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Le Rwanda face aux
élections
Les fissures dans le miroir
La deuxième semaine du mois de mars 2010, j’ai visité le Rwanda. Les
dernières années, je suis souvent passé dans ce pays que je fréquente
depuis 1997, surtout en transit vers Goma, Bukavu ou Bujumbura. Chaque
fois, j’en profitais pour rencontrer quelques contacts personnels ou
professionnels. Mais je n’étais pas resté plus de 24 heures depuis fin
2007.
Bien sûr, j’avais toujours suivi ce qui se passait au Rwanda, et je
m’étais investi sans cesse avec les collègues à EurAc pour fournir une
information avec le leitmotiv de disponibiliser les éléments nécessaires
pour mieux comprendre les enjeux et objectiver le débat. Ce leitmotiv
est pertinent partout, mais il a une importance particulière au Rwanda.
Très souvent, le débat entre believers et non-believers ne dépasse pas
la discussion stérile entre sourds-muets.
Les dernières semaines avant mon arrivée, nous sentions qu’une grande
nervosité commençait à régner dans le pays. On s’attendait tous à une
fermeture de l’espace politique dans les mois avant les élections. La
diabolisation de Victoire Ingabire après son retour au pays pour mener
une campagne présidentielle comme candidate du parti d’opposition
FDU-Inkingi accélérait aussi l’agression contre les autres partis
d’opposition présents sur le terrain. Le 19 février, un vendredi soir,
trois grenades visaient différents endroits très fréquentés dans la
capitale, en pleine heure de pointe, faisant deux personnes mortes et
plusieurs blessées. Les médias rwandais en accusaient d’abord les FDLR
et puis Victoire Ingabire. Le jeudi 4 mars 2010 dans deux nouvelles
attaques à la grenade, presque simultanées, dans la capitale rwandaise
Kigali, seize autres personnes ont été blessées. Ces actes de violence
étaient suivis par des vagues d’accusations et d’arrestations.
Entre les deux attaques, le Général Faustin Kayumba Nyamwasa avait
quitté le pays pour l’Afrique du Sud. Après son départ, cet ancien chef
d’Etat-major de l’armée rwandaise était accusé par le régime d’être
derrière les grenades du 19 février et d’être associé à l’ancien chef
des renseignements extérieurs, le colonel Patrick Karegeya, qui se
trouve en Afrique du Sud depuis 2007.
Le samedi 6 mars, les autorités rwandaises ont annoncé l’arrestation au
Burundi d’un opposant, Déo Mushayidi, accusé par Kigali de faire partie
des commanditaires des récentes attaques à la grenade. Tout doucement,
les jeteurs de grenades commençaient à être plus nombreux que les
grenades elles-mêmes.
Vous comprenez que je ne savais pas très bien à quoi m’attendre. Pendant
que les journées passaient, j’avais des difficultés à comprendre
pourquoi au juste la situation me semblait fondamentalement différente
de toutes les autres fois que j’ai visité le pays. Je sentais une
crainte dans la population, mais elle existe depuis longtemps. Je
constatais une fermeture de l’espace politique qu’on avait vécue déjà
maintes fois. Je ne me souvenais pas de grenades dans le passé récent
(une petite recherche après mon retour m’apprend qu’il y en a eu en
avril et décembre 2008 et en avril et juillet 2009), mais au même temps
j’avais l’impression que les grenades étaient plus des symptômes que la
cause des événements. J’avais l’envie et le devoir d’intégrer tous ces
morceaux d’information dans une analyse solide.
Finalement, j’ai compris ce qui était réellement nouveau : j’observais
un régime qui ne se bat pas tout d’abord contre ses adversaires. Il se
bat en premier lieu contre sa propre désintégration. Pendant dix ans,
nous avions spéculé sur les divergences au sein de l’inner circle du
pouvoir. Nous avons toujours senti des points de désaccord, mais
personne n’a pu m’aider à définir précisément les clivages. Aujourd’hui,
quand le régime se regarde dans le miroir, il voit les fissures qui
troublent l’image intacte et sereine qu’il veut présenter à l’opinion
publique, aussi bien rwandaise qu’internationale. Le régime se voit
confronté à sa propre fragilité, il est nerveux et il réagit hors
proportions.
Vous lirez dans les pages suivantes mes constats, mes impressions et mon
analyse. Ce n’est pas une position officielle d’EurAc, mais le résultat
des réflexions d’une seule personne, et qui n’engage qu’elle. Une
personne qui, comme d’habitude, revient de mission avec plus de
questions que de réponses.
1) Débat contradictoire dans un espace politique verrouillé ?
Le Rwanda n’est pas habitué à un débat politique contradictoire. Au
courant des années, le parti au pouvoir depuis 1994, le Front
Patriotique Rwandais, a établi un contrôle sur la vie publique (y
compris sur les organes politiques et judiciaires) selon la logique de
parti unique, malgré l’existence d’une série d’autres partis politiques
satellites qui jouent un rôle en marge du pouvoir grâce à leur loyauté
fondamentale à celui-ci.
