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Cameroun et Congo Brazzaville condamnés à vivre ensemble
 

Depuis un certain temps, l’Afrique centrale se fait parler d’elle à travers les journalistes camerounais et congolais qui "se tirent dessus". D’où vient ce mauvais coup de vent qui semble souffler sur le pays de MongoBéti et Tchicaya U Tam’Si ? Qui des Camerounais et Congolais de notre génération aurait oublié le combat de Ruben Um Nyobe et de André Matsoua contre la colonisation française ? Chez les Bantous, les chefs, on les respecte. Aussi, loin d’éteindre le feu par le feu, Le Choc et Afrique Education devraient comprendre que ce qui unit les Congolais et les Camerounais, est plus fort que ce qui pourrait les diviser. Nous savons qu’il est difficile de demander à un journaliste ou un écrivain d’avoir le droit de réserve. Mais la tradition bantoue ne nous demande-t-elle pas de voir l’horizon au lieu de regarder le doigt qui l’indique ?

Le droit de réponse du Directeur de cabinet civil du président Paul Biya au directeur du magazine Le Choc de Brazzaville (cf. Afrique Education n° 288 du 16 au 30 novembre 2009) montre à suffisance le côté pervers que peut produire la plume lorsqu’on la plonge dans "n’importe quelle encre". L’Afrique centrale a moult problèmes à résoudre par rapport à d’autres sous-ensembles du continent et ses populations ne devraient pas perdre leur temps à épiloguer sur quelques mésententes d’hommes de presse qui parfois sont loin des réalités politiques que tissent leurs autorités. L’Afrique centrale doit être unie et les habitants de cette sous région devraient se reconnaître comme des "Centrafricains" à l’image proposée par Barthélemy Boganda qui voulait une seule république au centre de l’Afrique à l’aube des indépendances. Parler maladroitement de dictature dans les pays africains comme on le remarque dans les presses congolaise et camerounaise n’est que pure légèreté car la dictature n’a jamais, et paradoxalement, empêché un pays à se développer économiquement. L’exemple de la grande Chine doit faire réfléchir les Africains qui se remarquent plus dans la mauvaise gouvernance politico-économique. L’Afrique a besoin d’une presse forte, didactique pour conscientiser les larges masses populaires au lieu de nous divertir parce qu’elles veulent s’engraisser sur le dos des hommes politiques qui parfois sont induis en erreur par ces derniers. Le droit de réponse du docteur Martin Belinga Eboutou, directeur de cabinet du président Paul Biya révèle une maturité politique qui prend sa source dans le fond bantou. Aussi, les Congolais, comme les Camerounais, devraient être assurés de leur fraternité quand celui-ci déclare : "Le président Paul Biya et le président Denis Sassou Nguesso sont des frères et des amis unis de solidarité géographique, historique et politique". Qui pourrait dire mieux ?

Malgré quelques soubresauts sociopolitiques qui ont secoué la majorité des pays francophones frappés par les Conférences nationales consécutives au fameux discours de la Baule de Mitterrand, les États de la sous-région se relèvent petit à petit. L’intégration sous-régionale se concrétise avec les routes inter états qui sont programmées et dont certaines sont en réalisation. Les presses congolaise et camerounaise ne doivent pas tomber dans le piège de la politique politicienne qui est au dessus des peuples qui vivent parfois sans frontières dans des contradictions qui opposent souvent mouvance présidentielle et opposition loin de leurs préoccupations élémentaires. Y a t-il vraiment une opposition responsable et crédible en Afrique ? Peut-être pour la presse qui la considère comme telle, mais elle est en réalité, plus près du pouvoir. Au Cameroun, contrairement à certaines affirmations de la presse, l’opposition n’est pas marginalisée, ce que nous rappelle Martin Belinga Etou : "Le président Paul Biya (…) prône l’ouverture, le dialogue et la concertation. Trois partis d’opposition, font partie de son gouvernement pendant que quatre sont représentés à l’Assemblée nationale". Et cela se remarque aussi au Congo Brazzaville où les partis de l’opposition siègent aussi à l’Assemblée. L’Afrique centrale bouge maintenant, même si les changements sont encore timides. La corruption, maladie qui empêche les pays sous développés d’aller de l’avant, commence à être vigoureusement combattue. Et l’ "Opération épervier" initiée au Cameroun aurait fait tâche d’huile dans la sous région. Au Tchad le président Idris Déby, depuis octobre dernier, est allé en guerre contre la corruption, guerre qui a mis à nu certains scandales financiers perpétrés par quelques ministres de son gouvernement (cf. "Opérations Mains propres au Tchad : Déby sur les traces de son aîné de Yaoundé ?" in Afrique Education n° 288 du 16 au 30 novembre 2009). Aussi, à Brazzaville, s’est tenu du 25 septembre au 9 octobre 2009 un séminaire de formation destiné aux membres de l’Observatoire anti-corruption et de la commission nationale de lutte contre la corruption, la concussion et la fraude.

La guéguerre entre les presses camerounaise et congolaise doit interpeller les chevaliers de la plume, même s’ils n’ont pas, comme les écrivains, un droit de réserve quand ils veulent "dénoncer". Mais nous devons savoir qu’il y a des réalités langagières bantoues que nous ne devons pas "fouler aux pieds". Invectives et injures doivent être évitées quand nous parlons de nos chefs d’État. Laissons cette réalité aux autres mentalités que nous ne nous connaissons pas. Dans la tradition bantoue, l’adjectif qualificatif peut par exemple servir d’injure ou d’invective ; son utilisation est toujours délicate. Le langagier bantou nous donne pleinement des euphémismes que nous pouvions utiliser pour critiquer et conscientiser nos chefs. Et les journalistes africains doivent faire un effort pour comprendre cette réalité. Et comme le souligne Belinga Eboutou dans la conclusion de son droit de réponse à notre ami Asie Dominique de Marseille, "la sagesse africaine (…) n’engage nulle part d’insulter le frère de son père, ce concept qui, au demeurant, n’existe pas en Afrique noire : le frère du père (oncle) est tout simplement le père". Aux presses camerounaise et congolaise de méditer sur cette déclaration.

Que se ferment ces tristes pages que viennent de nous pondre quelques médias camerounais et congolais sur nos deux chefs d’Etat qui sont reprises sur la Toile où n’importe qui peut écrire n’importe qui à n’importe quel moment sans se soucier de la déontologie du journalisme ! Ils méritent autre chose en fonction de leur âge.

En annonçant l’arrivée de son excellence Firmin Ayessa, ministre d’Etat et directeur du cabinet du chef de l’Etat Denis Sassou Nguesso au palais d’Etoudi pour remettre un "pli fermé" au président Paul Biya, Afrique Education vient de démontrer que les suspicions des hommes de médias sont parfois banalisées par les politiques.
 

Le 30/11/2009

Par Dr Noël KODIA*
*Noël KODIA est romancier, poète, essayiste et critique littéraire d’origine congolaise ; Il s’intéresse aussi aux problèmes politiques du continent et ne manque pas de s’exprimer sur les questions africaines et plus particulièrement la contribution des intellectuels africains au développement du continent. Chef du département "Publications et Romans" du site www.afrology.com
 



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