Jouets chinois en Afrique
Qui garantit la sécurité des consommateurs ?
Le fabricant de jouets Mattel vient de battre le rappel de millions de
jouets au motif que ceux-ci présenteraient des risques sanitaires pour
les gamins. D'autres lots ont été retirés des circuits de la
distribution parce qu'un aimant présent dans le modèle est susceptible
de se détacher et d'être avalé par les enfants. L'information a créé une
certain émoi aux Etats-Unis et en Europe où la sécurité physique et
sanitaire des consommateurs est sacrée. Le retrait des jouets qui est
une mesure conservatoire a deux effets immédiats: une perte financière
énorme et une image de marque ternie. Et tous les regards se tournent
vers la Chine où toutes les multinationales occidentales ont délocalisé
une bonne partie de leur production. La main-d'oeuvre bon marché a fait
de la Chine et des pays de l'Asie du Sud-est un eldorado pour les
industries du Nord. Cet incident vient donc attirer l'attention des
pouvoirs publics occidentaux sur le contrôle qualité des produits mis à
la consommation. Et c'est l'image de la Chine qui s'en trouve écornée.
Une situation qui pourrait lui causer un préjudice énorme en termes de
nouvelles conquêtes de marchés de production.
Les déboires de Mattel ne sont pas près de finir, puisque les
associations de consommateurs se mêlent à la danse. Un procès en bonne
et due forme est en cours et ne manquera pas d'alimenter la chronique
des prochains jours. Ce branle-bas de combat pour assurer la sécurité
des consommateurs est presque anecdotique, vu d'Afrique.
Pourquoi autant de bruit pour des jouets que chacun est libre d'acheter
ou pas? Le coup financier du retrait aurait certainement déclenché le
bal du duo infernal corrupteur-corrompus toujours enclins à tirer parti
de ce genre de situation au détriment des intérêts publics. L'intérêt
général sous nos tropiques n'est pas souvent la chose la mieux partagée
chez nos dirigeants et certains de leurs complices dans les milieux
d'affaires.
Inquiétant tout cela. Malgré la rigueur des contrôles qualité et de
sécurité sanitaire des produits mis à la consommation des pays du Nord,
on a du mal à imaginer qu'on ait pu faire courir autant de risque à des
millions d'enfants. Et c'est cela qui fait peur à l'opinion publique en
Europe et aux Etats-Unis.
Dans nos contrées, les pouvoirs publics ne semblent pas assez
sensibilisés à cette question de la sécurité des consommateurs,
s'abritant derrière le manque de moyens et d'infrastructures techniques
de contrôle. Les populations consomment tant que les produits sont à
leur portée, sans que cela n'émeuve personne. Avec la mondialisation, le
marché africain est devenu la destination préférée des produits chinois.
Il y en a de toutes sortes. Des jouets aux pagnes en passant par les
produits électroménagers et les médicaments.
Personne aujourd'hui ne peut attester de la qualité des produits chinois
qui inondent nos marchés et du mode d'emploi de ces produits écrits en
chinois, donc probablement douteux. Dans quelques années, il faudra
certainement s'attendre à payer la facture médicale de ce laisser-faire
qui traduit l'incapacité ou la mauvaise volonté des dirigeants africains
de veiller sur leurs populations. Les Occidentaux, une fois de plus,
montrent la voie à suivre. Puisse cet exemple servir de déclic pour que
l'Afrique revoie totalement ses modes de production et surtout de
consommation. Se cacher derrière le bas prix des produits chinois, leur
accessibilité au plus grand nombre ne peut prospérer que lorsqu'on est
assuré de leur qualité.
Les multinationales occidentales sont en train de payer le prix de cette
hérésie qui veut produire à des coûts toujours plus bas et dans des
conditions de travail peu conformes aux normes. La course aux gros
profits ne doit pas exempter les producteurs du respect des règles et
des procédures en matière de sécurité sanitaire et physique des
consommateurs. A la lumière de ce scandale, l'opinion publique découvre
que les multinationales ne sont pas aussi vertueuses qu'elles veulent le
montrer. Au Burkina, l'on sent une certaine volonté dans le domaine des
contrôles sanitaires à l'importation avec la création du Laboratoire
national de santé publique. A peine né, celui-ci se débat cependant pour
s'assurer une autonomie financière alors que le travail d'information et
de sensibilisation des importateurs n'a pas encore atteint tous les
résultats escomptés. En attendant que les pouvoirs publics africains
décident de mieux protéger leurs populations, les consommateurs, eux,
ont intérêt à consommer intelligent, à ne pas investir leurs maigres
ressources pour acheter ... des maladies.
"Le Pays"
© Les Editions Le Pays - 2005 |
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