Forte présence chinoise en Afrique
Ne pas oublier les intérêts des populations
Depuis l'exploitation des réserves de mines de cuivre de Chambezi en
Zambie jusqu'aux champs pétrolifères soudanais en passant par la
production sucrière en Sierra Leone et l'exploitation des fermes
zimbabwéennes, presque partout en Afrique, la présence chinoise est
palpable au point de susciter de nouvelles jalousies du côté des pays
occidentaux. Les dirigeants africains doivent en profiter pour ne pas
oublier de défendre les intérêts à long terme des populations
africaines.
1. Le constat : l'activité Chinoise fait florès en Afrique!
Aujourd'hui, presque chaque pays africain témoigne d'une présence
chinoise croissante. Cette présence chinoise ne date pas d'hier, même si
elle s'est accrue tout récemment. La présence chinoise en Afrique s'est
manifestée depuis les années 60 par l'offre de diverses compétences
techniques aux pays africains (dans le domaine agricole surtout). La
récente influence chinoise en Afrique a été promue par le premier Forum
de Coopération Sino-africaine qui a eu lieu à Beijing en 2000; le but de
ce forum étant de promouvoir les relations diplomatiques, le commerce et
l'investissement entre la Chine et les pays africains. Depuis lors, le
commerce sino-africain n'a cessé de croître.
D'où vient ce regain d'intérêt croissant pour l'Afrique? Que
représente l'Afrique pour la Chine aujourd'hui?
2. Ce que vaut l'Afrique pour la Chine
Le Gouvernement chinois encourage les entreprises chinoises,
particulièrement les PME, à augmenter leurs investissements en Afrique.
En effet, l'Afrique revêt une importance capitale pour les investisseurs
chinois.
L'Afrique renferme des ressources naturelles abondantes. C'est
d'abord une source clé de matières premières, surtout de pétrole brut
dont la Chine est actuellement le deuxième plus grand consommateur avec
plus de 25% de ses importations de pétrole venant du Soudan et du Golf
de Guinée. L'Afrique, c'est aussi un créneau pour les produits chinois à
faible coût de production. L'Afrique offre également à la Chine la
possibilité d'investir dans les infrastructures telles que les centrales
hydro-électriques, les oléoducs et les usines. La Chine convoite
également en Afrique bien d'autres créneaux potentiels où l'Occident se
laisse dissuader par les préoccupations politiques telles que les
sanctions ou l'instabilité. En clair, le fait que la Chine soit peu ou
pas du tout soucieuse de l'impact que pourrait avoir son association
avec des régimes répressifs et corrompus sur sa réputation fait d'elle
une collaboratrice attirante aux yeux de certains régimes. Aussi,
l'absence de toute concurrence avec les multinationales occidentales,
dans certains pays jugés corrompus et non soucieux du respect des droits
humains, profite à la Chine et lui offre la possibilité d'y faire plus
de recettes.
La stratégie chinoise de pénétration du marché africain diffère de
celle des ex-pouvoirs coloniaux en bien de points si bien que pour
certains responsables africains la Chine est loin d'être soupçonnée de
couver des ambitions impérialistes. L’avenir nous éclairera sur ce
point.
3. Stratégies de pénétration du marché africain
Dans son opération de charme en vue de la pénétration du marché
africain, la Chine propose aux pays africains, en plus du support
technique, une aide financière, des prêts à des taux d'intérêt bas,
renouvelables ou annulables. C'est d'ailleurs la disponibilité du prêt
chinois qui a permis à l'Angola de résister à la pression exercée par le
FMI et les pays occidentaux pour que ce pays, considéré comme l'un des
pays les plus corrompus au monde, améliore la transparence de son
secteur pétrolier et qu'il mette en place des reformes dans ledit
secteur et dans plusieurs autres secteurs. Bien plus, la capacité de la
Chine à présenter aux pays africains une offre dépourvue de toute
conditionnalité extra commerciale, comme le respect des droits humains,
le respect de la liberté de presse, la convention contre la corruption,
fait d'elle un source alternative d'investissements et d'aide
inconditionnelle. Ainsi, la Chine est perçue par beaucoup de
gouvernements africains comme une alternative aux pays du G8, parce
qu'avec la Chine, ils n'ont guère à se soucier de la bonne gouvernance.
La Chine, bien plus, a déclaré son respect du principe de la
souveraineté nationale des pays Africains et la non interférence dans
leurs affaires internes.