Le cycle électoral (2001 – 2003) qui a clôturé la transition a été
organisé sans débat contradictoire : le seul parti d’opposition,
l’Alliance pour la Démocratie, l’Equité et le Progrès (ADEP-Mizero) n’a
jamais obtenu son agrément, et les candidats indépendants principaux
pour les élections présidentielles ont été disqualifiés à la veille du
scrutin. Le Président Kagame a gagné ses élections avec un résultat
staliniste de 95% après une campagne accompagnée de disparitions,
d’arrestations et d’intimidation des candidats, de l’électorat et des
observateurs. Aussi bien dans les élections législatives que
présidentielles en 2003, la mission d’observation de l’Union européenne
a constaté des irrégularités et des fraudes importantes. Les mêmes
constats ont été faits par la mission d’observation de l’UE aux
élections législatives de septembre 2008. Même si le langage dans le
rapport et dans les déclarations lors de sa publication était très
diplomatique et cherchait à ne pas affronter le régime rwandais,
plusieurs participants à cette mission ont fait part des irrégularités
dans le vote, dans le traitement des urnes et dans le comptage.
Aujourd’hui, nous sommes à quatre mois et demi des
élections présidentielles du 9 août 2010. Le parti au pouvoir les prend
très au sérieux et s’y prépare en mettant en route sa machinerie du
niveau local au niveau national, et en utilisant tous les moyens
disponibles, y compris son monopole sur les médias. Entre-temps,
d’autres formations politiques s’y préparent aussi. Ils essayent
d’obtenir leurs enregistrements comme partis politiques et ils réclament
l’espace pour se faire connaître et entendre par l’électorat. Les
principaux partis d’opposition sont :
- le Parti Social Imberakuri, (PSI) présidé par Bernard Ntaganda et créé par
des ex-membres du Parti Social Démocrate (PSD) qui l’avaient quitté par
frustration que le PSD restait dans le giron du FPR.
- Le Green Democratic Party, (GDP) avec un leadership qui vient
principalement du milieu anglophone. Le parti est considéré par beaucoup de gens
comme une émanation du mécontentement au sein du FPR. Le président s’appelle
Frank Habineza et le Secrétaire-général, Charles Kabanda, co-fondateur du FPR
dans les années ’80 en Ouganda.
- Les Forces Démocratiques Unifiées (FDU-Inkingi), dont la présidente
Victoire Ingabire est rentrée à la mi janvier 2010 pour poser sa candidature
pour la présidence, après une absence de 17 ans.
Ces partis ne sont pas considérés par le régime comme
un enrichissement à la vie politique rwandaise, tel qu’il le souhaite.
En 2009, le Parti Social Imberakuri a essayé d’organiser quatre congrès.
Trois en ont été empêchés par le régime pour des raisons de procédures,
mais un congrès a été tenu en juin. Le PS Imberakuri a été reconnu comme
parti en juillet 2009. Pendant toute cette période, leur président
Bernard Ntaganda s’est exprimé dans des termes très sévères contre le
régime sur une série de thèmes sociaux, politiques et judiciaires qui
préoccupent la population. Le fait que le régime apparemment laissait
parler Ntaganda aussi ouvertement était pour beaucoup de Rwandais une
indication qu’il y pourrait y avoir réellement un changement positif et
une nouvelle ouverture politique.
Finalement, l’offensive contre Bernard Ntaganda a été lancée de
l’intérieur de son parti même. Le secrétaire-général du PSI, Noel
Hakizimfura, a accusé son président de divisionisme et de l’idéologie
génocidaire.En fevrier 2010, Hakizimfura et un autre membre du parti ont
été licenciés du parti pour avoir accepté de l’argent du FPR pour
déstabiliser le PS-I. Le mardi soir 16 mars 2010, des membres dirigeants
du PS-Imberakuri ont été amené aux Head Quarters du FPR où ils ont reçu
l’ordre d’organisé une convention du parti pour le lendemain 17 mars,
afin de destituer Ntaganda de ses fonctions. La convention a été tenue,
et la vice-présidente, Christine Mukabunani a fait une déclaration dans
laquelle elle a affirmé que Bernard Ntaganda n’est plus président du
parti. Depuis lors, le cadre institutionnel du PSI est très flou.
