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Discours prononcés lors de la visite de S.E.M. Joseph KABILA, Président de la République Démocratique du Congo au Sénat

 

Discours prononcé par Monsieur Armand DE DECKER, Président du Sénat
Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo,
Monsieur le Vice-Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Président du Conseil de la Communauté germanophone,
Messieurs les Ministres Présidents,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs les Ministres d’Etat,
Chers Collègues,
Mesdames, Messieurs,

La vie des hommes, l’histoire des peuples offrent des moments qui, par leur force symbolique deviennent exceptionnels.

Ils sont alors empreints d’une grande émotion car ils évoquent chez chacun des souvenirs personnels ou des souvenirs collectifs faits de sourires et de larmes, de bonheurs et de déceptions. Ils sont généralement porteurs de grands espoirs, car la nature humaine est ainsi faite.

La présence du Président de la République démocratique du Congo au Parlement belge appartient incontestablement à cette catégorie d’évènements qui comptera dans l’histoire du Sénat et de la Belgique.

Il est exceptionnel qu’un Chef d’Etat étranger vienne s’exprimer devant le Parlement belge. Vous serez, Monsieur le Président, le Premier Chef d’Etat africain à prendre la parole dans cet hémicycle.

Si lors de l’audience que vous m’avez accordée, en décembre dernier, à Kinshasa, je vous ai lancé l’invitation de vous adresser aux élus belges à la tribune du Sénat, à l’occasion de votre visite officielle en Belgique, c’est avant tout parce que les relations historiques qui unissent le Congo et la Belgique connaissent, depuis ces toutes dernières années, un regain de vigueur. Que l’amitié qui lie nos deux peuples connaît un renouveau significatif, empreint de sincérité et d’espoir.

Dans l’éloge de l’amitié, Tahar Ben Jelloum écrit « le temps est le meilleur bâtisseur d’amitié. Il est aussi son témoin et sa conscience. Les chemins se séparent, puis se croisent ». Nos chemins se sont séparés un temps, ils se croisent à nouveau donnant à notre amitié une densité nouvelle, mûrie par les épreuves.

Monsieur le Président,

Je puis vous assurer que la Belgique est très consciente des responsabilités qu’elle a portées dans le passé, dans votre pays et dans votre région d’Afrique Centrale. Elle est consciente aussi de ce qu’elle y a apporté.

Traumatisée par la décolonisation et par le souvenir de la colonisation et découragée par une mauvaise gestion endémique des régimes congolais successifs, la classe politique belge s’était beaucoup trop désintéressée du sort de votre pays. Aujourd’hui, chacun réalise que la souffrance du peuple congolais, exacerbée par cinq années de guerre, a atteint un niveau moralement inacceptable. Nous mesurons aussi que la Belgique et l’Union Européenne ne peuvent continuer à se développer, laissant l’Afrique Centrale à la dérive.

C’est pourquoi la Belgique, sous l’impulsion de son Ministre des Affaires Etrangères, Louis Michel, a dès 1999 développé une politique extrêmement active à l’égard de l’Afrique Centrale, de sa pacification, de sa réconciliation et ainsi de son retour à des conditions permettant son développement. Il a également, avec le soutien du Parlement, multiplié ses efforts pour placer le Congo à l’agenda des grandes organisations européennes et internationales. Tous ici présents, nous pensons que c’est ensemble, dans le respect mutuel, que nous devons travailler à la reconstruction de votre pays, le Congo. Nous pensons aussi que cette reconstruction ne pourra se produire que si elle s’appuie sur des institutions légitimes, stables et démocratiques qui associent toutes les forces vives de votre pays, sans exception, à son redressement.

Monsieur le Président,

Vous vous êtes engagé à relever le défi immense de réunifier, de reconstruire votre pays et de le mener vers la démocratie. Vous représentez une source immense d’espérance pour vos concitoyens qui attendent des changements tangibles dans leur vie quotidienne et pour la communauté internationale qui elle aussi attend ces changements pour pouvoir enclencher, au profit de votre pays et de votre peuple, des formes de coopérations nouvelles fondées sur le partenariat et sur le respect mutuel.

Vous avez déjà franchi plusieurs étapes et nous nous félicitons de voir réunis au sein du parlement et du gouvernement de transition des hommes, et quelques femmes, issus de courants politiques différents qui, hier encore, s’affrontaient par les armes et la désolation. Conscient du fait que le soutien de la communauté internationale pourrait s’affaiblir si le Congo ne respectait pas le calendrier de la transition prévue par l’accord de Pretoria, vous n’avez pas hésité à rappeler aux divers acteurs de cette transition qu’ils étaient en retard et qu’il leur fallait accélérer le rythme des réformes.

