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12ème sommet de l’Union
africaine : Enième désillusion ? Quand en 2001, l’Unité
africaine se transforme en Union africaine, et que la chute du Mur de
Berlin depuis une décennie impose la démocratie pluraliste sur le
continent, un vent d’espoir y souffle. Les Africains croient que l’heure
de la véritable démocratie est arrivée. Conférences nationales,
acceptation des partis d’opposition, tout est mis en œuvre pour une
alternance au pouvoir, facilitant ainsi le travail de l’UA. Mais bientôt
huit ans, celle-ci a du mal à assumer son unité. Et l’absence notoire
des chefs d’État à son 12ème sommet (20 sur 53) vient, une fois de plus,
révéler ses difficultés à s’affirmer en tant qu’entité cohérente. Mais
pourquoi cette situation ? Plusieurs raisons et nous citerons quelques
exemples.
Le non-respect des Constitutions dans la majorité des pays africains
a refroidi l’élan démocratique suscité par le pluralisme politique qui
devait mettre fin au pouvoir "répétitif" du système des partis
uniques sur fond de dictature et de népotisme. Avec le pluralisme,
renaissent les partis d’opposition et les élections pluralistes, gages
d’une véritable alternance, celle-ci favorisant la bonne gouvernance.
Mais hélas ! L’histoire a rattrapé l’Africain. Le passage des royaumes
aux républiques, consécutif à la colonisation et aux indépendances étant
trop brusque, les nouveaux États sur le continent ont été gérés comme
des monarchies. Les rois étant inamovibles, les chefs d’État de la
nouvelle ère démocratique se sont mis à réviser leur Constitution qui ne
leur permettait pas de faire plus de deux mandats au pouvoir. A la tête
du pays et aidés par le tribalisme, le favoritisme et le népotisme,
plusieurs d’entre eux ont gardé le pouvoir en tripatouillant les
élections. Mais devant la colère des peuples désabusés, malgré la
révision des Constitutions, ces derniers se sont vus rarement acceptés,
d’où des conflits politiques et interethniques avec mort d’hommes comme
dernièrement au Kenya et au Zimbabwe.
Devant cette situation, l’UA reste perplexe, ayant mal défini les
règles d’une véritable alternance au pouvoir en Afrique. Limiter les
mandats au pouvoir, comme il est toujours précisé dans les premiers
textes des Constitutions de la majorité des pays, doit être le leitmotiv
de l’UA si l’on veut voir le continent écrire une nouvelle histoire,
plus agréable que celle d’aujourd’hui. Et en même temps, pour que l'UA,
projet démocratique, s'impose sur le continent, l’Afrique doit d'abord
réussir son expérience démocratique au niveau de chaque pays.
L’Afrique en général s’est vue imposer des frontières "taillées à
la règle et l’équerre" par la Conférence de Berlin qui, de novembre
1884 à février 1885, s’était fixé les règles de l’occupation coloniale.
Des peuples ont été séparés malgré eux. Et l’UA doit tenir compte de
cette situation pour réfléchir à la véritable unité africaine. Par
ailleurs, la libre circulation des Africains sur leur continent devrait
être l’un des préalables à la création d’un gouvernement de l’Union
africaine dont rêve le colonel Kadhafi. Tant que les Africains se
sentiront étrangers dans un autre pays du continent, tant qu’ils auront
des difficultés à s’y mouvoir avec imposition de visas, l’UA n’aura pas
la chance de s’exprimer valablement comme l’Union européenne le fait
maintenant à travers l’Europe en se fondant sur l’abolition des
frontières et en développant son économie sur la base d’une monnaie
commune.
Puisque le politique a du mal à pousser les États africains vers le
gouvernement de l’UA et la naissance des États Unis d’Afrique, pourquoi
ne pas commencer par l’instance économique sur laquelle s’est fondée la
création de l’Union européenne au sortir de la guerre mondiale ? Comme
l’indiquait son préambule, l’UE avait également pour objectifs "la
défense des Droits de l’homme ainsi que la coopération pour la
reconstruction de l’économie européenne". Elle a commencé avec la
France et l’Allemagne qui seront rejoints l’année suivante par le
Benelux. Cette naissance de l’UE devrait servir d’exemple à l’Afrique
dont certaines puissances économiques comme l’Afrique du sud, l’Angola,
le Nigeria et la Libye pourraient d’abord se regrouper économiquement
pour ensuite "tendre la main aux autres". Un point qui mérite réflexion,
plutôt que de se précipiter à la création des États Unis d’Afrique sans
véritablement soubassement politique et économique alors que nous ne
sommes encore qu’au 12ème sommet de l’UA.
La construction européenne a sans doute débuté avec le discours de
Churchill en 1946 qui souhaitait la création des États Unis d’Europ - un
travail délicat confié aux compétences européennes pour arriver,
plusieurs décennies après, à la mise en œuvre des "Accords de Schengen"
et du "Traité de Maastricht" pour ne citer que ces exemples. L’UA
devrait se faire violence en ayant confiance à la compétence de ses
économistes exerçant sur place en Afrique et ceux de la diaspora.
Ensemble, ces derniers réfléchiraient ainsi sur quelques paramètres qui
ont contribué à la réussite de l’UE que nos dirigeants du continent ont
voulu prendre comme modèle. Mais ici se pose la question de leur
mentalité dans la conception du politique et de l’économie.
vendredi 13 février 2009
Noël KODIA est essayiste et critique littéraire.
Source: www.unmondelibre.org
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