De son côté, Victoire Ingabire a longtemps préparé sa candidature pour
la présidence rwandaise à partir de la Hollande, où elle habitait depuis
17 ans. Ingabire est arrivée au Rwanda le samedi 16 janvier: “Je suis
prête à briguer ma candidature pour la magistrature suprême et la
victoire est certaine", a déclaré Mme Victoire Ingabire à peine
descendue sur le tarmac de l'aéroport international de Kigali. Sa
candidature et son style direct ont tout suite suscité des tensions au
sein du régime qui a répondu par une agression verbale immédiate, y
compris dans les médias. Mme Ingabire s’est rendue presque immédiatement
au Mémorial de Gisozi pour y déposer une gerbe de fleurs. Dans son
discours, elle a dit entre autre : "Le chemin de la réconciliation est
encore long. Ce Mémorial ne rappelle que le génocide perpétré contre les
Tutsi mais reste muet sur d’autres crimes contre l’humanité ciblant des
membres d’ethnie Hutu ». Elle lançait ainsi une claire allusion aux
crimes commis en 1994 par des membres de l'ex-rébellion tutsi, le Front
patriotique rwandais (FPR), aujourd'hui au pouvoir. Les Hutu qui ont tué
les Tutsi doivent comprendre qu'ils doivent être punis. Il en va de même
des Tutsi qui ont tué les Hutu." Cette déclaration a déclenché la fureur
des victimes du génocide, des médias pro-gouvernementaux et des
autorités, qui l’ont accusé de propager le négationnisme.
Depuis le 10 février, Mme Ingabire a été régulièrement convoquée par la
police, pour des interrogatoires qui prennent beaucoup de temps,
l’empêchent d’entreprendre d’autres activités, et l’accusent de
diffusion de l’idéologie génocidaire, du divisionnisme et de contacts
avec les FDLR. Jusque maintenant, il n’y a pas de procédure juridique
formelle, mais le cadre légal a été créé pour en entamer une, par le
simple transfert du dossier de la police au parquet.
Entretemps, le FDU-Inkingi a essayé d’organiser son congrès constituant.
Personne ne l’a formellement défendu, mais le parti se trouve devant un
comportement kafkaïen de la part des autorités : la Commune veut bien
donner son autorisation pour le congrès, à condition que la police
confirme qu’elle sera sur place pour assurer la sécurité. La police
affirme aimablement qu’elle est prête à assurer la sécurité du congrès à
condition que la Commune donne son autorisation par écrit…
Le 12 mars, Mme Ingabire a reçu une lettre des autorités communales pour
lui interdire d’organiser des réunions politiques parce qu’elle est
poursuivie par les instances judiciaires: Les interrogatoires policiers
de février sont donc utilisés aujourd’hui pour l’empêcher d’exercer ses
droits politiques. Le même jour, le Ministre de l’administration
territoriale confirme dans des interviews avec des médias nationaux et
internationaux que les constituantes du FDU-INKINGi ne seront jamais
autorisées au Rwanda aussi longtemps que Mme Victoire Ingabire est
poursuivie par la police et que des enquêtes sur le lien entre son
organisation politique et le FDLR restent ouvertes Mme Ingabire a voulu
réagir à ces accusations dans une conférence de presse, mais tous les
hôtels qu’elle a contacté pour louer une salle ont été menacés et ont
donc refusé de louer. Certains ont annulé la réservation à la dernière
minute.
Le plus jeune parti d’opposition est le Green Democratic Party, lancé en
août 2009 à Kigali, avec l’objectif de créer une opposition réelle et
large autour d’une vision progressiste et écologiste. Lui aussi, il a
été bloqué plusieurs fois dans ses efforts d’organiser ses réunions.
Face à cette situation, les trois partis mentionnés ont mis en place une
structure commune (Conseil de Concertation Permanent des Partis de
l’Opposition) dans l’espoir que cette concertation leur permettra
d’élargir l’espace démocratique à travers des positions communes et un
plaidoyer conjoint national et international.
Mais tous ensemble ou chacun de son côté, ces formations sont très
fragiles devant un pouvoir qui n’a aucune envie d’avoir un débat
contradictoire réelle autour des élections, et qui verrouille l’espace
politique par :
- son monopole sur les médias, qui diabolisent de façon permanente les partis
d’opposition et leurs leaders
- une intimidation verbale et physique des partis
d’opposition, leurs leaders, les cadres et les militants
- la création d’un
cadre légal qui permet au régime d’entamer à très court terme une démarche
juridique contre laquelle l’opposition peut difficilement se défendre (puisque
les notions de diffusion de l’idéologie génocidaire et du divisionnisme sont
très larges et mal définis dans la loi. Ces termes s’appliquent à tous ceux qui
ont une lecture différente de la lecture officielle de l’histoire récente du
Rwanda. Ce cadre paralyse les leaders de l’opposition dans leurs activités
quotidiennes et est utilisé pour les empêcher d’exercer leurs droits politiques
-
une politique administrative qui vise à empêcher l’opposition de se faire
enregistrer, de s’implanter, d’organiser des réunions ou de se faire connaître
auprès du grand public. Ainsi, deux des partis que nous avons mentionnés
ci-dessus n’ont pas encore été enregistrés, alors que le troisième n’a pas le
droit d’organiser des activités à la base.
