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Fumée blanche au Kenya

Quelques jours après l’accord de partage de pouvoir entre le gouvernement et l’opposition au Kenya, quelques informations commencent à circuler sur les cartes cachées de cet accord.

Certes la pression internationale en particulier américaine sur le gouvernement kényan a aidé Kofi Annan dans ses efforts de médiations, mais il semble qu’un rôle déterminant ait été joué par un homme qui est pourtant resté discret le jour de la signature officielle de l’accord. Selon des sources proches de la médiation, le président kényan était fermement opposé à la création d’un réel poste de Premier ministre pour l’opposition et c’est finalement Jakaya Kikwete, le président de Tanzanie qui serait parvenu à lui faire changer d’avis mercredi dernier à l’occasion d’une visite privée.

La Tanzanie est le seul pays d’Afrique de l’est où tous les pouvoirs ne sont pas concentrés à la présidence. Son système politique comprend un poste de Premier ministre doté de réel pouvoir. Kikwete aurait fait valoir au président Kibaki les vertus d’un tel système. Le président kényan aurait finalement cédé à ces arguments, tout en insistant pour que la création d’un poste de Premier ministre ne soit pas immédiatement gravée dans le marbre de la Constitution, histoire de voir comment ce système va fonctionner au Kenya.

Dans le cadre de cet accord, le Premier ministre désigné, le leader de l'opposition, Raila Odinga, va diriger le gouvernement tandis que le président Mwai Kibaki va s'occuper des affaires de l'Etat. Cet accord est similaire au pacte pré-électoral de 2002 entre le président Kibaki et M. Odinga, dans le cadre duquel les deux leaders avaient décidé de se partager le pouvoir.

Mais M. Kibaki n'avait pas rempli sa part de contrat, ce qui avait débouché sur une période acrimonieuse de trois ans qui, par la suite, avait évolué en un désaccord total ayant entraîné l'éviction de la partie de l'opposition du gouvernement en 2005, après qu'elle a remporté un référendum controversé contre la partie gouvernementale.

Les observateurs estiment que ce dernier accord, passé sous la direction de l'ex-secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, est une réussite pour l'opposition après 15 ans de plaidoyer et trois autres années passées au gouvernement. "Ils ont élaboré un accord juste qui présente des garanties", a déclaré l'ambassadeur des Etats-Unis, Michael Ranneberger. "Nous sommes tout à fait optimistes sur ce point. Nous voyons le Kenya continuer à être un modèle de démocratie en Afrique et pour le reste des pays en développement", a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis, comme l'Union européenne, préconisaient un partage équitable du pouvoir entre les parties kenyanes, mais c'est le président tanzanien, Jakaya Kikwete qui, en sa qualité de président de l'Union africaine (UA), a finalement donné l'impulsion finale ayant permis de sortir de l'impasse, ce qui semblait pratiquement impossible en début de semaine.

"Au bout du compte, nous avons un accord qui les rassure que cet accident historique survenu récemment appartiendra au passé. Cet accord va aider à redonner au Kenya sa place en Afrique", a déclaré le président Kikwete.

Cet accord prévoit une répartition égale des postes ministériels entre le gouvernement et l'opposition, mais ne permet pas au président de limoger les ministres nommés par le Mouvement Démocratique Orange (ODM). Il se démarque nettement de la constitution actuelle, qui donne au président le pouvoir de nommer et de démettre à volonté.

Dans le cadre de ce nouvel accord, le Premier ministre sera consulté par écrit avant toute prise de décision au niveau du gouvernement. Il va falloir l'approbation du Premier ministre pour limoger un membre du gouvernement, ce qui constitue un revirement radical par rapport à la constitution actuelle, qui donne au président seul, le pouvoir de nommer un membre du gouvernement.

Les Kenyans avaient déjà discuté d'un poste de Premier ministre puissant, exerçant un contrôle sur la direction au jour le jour du gouvernement mais devant rendre compte au parlement. Mais ce projet n'avait pas abouti après son approbation lors d'une conférence constitutionnelle qui avait duré trois mois au Bomas de Nairobi -un musée national du patrimoine- où 630 délégués avaient approuvé la création de ce poste. Le président Kibaki avait rejeté cet accord et mobilisé son cabinet en 2004 pour changer radicalement l'accord de Bomas, en créant le poste de Premier ministre aux pouvoirs moins étendus, nommé et pouvant être limogé par le président.

Le président Kibaki a estimé que la signature du nouvel accord permettrait au gouvernement de créer un nouveau partenariat avec l'ex-chef de l'opposition et Premier ministre désigné pour résoudre les problèmes qui ont divisé les Kenyans. "Cet accord est le début d'un processus. Les parties doivent s'assurer qu'il soit appliqué au plus vite, ceci les concerne toutes. Il faut la volonté de toute la classe politique", a indiqué le président Kikwete.

"Je les conjure d'user de toute leur volonté politique pour l'appliquer. Cet accord est le résultat d'un échange. Certains auraient souhaité avoir plus, mais ce qui a été obtenu était le mieux étant donné les circonstances", a plaidé le président de l'UA.

La crise post-électorale kenyane a fait un millier de morts, principalement lors des affrontements inter-ethniques provoqués par des fraudes flagrantes à l'élection présidentielle.

M. Odinga a déclaré à ses partisans que même si la victoire leur était volée, il était temps de soigner les plaies de la nation et de se diriger vers la reconstruction nationale.

"Je ne pense pas que quiconque a obtenu le meilleur. Il s'agissait d'un accord pour les Kenyans, tous y avaient droit. C'est pour nous un nouveau départ pour un retour à la normale", a déclaré Sospeter Mageto, un ancien ambassadeur du Kenya aux Etats-Unis.

Nairobi - 29/02/2008
 



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