


Il y a eu évolution sociale, politique et économique au Mali. Pour respecter les conventions et traités internationaux sur les droits de l’Homme qu’il a déjà ratifiés, le gouvernement a jugé nécessaire la refonte du code de la famille. Mais certains points comme la non reconnaissance du mariage religieux, la partage des charges familiales entre époux, la puissance paternelle remplacée par l’autorité parentale ont posé problème. Il y a eu des manifestations populaires dans le pays. Ce mécontentement ne risque t-il pas de porter un coup à cette reforme ?

Dans un pays à 90% musulman marqué par le choc des cultures occidentale et musulmane, les Maliens ne pouvaient pas rester insensibles à cette réforme. Il y a eu une marche de protestation contre le projet de loi. Un meeting organisé par le Haut conseil islamique du Mali a rassemblé prés de 50 000 personnes à Bamako les 15 et 22 août dernier. Des protestations et prêches virulentes ont lieu dans d’autres grandes villes du pays. Le respect de la tradition, la préservation du mode de vie ancestral, les rapports entre l’homme et la femme fondés sur la religion sont des valeurs profondément ancrées dans la société malienne. Mais celles-ci commencent à être altérées avec l’évolution socioéconomique du pays où la femme n’est plus une citoyenne de seconde zone. Aussi, des pertinents sujets comme le mariage religieux, le partage des charges familiales entre l’homme et la femme, la puissance paternelle transformée en autorité parentale ont interpellé certains Maliens. Ces changements risqueraient n’annihiler le pouvoir des imams qui occupent une place prépondérante dans la société. Ils ont une interprétation étroite et non libérale de l’islam qu’ils pourraient freiner cette réforme. Et les changements souhaités risquent d’avorter.

Pour les croyants musulmans et chrétiens, le mariage religieux apparaît plus important que le civil hérité de la culture occidentale. Dans la tradition africaine, le mariage coutumier unit deux communautés et c’est le religieux qui les scelle ad vitam aeternam. Ne plus reconnaître le mariage religieux, c’est encourager le divorce que condamne la religion mais qui est toléré par le mariage civil quand il peut libérer la femme d’une mauvaise situation matrimoniale. Et le Mali irait droit va vers un dérèglement socioculturel si le mariage religieux était désavoué. Les Maliens ont-ils tenu compte de la spécificité des zones rurales où les filles sont en général mariées entre douze et treize ans ? Mariage toléré par la religion musulmane. Porter brusquement l’âge du mariage à dix huit ans n’est pas réaliste car il faut laisser les mentalités évoluer avec le temps dans le mélange des cultures qui devient inévitable. Le changement des mentalités est un processus de longue haleine. En Afrique on ne se marie pas pour les mêmes raisons qu’en Occident. L’Africaine est considérée comme une main d’œuvre, surtout en zone rurale où elle est mariée précocement. En plus, elle fait beaucoup d’enfants pour assurer les nombreuses tâches familiales. Et c’est l’analphabétisme et la condition familiale qui poussent très tôt les filles au mariage, échappant ainsi à la dictature parentale.

Si la civilisation occidentale est arrivée à l’égalité sociale entre l’homme et la femme dans le partage des charges familiales, il n’en est pas de même dans la réalité africaine. Prise en mariage par l’homme qui débourse une importante somme d’argent et qui doit s’occuper d’elle, la femme africaine comprend que le partage des charges familiales entre son mari et elle ne sera jamais équitable. Aux Maliennes marquées par le modernisme, se confronte la majorité de leurs consœurs mariées religieusement et qui ont du mal à comprendre les changements emmenés par la refonte du code de la famille, à cause de leur analphabétisme. L’impérialisme culturel a détruit les fondements du mariage africain. Il n’unit pas seulement deux partenaires mais deux communautés, contrairement au mariage occidental qui concerne deux individus.

Dans cette réforme, le pouvoir paternel cède la place au pouvoir des deux parents. Parler de la paternité et de la parentalité suppose l’existence d’enfants dans le mariage ; les couples stériles sont rarement acceptés dans la société africaine. La progéniture valorise le couple et affirme la puissance paternelle qui est ipso facto reconnue par l’Africaine. C’est l’homme qui travaille, solutionne tous les besoins matériels et financiers de la famille. Cette puissance paternelle justifie sa position de chef de famille. Même marié, le Malien émigre parfois pour chercher du travail. Il impose ainsi sa puissance paternelle en envoyant de l’argent au pays pour sa femme et ses enfants. Même chez les femmes modernes, beaucoup d’entre elles acceptent d’exercer l’autorité parentale sur les enfants. Mais elles reconnaissent toujours la place de l’homme dans la famille pour certains problèmes qui appellent ce dernier.

L’émancipation de la Malienne devient une réalité dans sa lutte contre la soumission, les sévices corporels telle l’excision. Aussi, cette reforme est en principe louable. Mais aboutira-t-elle dans une société majoritairement musulmane ? Le respect des conventions internationaux, la position des imams face au non respect du mariage religieux, le développement qui favorise l’émancipation de la femme, voila des questions qui interpellent les Maliens, surtout que le Secrétaire du Haut Conseil Islamique du Mali, Mamadou Diamouténé a déclaré que "Le code adopté par l’Assemblée nationale le 3 août 2009 ne sera pas appliqué à nous, Maliens et Maliennes attachés à nos valeurs et tenant à vivre pleinement notre religion".

Noël KODIA,
Directeur du département Publications et Romans
du groupe de réflexion, d’action et d’influence Afrology



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