- par l’infiltration des partis de
l’opposition pour leur déstabiliser de l’intérieur.
Ces stratégies n’impliquent pas que le régime veut
absolument interdire l’opposition. Il aurait pu le faire. Peut-être
cherche-t-il tout d’abord à ralentir l’opposition, l’empêcher
d’atteindre la base avec un message différent du sien, éviter qu’elle
gagne de la crédibilité. Les leaders de l’opposition que j’ai rencontrés
craignent que le gouvernement ne les empêche de finaliser
l’enregistrement en mars. En effet, il est exclu que le dossier avancera
en avril, vu la lourdeur émotionnelle pour le pays entier pendant ce
mois, avec ses cérémonies et ses activités de commémoration du génocide.
Ceci veut dire que l’administration recommencera de travailler sur leurs
dossiers en mai Si les autorités utilisent les mêmes mécanismes de
ralentissement, il n’est pas exclu que l’opposition soit reconnue comme
partis politiques quelques semaines avant les élections. Dans ce cas,
elle ne pourra pas remplir les conditions légales de participation aux
élections ou participera sans aucune préparation normale à la campagne
et au scrutin et sans aucune chance d’avoir atteint l’électorat.
2) Faucons en fuite
Mercredi 3 mars, le Président Kagame a accusé deux officiers rwandais de
haut rang, de tenter de déstabiliser le Rwanda. Il s’agit de l'ex-patron
des renseignements extérieurs, le colonel Patrick Karegeya, réfugié en
Afrique du Sud depuis 2007 , et le général Faustin Kayumba Nyamwasa,
ancien chef d'état-major de l'armée rwandaise et ancien ambassadeur du
Rwanda en Inde, qui a fui également en Afrique du Sud fin février, selon
la justice rwandaise. "Personne, pas une seule personne, ni même
Kayumba, ne peut faire un coup d'Etat ici. Réfléchissez-y, vous en
viendrez à la conclusion que personne ne peut faire un coup d'Etat"
au Rwanda, a assuré le président Kagame. Dans les mêmes jours, le
procureur général Martin Ngoga, accusait le général Kayumba Nyamwasa
d’être le commanditaire des attaques à la grenade du 19 février. Pendant
longtemps, ces deux militaires issus de la diaspora anglophone
ougandaise ont été des personnalités-clés du régime.
Patrick Karegeya n’est pas seulement l’ex-chef des renseignements, il a
été aussi l’homme central dans le fonctionnement du Congo Desk, service
du Département de la sécurité extérieure, créé pour gérer l’exploitation
des richesses de l’est de la RDC, dont les recettes n’apparaissaient pas
dans les comptes officiels de l’État. Ce système a permis à l’armée et
aux dirigeants politiques de dissimuler des sommes d’argents énormes.
Dans tous les dossiers et les discussions depuis le retrait officiel de
l’armée rwandaise du Congo en septembre 2002, il a été très difficile de
faire une distinction précise entre le rôle de l’État rwandais et le
rôle des lobbies politiques et militaires rwandais en dehors de l’État
dans l’exploitation illicite des ressources congolaises et dans l’appui
aux groupes militaires comme le Congrès National de la Défense du Peuple
(CNDP). Dans la zone d’ombre entre États et lobbies rwandais, Patrick
Karegeya et le Congo Desk ont occupé une place centrale.
Faustin Kayumba Nyamwasa a grandi au sud de l’Ouganda, et il est devenu
une des personnes les plus puissantes dans l’armée rwandaise. Chef des
renseignements militaires pendant toute la guerre, il est perçu comme
l’homme fort après Kagame au moment de la victoire militaire de
l’ancienne rébellion Il a mené des campagnes militaires au nord-est du
pays dans les années après le génocide. En 2001, il a été remplacé à la
tête de l’armée par le général Emmanuel Habyarimana, lui-même remplacé
plus tard par James Kabarebe. Kayumba a été envoyé en formation au
Royaume Uni. En 2004, il a été nommé ambassadeur en Inde. Des insiders
de la politique rwandaise ont toujours cru que cette nomination (et même
son départ en Angleterre avant) était une mesure du Président Kagame
pour écarter Kayumba du centre des activités politico-militaires
rwandaises, parce qu’il commençait à avoir une assise propre dans le
noyau du pouvoir.
En novembre 2006, le juge français Jean-Louis Bruguière a émis un mandat
d'arrêt international contre Kayumba et huit autres hauts cadres
militaires proches de Kagame, dans le cadre de l'enquête sur l'attentat
contre l'avion du Président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994 – qui a
entraîné le déclenchement du génocide. En février 2008, le juge
d'instruction espagnol Fernando Andreu Merelles a émis quarante mandats
d'arrêt à l'encontre d'officiers supérieurs de l'armée rwandaise (dont
Kayumba) pour actes de génocide, crimes contre l'humanité, crimes de
guerre et terrorisme commis au Rwanda et en République démocratique du
Congo (RDC) entre le 1er octobre 1990 et 2002. La justice espagnole
avait été saisie, en 2000, par des proches de victimes espagnoles tuées
au Rwanda - religieux et humanitaires - et par des organisations
rwandaises en exil.
