CONGO: Présidentielle 2009
ou l’éternelle prostitution des intellectuels
A quelques mois de la présidentielle 2009, l’on
s’agite dans tous les états majors politiques. Aussi, on remarque que le
thème intellectuel se métamorphose souvent en critique acerbe tant des
tenants du pouvoir que ceux qui veulent le conquérir. Mais, à bien voir
les choses, on observe un vide sidéral d’où une faiblesse notoire de la
classe politique congolaise. On est en droit de se demander si le peuple
peut encore leur faire confiance.
La plupart des grandes figures politiques nationales aspirant à la
magistrature suprême sont issus de la vieille école du parti unique (le
PCT). Certains l’avaient quitté pendant la Conférence nationale pour des
raisons plus ethniques que de divergences sur la ligne politique. Au
cours de cet événement historique, les leaders sur qui pouvait compter
le P.c.t. pour se défendre, le quittèrent pour d’autres groupes
politiques nés sous l’effet de la Démocratie. Dans cette tempête,
abandonné à lui-même avec quelques camarades qui lui resteront fidèles,
Sassou Guesso fera son mea culpa et assumera tous les dérapages du PCT.
Même ceux de ses prédécesseurs.
Aujourd’hui, après des guerres qui auraient pu être
évitées si l’intelligentsia avait fait son travail, nous continuons à
nous tirer à boulets rouges en parlant au nom de ce peuple, que nous
avons abandonné à son triste sort.
La prostitution des intellectuels
Avec tout ce que le pays a vécu, de l’indépendance à
nos jours, force est de constater que l’intelligentsia congolaise s’est
prostituée. Ecartant les pères de l’indépendance : Fulbert Youlou, Félix
Tchicaya, Jacques Opangault et Marcel Ibalico, l’intelligentsia, à
l’origine de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, s’est lancée dans
ce quelle sait faire : la prostitution. A l’orée des bouleversements
provoqués par la chute du mur de Berlin, les intellectuels congolais
n’ont pas pu profiter de la Conférence nationale et du multipartisme
pour créer une nouvelle base idéologique de développement social et
économique. Et Mongo Dzon, "[de se demander] aujourd’hui d’où
sortiront des intellectuels capables de faire la différence de devenir
des pionniers d’avoir le goût des risques intellectuels. Le Congo […]
souffre de la lâcheté de ses élites et de ses cadres [politiques]"
(1)
De la trahison idéologique au pouvoir régionaliste
Voici bientôt douze ans que le pays a négativement
expérimenté la gestion de cette chose politique que l’Occident tant
adulé nomme : Démocratie. Des élections acceptables en 1992 qui avaient
change la donne politique du Congo car le pouvoir était passe des mains
du vaincu à celles du vainqueur sans problème. Une transition telle que
nous l’aimons et la souhaitons. La suite, nous la connaissons : à coups
de trahisons, de mensonges, d’invectives, le fer et le feu remplacèrent
le débat démocratique et les lendemains qui auraient du chanter.
Du retour au pouvoir de Denis Sassou Nguesso, le
socio-anthropogue congolais Patrice Yengo faisant une fine analyse de
ces événements et de cette période, fait une remarque pertinente :
"il ne faut surtout pas penser que Denis Sassou Nguesso [a cherché]
à revenir au pouvoir par ambition personnelle, loin s’en faut, mais
parce que Lissouba [avait] mal géré" (2)
Existe-t-il une véritable opposition au Congo ?
A l’orée de la présidentielle de 2009, la
"querelle" des hommes politiques est revenue comme au beau vieux
temps d’avant Conférence nationale. Ceux qui avaient quitté le bateau
P.c.t., par ambition du pouvoir, voulant encore goûter au lait et au
miel, être à la table du festin, ceux qui avaient été chassés du pays
par la guerre de 1997 et revenus au bercail, graciés par le phoenix de
Mpila, sont en rangs serrés derrière ce dernier.
De revirements spectaculaires en actes d’allégeance,
des têtes de proue qui menèrent la fronde d’hier tels Kolélas, Moukouéké,
Tamba Tamba, Yombi Opango, Léfouoba, Bokamba, pour ne citer qu’eux, on
est en droit de se demander le pourquoi de la Conférence Nationale.
Les grandes figures qui tiennent l’opposition ont
travaillé à un moment de leur vie sous la direction de D. Sassou Nguesso.
Et, ce passage si révélateur du Nouveau Testament : "Ne jugez pas,
pour ne pas être jugés : le jugement que vous portez contre les autres
sera porté contre vous ; la mesure dont vous vous servez pour les autres
servira pour vous." (Mathieu :7).
Son Excellence Monseigneur Ernest Kombo, qui croyait
naïvement que "Politique" et "Religion" pouvaient faire bon ménage,
voulait moraliser la classe politique congolaise ! Si l’opposition avait
joué son véritable rôle constructif et revendicatif de 1992 à 1997,
s’imposant et s’opposant à la majorité d’alors, il n’en est pas de même
aujourd’hui où une partie du peuple douterait même de la sincérité
politique et du bien fondé de certaines candidatures. Que dire du
Général Ngouélondélé qui affirmait le 9 septembre 2006 : "Si pendant
l’exercice de mes fonctions au sein de la Sécurité d’Etat où j’ai passé
douze ans sous le régime du président Sassou Nguesso [que je combats
aujourd’hui], j’ai eu à commettre des exactions ou des crimes de tout
genre, je suis tout à fait prêt, en tout cas prêt à y répondre devant
n’importe quelle juridiction nationale ou internationale" ?