Monsieur le Président,

Vous m’avez dit à plusieurs reprises : « L’important c’est la future république congolaise. Quel qu’en soit le Chef. ». Vous avez rappelé, encore ces derniers jours, que les élections congolaises devaient se tenir dans les délais que les Congolais s’étaient eux-mêmes fixés à Pretoria, c’est à dire avant la fin de 2005.

Ces déclarations attestent combien vous êtes guidé par l’intérêt général et supérieur de votre pays. Nous savons que votre tâche est difficile et saluons dès lors votre détermination. C’est pourquoi tant le gouvernement que le Parlement belge, nous voulons vous offrir notre aide et notre expertise. J’ai offert au Sénat Congolais et à son Président, Monseigneur Marino BODHO, de l’aider, techniquement, dans la responsabilité qui est la sienne de rédiger l’avant-projet de la nouvelle constitution congolaise qui sera ensuite soumise au vote de l’Assemblée Nationale, puis à un referendum.

La Chambre des Représentants, dont le Président et la Commission des Affaires Etrangères ont rendu visite récemment aux autorités de la transition, est elle aussi disposée à offrir son appui au processus de démocratisation. Vous le voyez, Monsieur le Président, la Belgique est consciente de la tâche énorme qui attend les Congolais. Après cinq années de guerre et probablement trois millions de morts, la reconstruction de votre pays nécessitera, de la part des congolais, beaucoup d’efforts et de détermination.

La Belgique avec ses forces armées, l’organisation des Nations-Unies avec la MONUC vous aident à rétablir les fonctions régaliennes de l’Etat afin d’assurer l’intégrité du territoire congolais et la sécurité indispensable à son développement. Les Communautés, les Régions et les Villes de Belgique sont elles aussi, par des partenariats et des jumelages, disposées à multiplier les projets dans les domaines essentiels de la santé, de l’éducation, de l’agriculture ou de l’administration publique.

Monsieur le Président,

A l’occasion de son allocution de Noël, notre souverain, le Roi Albert II, a tenu à rappeler l’attachement de la Belgique à l’Afrique Centrale et l’importance qu’elle accorde au retour de la paix dans cette région, se réjouissant des progrès réels déjà réalisés dans votre pays.

Il y a quelques jours encore, notre Premier Ministre, Monsieur Guy Verhofstadt, soulignait lors de la réception du nouvel an des autorités du pays l’obligation morale et historique de solidarité qui nous incombe à l’égard de l’Afrique Centrale. Si la Belgique est à vos côtés, Monsieur le Président, c’est aussi parce qu’elle a perçu que, sous votre présidence, les conditions étaient réunies pour une réussite de la transition et l’avènement d’un Congo nouveau, qui fort et fier comme son fleuve majestueux, dans le respect de son peuple et de sa culture traditionnelle, s’inscrirait, le plus harmonieusement possible, dans le monde de demain.

Je vous prie de bien vouloir prendre la parole.


Discours prononcé par S.E.M. Joseph KABILA, Président de la République Démocratique du Congo

Monsieur le Président du Sénat,
Honorables Sénateurs,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d’abord de remercier Monsieur Armand De Decker, Président du Sénat, pour nous avoir invité à évoquer, brièvement, devant vous, la situation de la République Démocratique du Congo.

C’est pour nous un insigne honneur de nous adresser à votre auguste Assemblée. En effet, pour la première fois dans l’histoire du Royaume de Belgique, le Sénat a daigné accorder, à un Chef d’Etat congolais, un moment d’écoute. Ce privilège exceptionnel est à la mesure de l’amitié et de la considération que la Belgique attache à mon pays. Je ne peux donc pas prendre la parole sans vous exprimer, solennellement, les remerciements du Peuple congolais et de son Gouvernement pour ce geste touchant. L’histoire de la République Démocratique du Congo, c’est aussi celle des Belges, Missionnaires, Fonctionnaires et Entrepreneurs qui crurent au rêve du Roi Léopold II de bâtir, au centre de l’Afrique, un Etat. Nous voulons, à cet instant précis, rendre hommage à la mémoire de tous ces pionniers.

Honorables Sénateurs,

A chaque génération le devoir d’assumer ses erreurs. Le passé, même s’il peut, en quelque sorte, influer sur l’avenir, il ne le détermine cependant pas. Il appartient aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui de poser des gestes qui démontrent qu’il suffit d’un rien pour que les portes s’ouvrent, les plaies se cicatrisent, l’humanité avance d’un pas décisif et l’histoire enregistre une page mémorable. Je ne voudrais ni évoquer l’époque d’avant l’indépendance, ni les circonstances de l’indépendance, encore moins la longue dictature qui aura été une nuit sombre pour mon pays; j’aimerais plutôt parler de l’avenir, de mon engagement personnel et celui du Gouvernement de transition à préserver la paix, l’unité nationale et l’intégrité du territoire, pour que s’organisent, dans le délai imparti par la Constitution, les élections libres et démocratiques.