Dans une interview réalisée après son arrivée en Afrique du Sud, le
général Kayumba s’est exprimé sur la transformation du régime de Kagame
en dictature et sur son propre engagement pour un Rwanda démocratique.
Mais s’il y a une distinction à faire entre les faucons et les colombes
à l’intérieur du noyau du pouvoir de Kigali, ce n’est certainement pas
lui la colombe…
3) Déo Mushayidi
Le samedi 6 mars 2010, les autorités rwandaises ont annoncé
l’arrestation de l’opposant Déo Mushayidi. Mushayidi, qui vivait les
derniers mois en Tanzanie, avait été arrêté par des policiers tanzaniens
dans la ville de Bukoba. Le 4 mars, il a été conduit à la frontière
burundaise et transféré par la police burundaise à Bujumbura. Vendredi 5
mars, il a été extradé au Rwanda, malgré l’absence d’un mandat d’arrêt
international ou même d’une quelconque procédure judiciaire à son
encontre, et transféré au Bureau de la police de Kicukiro, à Kigali.
Né en 1961au Sud-est du Rwanda, Mushayidi était un rescapé du génocide.
Il quitte en 1995 son poste d’assistant du secrétaire-général du FPR, le
major Théogène Rudasingwa. Il se lance comme journaliste dans plusieurs
journaux (l’Ere de Liberté, Imboni,…) où il se met à dénoncer les
violations des droits humains et la corruption. En 1996, il est élu
président de l’Association des Journalistes du Rwanda (AJIR). Il devient
également secrétaire-exécutif du Centre de promotion de la liberté
d’expression et de la tolérance dans la région des Grands Lacs. En 2000,
persécuté et diffamé par les médias gouvernementaux, il demande et
obtient asile en Belgique.
Là, il s’engage dans une série de mouvements politiques, dont le courant
monarchiste, l’Alliance pour la démocratie et la réconciliation
nationale (ADRN Igihango) et le Partenariat Intwari, pour créer en 2008
le Pacte de défense du peuple PDP qu’il préside jusqu’aujourd’hui. Il
quitte la Belgique pour continuer ses activités politiques dans des pays
plus proche au territoire rwandais…
Après son arrestation, Déo Mushayidi est accusé d’être impliqué dans les
attaques aux grenades et de travailler avec Kayumba et Karegeya. Amnesty
International a organisé une action d’urgence en sa faveur.
4) Les fissures dans le miroir
Aujourd’hui, le premier souci du régime n’est pas l’opposition
classique. Quand vous avez un contrôle quasi-total sur les institutions
législatives, exécutives et judiciaires, quand la presse indépendante a
presque entièrement disparu, quand la partie de la société qui n’a pas
été explicitement récupérée par vous a atteint un raffinement
extraordinaire dans l’art noble de l’autocensure, quand vous incarnez
pour une partie importante de l’opinion publique nationale et
internationale la fin du génocide et le retour à la stabilité, vous
n’allez pas perdre les élections. Pas contre Victoire Ingabire, qui n’a
jamais eu une vie publique au Rwanda et qui n’est donc pas connue par
l’électorat rwandais. Pas contre Bernard Ntaganda non plus, qui a un
entourage institutionnel instable et facile à manipuler. Et pas par
Frank Habineza, même si il travaille avec des gens qui viennent de votre
milieu, y compris le premier président (et d’ailleurs un des premiers
dissidents) de votre pays. Ils ont un parti qui n’existait pas encore il
y a un an, et dont c’est incertain qu’il sera reconnu à temps pour
participer aux élections.
Le Democratic Green Party ne va pas battre le FPR dans les élections,
mais il rend le régime nerveux. Parce que, parmi beaucoup d’autres
signes, il montre la perte de la cohésion au sein de l’élite rwandaise,
l’inner circle du pouvoir. Ceci n’est pas nouveau, mais le départ de
Kayumba, l’arrestation de Mushayidi et l’émergence du Democratic Green
Party font preuve que les fissures que le gouvernement voit quand il se
regarde dans le miroir ne sont pas seulement visibles pour lui-même,
mais pour tout le monde.