La coopération sino-africaine présente indéniablement des avantages
pour les deux parties, mais elle semble être, à y voir de près, la
répétition-type des relations commerciales établies par l'impérialisme
européen ; la répétition de la vieille histoire du commerce africain
avec l'Europe. On peut oser affirmer alors, sans risque de se tromper,
que l'avenir des relations sino-africaines demeure un défi pour les
Africains quant au respect de l’accord non-écrit « gagnant-gagnant ».
4. L'avenir : un challenge permanent pour l'Afrique
Le commerce sino-africain présente des caractéristiques semblables au
commerce que l'Europe a entretenu des décennies durant avec l'Afrique.
L'Afrique exporte des matières premières vers la Chine qui en retour
approvisionne le marché africain en biens manufacturés. Résultat
prévisible : une balance commerciale négative pour l'Afrique ! L'Afrique
exporte des matières premières vers la Chine et importe des produits
chinois à faible coût de production qui se vendent moins cher et
rivalisent avec les industries et les entreprises locales. Ainsi,
l'industrie locale se trouve dans une position défavorable à cause de la
croissance des exportations chinoises vers l'Europe et les Etats-Unis.
Cette situation détruit tout espoir pour l'Afrique de pénétrer les
marchés européens et américains (Etats-Unis) et encore l'espoir de voir
prospérer les industries et les entreprises africaines au niveau local.
Les exemples qui illustrent combien de fois les entreprises
africaines végètent dans les profondeurs abyssales de la galère à cause
de la forte présence chinoise sur le marché domestique africain sont
légion. Le cas du textile en est un parmi bien d'autres. A l'expiration
de l'Accord Multifibre (MFA) en Janvier 2005, les exportations chinoises
vers les Etats-Unis son monté en flèche et les exportateurs africains se
sont rendus compte qu'ils ne pouvaient pas leur faire concurrence. Plus
de dix (10) usines textile au Lesotho ont fermé en 2005 et dix mille
(10.000) employés au moins se sont retrouvés au chômage.
5. Tirer partie de la présence chinoise en Afrique
En octobre 2005, des syndicalistes représentant les industries de
vêtements, de textiles, de chaussures et de cuir de plusieurs pays - Le
Ghana, le Kenya, le Malawi, Madagascar, l'Ile Maurice, la Namibie, la
Tanzanie, le Nigeria, le Lesotho, le Swaziland, la Zambie, le Zimbabwe
et l'Afrique du Sud- se sont réunis au Cap dans le but de discuter des
effets de l'expiration de l'Accord Multifibre (MAFA). Les conclusions de
cette réunion montrent que le continent africain a perdu plus de 250.000
emplois puisque les marchés domestiques africains avaient été inondés de
produits textiles à faible coût de production ainsi que l'importation de
vêtements en provenance de la Chine.
Il serait injuste et peu réaliste de suggérer que la forte présence
chinoise ne fasse naître que des problèmes en Afrique. L'Afrique devrait
apprendre de la Chine ; elle pourrait tirer de sa présence une
expérience pour organiser sa capacité de négociation et de production.
Les gouvernements africains devraient pouvoir soulever devant le
comité responsable des règlements des conflits relatifs aux problèmes
commerciaux de l'Organisation Mondiale du Commerce les pratiques de
dumping de la Chine et mettre en place des mesures qui limiteraient
l'invasion chinoise du marché domestique africain, comme l'ont fait les
Etats-Unis et l'Europe pour les marchés étasuniens et européens. Aussi,
devraient-ils promouvoir dans tout le dossier de l’industrialisation, du
commerce, des investissements, de la concurrence, du respect des
consommateurs au niveau local. Par ailleurs, la société civile africaine
devrait pouvoir exercer une pression sur les gouvernements africains
dans une tentative de renforcer au moins quelques-uns des droits humains
et un minimum de bonnes pratiques environnementales liées à la démarche
et à la présence chinoise sur le continent africain.
6. Difficulté persistante pour privilégier les intérêts des
populations africaines
En réalité des efforts sont entrepris ici et là mais les contraintes
importantes existent encore au niveau des Etats africains qui ne
favorisent pas les stratégies d’organisation des acteurs africains pour
défendre les intérêts des populations dans toutes les instances
appropriées. Les intérêts des Etats occidentaux semblent encore primer
sur les intérêts des populations africaines.
20 mars 2008
M. K. Selay
Journaliste Reporter, Analyste politique
Correspondant de Presse de Fil info France et de AfricaNews en Côte
d’Ivoire
Tel : (+225) 07984993
E-mail : lebonselay@yahoo.fr
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