Mais, comment ne pas rappeler que, affaiblie par une guerre d’agression inutilement dévastatrice, la République Démocratique du Congo avait besoin d’une paix durable pour relancer son économie et préserver les nombreuses vies humaines. Au moment où les hautes charges de l’Etat nous furent confiées, nous prîmes l’engagement de rétablir la paix, par la relance du Dialogue national, de normaliser la vie politique, de rétablir l’autorité de l’Etat et de libéraliser l’économie du pays.

C’est ainsi qu’au terme de longues négociations, destinées à réaliser les objectifs ci-haut cités, toutes les parties en conflit se mirent d’accord, sur insistance de la population congolaise et de la Communauté Internationale, en vue de constituer un gouvernement atypique, comprenant un Président de la République, quatre Vice-Présidents, 61 Ministres et Vice-Ministres, 500 Députés et 120 Sénateurs. Nombreux étaient ceux qui n’accordaient aucune chance à cet attelage, pariant ainsi sur la mort certaine de la République Démocratique du Congo en tant qu’Etat. Heureusement pour nous, la longue et dure épreuve que venait de connaître la nation a permis de cimenter le sentiment national en privilégiant les valeurs unificatrices, par la mise en place d’un Gouvernement de Transition.

Période éphémère, la transition a pour objectifs principaux: la réunification, la pacification, la reconstruction du pays, la restauration de l’intégrité territoriale, le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, sans omettre la réconciliation nationale, la formation d’une armée nationale restructurée et intégrée, l’organisation des élections libres et transparentes et la mise en place des structures devant aboutir à un nouvel ordre politique.

Le grand défi qui reste à relever est celui de réaliser, dans le délai imparti, tous ces objectifs et, en même temps, remettre le Peuple au travail, car même si l’apport extérieur est nécessaire, le Peuple congolais sait qu’il doit s’investir profondément dans le travail pour changer sa condition actuelle. Dans cette perspective, nous avons donc besoin du soutien de tous les amis du Congo dont la Belgique pour que les efforts de démocratisation soient accompagnés d’une amélioration sensible sur le plan social et économique, car le Peuple n’attendra pas l’organisation des élections pour aspirer au bonheur.

Honorables Sénateurs,

Depuis 2001, nous avons entrepris l’assainissement du cadre macro-économique par des mesures courageuses qui nous ont permis de renouer avec les institutions financières internationales. Mais, tant que les promesses faites par les bailleurs ne connaîtront pas un début de concrétisation, il sera difficile d’expliquer, à la population, le sens des sacrifices consentis. Aussi, l’appui institutionnel nous paraît-il nécessaire pour l’établissement d’un Etat de droit.

De même, les réformes économiques amorcées depuis 2001 dont, notamment, la promulgation du nouveau Code des Investissements qui accorde une sécurité juridique plus accrue aux investisseurs ainsi qu’à leurs investissements, le Code Minier, le Code Forestier et les Tribunaux de Commerce, sont là les instruments qui traduisent, sans équivoque, notre option d’une économie libérale à visage humain. Comme la confiance est revenue, les entrepreneurs ont besoin d’un signal fort de la classe politique afin de prendre des risques en étant sûr qu’ils font un bon choix. Le moment est venu de les rassurer afin qu’ils sachent l’importance que le Congo attache à la propriété privée et à toutes les mesures prises pour assainir l’environnement économique.

D’autre part, on ne saurait véritablement instaurer un Etat de droit sans restaurer au préalable une justice indépendante qui intensifierait la lutte contre la corruption, la fraude fiscale, le clientélisme et toute forme d’impunité. La justice indépendante règlera également la plupart des litiges nés de la guerre et favorisera la réconciliation nationale, en jugeant les auteurs des crimes de guerre, des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité pour que le Congo ne soit pas une terre d’impunité.

Evidemment, il importe de parvenir à la réconciliation afin que le passé ne constitue un handicap pour l’avenir, mais, s’il faut tout pardonner, le sentiment d’injustice peut compromettre l’unité nationale que nous devons sauvegarder à tout prix. C’est pourquoi la justice doit jouer pleinement son rôle.

Honorable Sénateurs,

Le rétablissement de la paix en République Démocratique du Congo passe aussi par la normalisation des relations avec les pays voisins. C’est pourquoi, la Conférence Internationale sur la paix, la sécurité et le développement des pays de la région des Grands Lacs et d’Afrique centrale augure des jours meilleurs pour les peuples et les Etats concernés.