Sous un baobab, rien ne pousse
Une partie de la problématique des tensions à l’intérieur du régime n’a
rien à voir avec le contexte spécifique du Rwanda. Après la mort de Fred
Rwigema, le deuxième jour de la lutte armée du FPR en octobre 1990, Paul
Kagame a pris le commandement de la rébellion, et il l’a gardé jusque
maintenant. Il était l’homme fort pendant la guerre et après la
victoire, même s’il se contentait, les premières années (1994 – 2000),
du rôle de Ministre de la Défense, laissant la tête des institutions de
l’État à Pasteur Bizimungu. Ceci n’empêchait pas que tout le monde, à
l’intérieur du Rwanda comme à l’extérieur, se rendait compte que c’était
lui, le vrai dirigeant du pays. Et il était fortement apprécié par
beaucoup d’acteurs dans la communauté internationale. Après la chute de
la génération Mobutu, Kagame incarnait pour certains un nouveau
leadership africain, avec une vision inspirante, un projet mobilisant et
suffisamment d’efficacité pour livrer des résultats palpables et sur
certains terrains même des résultats spectaculaires.
Mais, aujourd’hui, il est en train de suivre le même chemin que d’autres
chefs d’Etats africains (Museveni, Mugabe,…). Sa confiance en lui-même
se traduit en arrogance et quand on regarde de plus près
l’impressionnante liste de personnes-clé du FPR (hauts cadres
militaires, ministres, ambassadeurs,…) qui ont quitté le pays, on
comprend que son règne a développé une tendance autodestructrice en
sciant la branche sur laquelle il est assis. Comme Museveni, Mugabe et
tant d’autres, Kagame se transforme en Roi Soleil sans dauphin, en
baobab sous lequel rien ne puisse pousser.
Une partie du mécontentement au sein du parti et de sa communauté est
basée sur un fonds de frustrations des gens qui rayonnent autour du
pouvoir sans y avoir accès. Des gens qui pensaient que le FPR pourrait
être la locomotive qui les aiderait à sortir de la pauvreté. Même s’ils
voient certains gens avec qui ils ont grandi dans les camps de réfugiés
en Ouganda et qui sont maintenant milliardaires, ils voient aussi que
leur cercle reste fermé pour eux.
La problématique d’exclusion au sein du pouvoir est d’ailleurs en train
de développer une dimension de génération. La génération qui a pris les
armes, et a gagné la guerre, a pris en main la gestion du pays. Ils ont
investi beaucoup dans l’enseignement de leurs fils et filles, et ceux-ci
sont en train de rentrer au pays avec un bagage intellectuel et
technique qui dépasse celui de la génération de leurs pères. Eux aussi
vont vouloir participer à la gestion du pays au tout premier plan.
La justice internationale : l’épée de Damocles
Les procédures judiciaires entamées par les juges Jean-Louis Bruguière
en France et Fernando Andreu Merelles en Espagne ont fondamentalement
secoué le noyau du pouvoir rwandais. Le gouvernement rwandais peut
compter sur la loyauté de certains pays et institutions internationales,
et cette loyauté est basée au moins partiellement sur un sentiment de
culpabilité de la communauté internationale pour ne pas avoir pu éviter
le génocide (et, tout franchement, ne pas avoir trop essayé de
l’éviter).
Pour maintenir cette loyauté, il est très important que le régime
rwandais veille sur la lecture que le monde fasse de l’histoire récente
du pays. Depuis 1994, le pays est géré dans un climat psychologique sur
une logique de vainqueurs contre perdants, victimes contre bourreaux, où
par exemple tout un système a été mis en place par la juridiction gacaca
pour traiter les crimes génocidaires contre les Tutsi, pendant qu’il y a
un tabou énorme sur les crimes commis par le FPR depuis le début de la
guerre. Ce tabou réduit l’effet positif que gacaca aurait pu avoir : au
lieu d’être un mécanisme qui aide un pays à assumer son passé
traumatisant, gacaca est devenu une stratégie pour consolider le schéma
de vainqueurs-victimes contre perdants-coupables.
Bien sûr, les démarches de Brugière et d’Andreu sont fort embêtantes.
Elles perturbent le schéma, elles troublent l’image. Et elles créent des
inquiétudes dans le milieu des gens concernés. Même s’il est très
improbable aujourd’hui que des dirigeants actuels du Rwanda soient jugés
en France ou en Espagne, peut-être le schéma n’est pas tenable à moyen
terme. Il n’est pas exclu, même si ce n’est pas demain, que la question
deviendra : « qu’est-ce que nous allons admettre ? Qui allons-nous
sacrifier ? ». Et cette question ne contribue pas beaucoup à la
cohésion. Le futur immédiat de Kayumba est une préoccupation majeure du
régime. Qu’est-ce qu’il va dire et devant quel forum ? Qu’arrivera-t-il
s’il est extradé en Espagne ? De là la pression sur le gouvernement
sud-africain pour le renvoyer au Rwanda.
L’implication du Rwanda au Congo
Depuis 1996, le Congo prend beaucoup de place dans la politique
étrangère du Rwanda. Et à plusieurs moments, ce qui se passe au Congo a
pesé sur la cohésion du régime rwandais comme pomme de discorde. Par
exemple lors des confrontations avec l’armée ougandaise (en 2000 et
2002), Kayumba s’opposait à cette confrontation.