Apprécions ces paroles d’officier.
La véritable confrontation pouvoir-opposition
viendrait de la nouvelle génération marquée par les dégâts causés par
l’intolérance idéologique et ethnique, et nullement de ces hommes
politiques qui se connaissent bien et dont le règlement des comptes
semble être le moteur principal. Pouvoir et Opposition, c’est bonnet
blanc et blanc bonnet. Puisque l’opposition ne semble pas jouer son rôle
fondamental, puisque "le chien aboie et la caravane passe", se
dégage une nouvelle attitude de Sassou. Ayant connu la trahison d’une
partie du PCT à la Conférence nationale, revenu au pouvoir par les armes
dans une guerre dont il est aussi responsable, tout comme les autres
grands acteurs politiques tels Lissouba, Kolélas, Yombi, Sassou a plus
confiance à un cercle plus fermé afin de ne plus vivre la même
mésaventure. Et cela nous nous devons de le comprendre, même si, nous ne
l’acceptons pas.
Deuxième conférence ? : Une parodie
Aujourd’hui, l’opposition s’évertue à demander un
dialogue, style Conférence nationale pour débattre des problèmes
politiques liés à l’élection présidentielle. Et comme le dit un adage,
"Chat échaudé craint l’eau froide", il serait illusoire de penser
que ceux qui sont au pouvoir accepteraient cette proposition.
Encore une idée des intellectuels. Quand on fait le
bilan de la politique d’après la Révolution de 1963 à nos jours qui a
donné une grande place à l’intelligentsia, force est de constater que la
Conférence nationale souveraine de 1991 "n’a servi à rien". Les
intellectuels, les syndicalistes congolais se sont révélés être des
feuilles mortes que les présidents successifs ont ramassées à la pelle
et in fine les ont brûlées lorsque l’envie les en prenait. Aussi, pour
marquer leurs insuffisances et leurs incapacités à la réflexion, leurs
gribouillages politiques, ils se sont réfugiés dans l’ethnie, la tribu,
la région. La pesanteur sociale ayant fait son travail, ils ont bonne
conscience.
Qu’entendons-nous comme unique message ? "Sassou
Nguesso est un voleur, il a détruit le pays". Et, eux, où
étaient-ils pendant ce temps? Que proposent-ils ? Puisque les
intellectuels se moquent de leur population, nous revenons sur l’idée
des départements que nous avions déjà émise et que nous réitérons :
"Le gouvernement devrait responsabiliser chaque chef de Département qui
devrait être élu démocratiquement par la population de la dite région. A
lui, serait confié le budget de la région. Aussi, tous les fils et
filles de chaque département seraient directement concernés pour son
développement. Le président de la République et le gouvernement
pourraient envisager cette décentralisation des régions sans pour autant
se sentir diminués. Au contraire, ils seraient "innocents" devant les
populations quand ils pourraient "punir" les fils des départements qui
se seraient mal comportés dans la gérance du budget à eux alloué."
(3).
Au pouvoir actuel et à l’opposition d’y méditer et de
nous le proposer lors des futures élections. Une base de programme au
lieu de vilipender à n’en plus finir D. Sassou Nguesso.
Nous pensons que nous avons mieux, autre chose à
proposer à ce pays que des supplices qu’ils lui ont été imposés avec le
venin des confrontations verbales et scripturales (4) qui se sont
métamorphosées en conflits sanglants, vécus lors de la décennie 90.
Et si l’on pouvait conclure ?
A la jeune génération de comprendre que la Démocratie
pluraliste n’est nullement un long fleuve tranquille, mais un
cheminement plein d’embûches. Surtout dans un pays comme le nôtre où les
différents concepts tels que la tribu, la région, l’ethnie ont encore de
beaux jours. Elle doit être une génération qui devra apprendre aux
Congolais à changer de mentalités dans le respect de nos traditions. Une
génération qui doit apprendre aux Congolais le patriotisme et le respect
des richesses de l’État, comme le faisaient les pères de l’indépendance.
Et les jeunes d’aujourd’hui, toutes régions et
ethnies confondues devraient y penser maintenant par tous les moyens
sociaux et sociétaux.
Noël KODIA (critique littéraire)
et Alexandre Dzéla Mpassy (économiste)
26 mars 2009
Notes
(1) C.M. Mongo Dzon, "Quelle Refondation pour le Congo?", Ed.
L’Harmattan, Paris, 2008
(2) P.Yengo, "Le Venin dans l’encrier : Les Conflits du
Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit", Ed. Paari, Paris, 2009
(3) N. Kodia et A. Dzéla Mpassy, "Congo-Brazza : 48 ans d’indépendance",
www.afrology.com et Congoplus.info
(4) Lire Patrice Yengo, "Le Venin dans l’encrier : Les Conflits du
Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit", op.cit |
 |
 Réagissez à cet article!
|