Les attentes des Congolais, s’agissant de cette conférence, sont connues. Il importe en premier lieu de rechercher les raisons profondes du mal afin que les uns et les autres reconnaissent leur tort et réparent les préjudices causés. En second lieu, il est question de rétablir la sécurité réciproque par le respect du principe de l’intangibilité des frontières. De la sorte, les relations de bon voisinage, basées sur le respect mutuel et la dignité, ouvriront une ère nouvelle de paix et de concorde dans la Sous-Région. C’est à mon sens, l’unique manière de regarder autrement le passé pour bâtir, ensemble, une nouvelle Afrique Centrale capable d’offrir l’accès aux soins de santé à la population, l’éducation et le travail à la jeunesse et la sécurité à tous.

Monsieur le Président,

Honorables Sénateurs,

J’ai décrit, brièvement, la situation de la République Démocratique du Congo ainsi que les perspectives d’avenir. Je serai incomplet si je ne mentionne pas, dans le registre des défis à relever, outre les infrastructures de base qui conditionnent la reconstruction du pays, également toutes les opérations préalables aux élections: le recensement, l’identification des nationaux, l’émission de la carte d’identité et l’enregistrement des électeurs.

Pour soutenir cet effort, l’appui technique et financier de la Communauté internationale pourrait permettre de rattraper le retard enregistré eu égard aux échéances à venir. J’ai insisté sur le rétablissement de l’autorité de l’Etat en vue de mieux sécuriser les personnes et leurs biens. C’est une opération de longue haleine qui est conditionnée par l’accélération de la mise en place d’une armée nationale restructurée et intégrée. L’Etat congolais veillera, de manière particulière, à la condition sociale de toutes les forces de l’ordre.

Dans le même ordre d’idées, le Gouvernement de transition adresse ses remerciements à la Belgique pour l’assistance apportée dans la formation de la Brigade qui devra sécuriser l’Ituri. J’ai parlé des efforts entrepris, pour assainir l’environnement économique par des lois incitatives en vue de rendre le pays compétitif et poser les bases d’un décollage économique. J’ai défini les contours de nouvelles relations à bâtir dans la Sous-Région des Grands Lacs, afin que l’intégration économique procure la paix et le bonheur à la population.

Je me suis étendu sur les rapports d’un type nouveau entre Belges et Congolais, pour que les humeurs des gouvernants ne servent plus de trame, mais plutôt l’intérêt de deux peuples. C’est ce que j’appelle le partenariat positif. J’ai exprimé les attentes du peuple congolais afin que le processus de démocratisation que nous avons entrepris aboutisse de manière heureuse. J’ai apprécié le concours apporté par la Communauté Internationale, et particulièrement la Belgique, pour que la République Démocratique du Congo retrouve la paix et l’intégrité territoriale.

Monsieur le Président,

Honorable Sénateurs,

Comment ne pas vous remercier, non seulement pour l’attention soutenue que vous m’avez accordée, mais aussi et surtout pour l’espoir suscité que vous serez de véritables défenseurs de la cause de mon pays afin de bâtir un Etat de droit, protecteur de l’égalité dans la diversité. L’histoire de chaque peuple connaît toujours les hauts et les bas. Ce qui importe, c’est de savoir, à tout moment, quel est l’idéal commun à atteindre et de quelle manière procéder en préservant la cohésion sociale qui constitue le cœur de la nation.

Sans doute, dans sa marche vers le développement économique et social, le Congo a-t-il trébuché, mais le plus important, c’est de savoir se relever. Puisqu’il n’est plus possible de vivre en autarcie, aujourd’hui, la République Démocratique du Congo entend renaître pour imprimer une dynamique nouvelle à la région de l’Afrique centrale en vue de changer la perception négative que certains pessimistes ont encore de l’Afrique. Et cela, avec l’effort de tous les Congolais et l’appui des pays amis.

Tel est le sens de mon message que je considère comme un appel pathétique pour un plan de développement qui doit intégrer les richesses du passé et les incertitudes de l’avenir pour un Congo stable, hospitalier et solidaire du reste de l’humanité. Notre vision est celle d’un Congo plus beau qu’avant, oasis de paix, modèle de démocratie et moteur du développement économique et social en Afrique centrale sinon dans toute l’Afrique. C’est à cette œuvre exceptionnelle de reconstruction que j’invite la Belgique à participer activement. Car si le présent ne prépare pas l’avenir, demain ne portera pas les marques d’aujourd’hui.

Honorables Sénateurs,

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie.

 



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