Un exemple très récent est l’arrestation de Laurent Nkunda au début de
l’opération conjointe Umoja Wetu. L’opération était menée par John Numbi
(pour le Congo) et par James Kabarebe (pour le Rwanda) et un des
premiers actes de l’opération était l’arrestation de Laurent Nkunda qui
faisait partie d’une stratégie de son remplacement par Bosco Ntaganda à
la tête du CNDP. Cette arrestation a causé beaucoup d’animosité au
Rwanda, non seulement dans le milieu et dans les camps des réfugiés
congolais rwandophones au Rwanda, mais aussi dans l’armée. Après tout,
Nkunda a servi dans le FPR et des éléments du FPR ont servi dans l’armée
de Nkunda. Ces collaborations ont créé des liens et des affinités forts.
Une grande partie de l’importance du Congo pour le Rwanda se trouve bien
sûr dans le passage du trafic illégal des ressources du Congo par le
Rwanda. Ce trafic se passait en dehors du contrôle de l’Etat congolais
(en toute évidence), mais pour une bonne partie aussi en dehors du
contrôle de l’Etat rwandais, même s’il servait les intérêts des
personnes-clés dans le paysage politico-militaire du Rwanda. Ces
intérêts affairistes peuvent être divergents et ne contribuent pas
toujours à la cohésion du pouvoir non plus. C’est partiellement en
fonction de ceci qu’on doit comprendre la nervosité autour de
l’obligation actuelle des dirigeants rwandais de présenter de façon
transparente leurs possessions et leurs revenus.
Directement lié à l’implication rwandaise au Congo est la problématique
des militaires démobilisés. Maintenant qu’une présence directe au Congo
n’est plus une option, le Rwanda se voit confronté à une armée trop
volumineuse. Une partie du surplus en soldats peut être déployée dans le
cadre de l’UA, mais il y a bien sûr des limites à cela. Le reste doit
être démobilisé, et beaucoup de ces ex-soldats se sentent
fondamentalement abandonnés par le régime qu’ils ont défendu, souvent
dans des circonstances très difficiles.
La fissure linguistique
Nous connaissons tous la tension linguistique : le FPR a introduit
l’anglais au Rwanda puisque la rébellion était menée par des gens qui
avaient grandi en Ouganda. Le fait qu’ils ont pris le pouvoir a donné à
l’Anglais une place beaucoup plus importante dans la vie publique du
pays qu’on pourrait croire sur base du nombre de gens qui le parlaient.
Au cours des années, on a vu la balance graduellement pencher en faveur
de l’Anglais, ce qui allait de pair avec un sentiment de discrimination
dans certains milieux francophones.
Le moment décisif a été la reconnaissance de l’Anglais fin 2008 comme
langue officielle pour l’enseignement. Pour certains, c’était une
décision visionnaire qui désenclave le pays en partant des réalités
régionales, continentales et mondiales. Pour d’autres, c’était une
décision qui boucle l’ambition d’un régime minoritaire de monopoliser la
communication et la vie intellectuelle du pays, de mettre la main sur la
jeunesse, de réécrire l’histoire et, finalement, de prendre possession
de la mémoire collective.
Mais indépendamment de l’angle d’où on regarde cette problématique,
c’est clair que cette décision a renforcé des gens et marginalisé
d’autres. Elle contribue au clivage qui existait déjà entre le milieu
issu de l’Ouganda qui fournit le noyau du régime, et les autres, ou les
rescapés du génocide se trouvent dans une situation qui est plus
inconfortable encore que celles des gens qui sont revenus du Burundi ou
du Congo en 1994.
La structure clanique du pouvoir
Beaucoup de gens voient dans la structure clanique autour de la famille
royale rwandaise, même si celle-ci ne règne plus depuis un demi-siècle,
que le mouvement monarchiste autour du Roi Kigeli V (actuellement aux
Etats-Unis) continue à jouer un rôle politique et a l’ambition de
participer dans la gestion du pays. Certains analystes rwandais
soulignent que les clans autour de la dynastie fournissent une partie
importante de l’identité de plusieurs personnes sur la scène politique
actuelle. Ainsi, la tension ancestrale entre les Banyiginya et les Bega
serait une des fissures qui nous permet de mieux comprendre ce qui se
passe à l’intérieur du pouvoir : Kagame est Mwega, tandis que Kayumba,
Karegeya, Nyetera, Kazura, Sebarenzi et tant d’autres appartiennent aux
Banyiginya.
Je ne maîtrise cette matière pas suffisamment bien pour comprendre dans
quelle mesure le schéma clanique joue un rôle réelle dans la situation
actuelle, mais je voulais au moins le mentionner.
5) Conclusion : plus de questions que de réponses
Vit-on une crise du régime rwandais ? C’est bien possible. Vu les
réactions exagérées des autorités face aux situations nouvelles sur le
terrain, nous avons l’impression que le régime le croit lui-même, même
si les autorités répètent incessamment dans des déclarations qu’elles
ont tout sous contrôle. Va-t-on vers une fin de règne du FPR ? Je
rencontre beaucoup de gens qui l’espèrent, mais ça reste à voir. Même si
je crois que le gouvernement rwandais n’est pas en train de résoudre les
problèmes du pays vers une solution durable, il semble clair que le
système de contrôle qu’il a établi, basé sur une culture du silence et
une tradition d’obéissance à l’autorité reste solide. Sommes-nous devant
une nouvelle implosion du pays ? Prions que non. Il es très difficile
d’imaginer ce que le Rwanda et les Rwandais ont à gagner là-dedans, et
cette implosion aurait des conséquences graves pour toute la région.
Pour le processus de paix précieux mais fragile au Burundi par exemple.
Ou pour la population à l’Est du Congo, qui a assisté à beaucoup de
changements depuis l’opération Umoja Wetu, sans que cela ait créé des
perspectives pour une paix durable.
Ce qui est sûr est que ça ne va pas bien. Les gens ne font pas référence
au climat préélectoral de 2003. Les gens comparent la situation actuelle
à celle de 1993. Les grenades ont fait peur. La question: « Qui les a
jetées? » reste sans réponse. Victoire Ingabire et les présidents des
autres partis d’opposition souhaitent un processus électoral réellement
libre et transparent. Pour eux, le climat actuel est contre-productif.
Kayumba ? Il y a beaucoup de précédents dans l’histoire de l’Afrique
postcoloniale où des généraux ont tenté de prendre le pouvoir, mais je
ne me souviens pas de cas où ils auraient commencé leur conquête en
lançant des grenades à un arrêt de bus. Les FDLR ? Je reviens de l’Est
du Congo. J’avais une forte impression que les FDL avaient d’autres
préoccupations. Déo Mushayidi ? Des démobilisés frustrés ? Des gens qui
se fâchaient parce qu’ils trouvaient que Sarkozy ne devait pas aller
chercher l’absolution, comme quelqu’un me l’a suggéré ? Pas très
probable. Mais il n’y a pas d’explications probables. Parmi les
explications les moins improbables, il y a la conviction de beaucoup de
gens que le régime lui-même a organisé ses attentats pour créer un
climat qui lui permette d’arrêter et d’intimider ses citoyens. J’ai
rencontré beaucoup de gens qui avaient peur, d’autres qui avaient
tellement peur que je n’ai pas vu parce qu’ils n’osaient pas me
rencontrer.
La situation préélectorale reste volatile. Il est difficile de prévoir
ce que le Rwanda sera durant et après les élections, si l’opposition
reste muselée, harcelée ou anéantie. Il est important que le régime
rwandais reçoive des signaux de la communauté internationale qu’il faut
arrêter cette intimidation. A l’heure actuelle, cette communauté donne
l’impression de ne pas s’inquiéter du tout. Elle semble croire que les
tensions préélectorales étaient prévisibles, que la situation est sous
contrôle, que la nervosité augmentera peut-être encore un peu d’ici les
élections, mais que finalement Kagame les gagnera avec une majorité
confortable et même écrasante. Après, cette même communauté suivra son
business as usual.
C’est un peu pauvre comme analyse, c’est une sous-estimation du
potentiel déstabilisateur de la situation actuelle et on rend un très
mauvais service à la démocratisation du Rwanda à moyen et à long terme.
En ce qui nous concerne, nous devons recommander à la communauté
internationale de faire pression sur le régime pour qu’il prenne des
mesures en faveur de la stabilité politique au Rwanda et de la tenue des
élections réellement libres et transparentes. Ces pressions consistent
notamment à :
- pousser le régime à ne pas boycotter l’enregistrement des partis
d’opposition, à ne pas les empêcher de travailler à la base ou de les
démanteler;
- arrêter les harcèlements politiques et policiers contre les
leaders et les membres de l’opposition ;
- demander au gouvernement de ne pas
utiliser les médias publics pour la diabolisation de ses opposants ;
- exiger
la publication de la nouvelle loi électorale ainsi que la constitution d’une
commission électorale indépendante;
- déployer sans délai une mission
internationale d’observateurs électoraux.
Au delà de l’enjeu électoral immédiat, il est très
important que le FPR renverse la dynamique de fermeture et d’exclusion
et s’investisse dans une solution durable des différents antagonismes,
mais ceci tombe en dehors des Termes de Références de ma mission de
mars. EurAc y reviendra dans un prochain document.
Kris BERWOUTS
Directeur EurAc
21 mars 2010
Pour plus d’informations :
Kris Berwouts
Rue des Tanneurs, 165 B - 1000 Bruxelles, Belgique
Tel: +32 (0)2 213 04 00
@: kris.berwouts@EurAc-network.org
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