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Les investisseurs immobiliers du monde entier aux portes du marché immobilier africain


Nous avons déjà pu constater que les besoins immobiliers à destination des bas et très bas niveaux de vie étaient loin d’être pourvus en Afrique subsaharienne. Pour autant, ces marchés sont dotés d’un très fort potentiel immobilier, restreint par des obstacles législatifs notamment. Mais gouvernements comme investisseurs semblent déterminés à profiter de l’émergence d’un marché immobilier commercial et locatif moyen / haut de gamme.

Un marché attractif pour des investisseurs venus du monde entier. 15 000. C’est le nombre de visiteurs reçus à Luanda pour la 5ème Foire internationale de Construction Civile en 2007. Salon de l’habitat au Mali (Sahaba 2007), Salon de l’immobilier africain à Paris (Siap), l’immobilier africain connaît un véritable engouement, et pas seulement auprès de sa diaspora. L’un des facteurs avancé est le boom immobilier qui perdure en Occident. Sur les dix dernières années, le prix du mètre carré y a connu une croissance annuelle à deux chiffres, faisant même mentir les économistes convaincus d’un éclatement prochain de la bulle immobilière.

En réaction aux difficultés de leurs marchés immobiliers respectifs, les investisseurs et promoteurs immobiliers tentent de trouver de nouveaux débouchés, de nouvelles alternatives d’investissement. Depuis peu, les investisseurs occidentaux, mais également venus d’Europe de l’Est et d’Asie s’intéressent au marché immobilier africain. Il faut dire qu’il garantit un retour sur investissement bien plus rapide. De plus les montants alloués au départ se révèlent moins élevés qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Or à mesure que les économies des pays africains ciblés s’amélioreront, les biens immobiliers devraient connaître une hausse en valeur. Les perspectives de croissance en Afrique subsaharienne laissent ainsi entrevoir des gains colossaux pour des investisseurs.

La montée en force des fonds immobilier. Devant un tel engouement, des fonds d’investissements immobilier spécialisés sur les marchés africains ont vu le jour. Ces entreprises, étrangères pour la plupart, utilisent les capitaux de leurs investisseurs pour acheter des biens ou gérer des projets immobiliers. Les investisseurs individuels se regroupent au sein des fonds, afin de réunir les sommes nécessaires à la constitution d’un portefeuille varié, et ainsi diversifier les risques. Fin 2007, le britannique Knight Frank lançait un fonds de 350 millions de dollars, Rutley Capital. Le fonds s’intéresse à une sélection de pays que sont l’Afrique du Sud, le Botswana, la RDC, le Malawi, l’Ile Maurice, le Mozambique, la Namibie, l’Ouganda, la Tanzanie et la Zambie.

L’entrée de Rutley Capital sur le marché a lancé le mouvement. Le fonds Actis Africa Real Estate, basé en Afrique du Sud, a investit quelques millions de dollars dans l’immobilier Ghanéen, Nigérien, Ougandais et Tanzanien. Soutenu par le gouvernement britannique au travers de la Commonwealth Developement Corporation, le fonds se concentre notamment sur les bureaux et locaux à usage commercial. Peu de temps après, Bora Capital lançait un placement privé spécialisé dans l’immobilier, d’un montant de 700 shillings Kenyans. Bora Capital, en collaboration avec l’entreprise Dry Associates, un courtier en action listé sur le Nairobi Stock Exchange, qui se veut le leader de l’investissement immobilier au Kenya. Ce type de placement privé se traduit par la vente d’actions à des investisseurs institutionnels, afin de lever des fonds pour un projet immobilier particulier : logements résidentiels moyen/ haut de gamme, parkings, bâtiments à usage commercial, bureaux, centres commerciaux. La notion d’investissement immobilier s’étend, on investit désormais dans des hôpitaux ou dans l’infrastructure, avec la participation de l’Etat.

L’Afrique du Sud est une pionnière en la matière. Entre 2001 et 2007, le nombre de fonds d’investissements immobilier est passé de 4 à 24 sur le Johannesburg Stock Exchange. Une étude de l’Association of Collective Investments montre que les montants alloués à de tels fonds sont passés de 1,3 milliards de Rand en 2001 à 15,6 milliards de Rand en 2006. La création de ces fonds confirme l’intérêt grandissant des investisseurs étrangers quant au potentiel dont regorge le secteur immobilier africain.

Financement difficile pour les investisseurs locaux.Pour les investisseurs locaux, la donne est différente. La mobilisation des ressources financières reste un véritable obstacle. Banques et établissements financiers sont peu enclins à céder des prêts immobiliers. Même si des efforts peuvent être constatés, un véritable fossé subsiste encore et la demande est loin d’être satisfaite. Fort de ce constat, certains gouvernements redoublent d’efforts pour combler les lacunes du secteur (secteur du financement immobilier). Au Ghana, le gouvernement, aidé par deux spécialistes étrangers [1], conduit depuis 2007 des réformes sur le système hypothécaire. Ensembles, ces entreprises aideront aux réformes réglementaires au Ghana ainsi qu’au développement d’un savoir-faire concernant le financement de l’habitation.

Broad Cove Partners Inc, entreprise américaine de conseils financiers, développe actuellement un système de financement immobilier de 30 millions de dollars sur le long terme. Il vise l’Afrique de l’Ouest tout particulièrement. En Afrique de l’Est, la Banque de développement (EADB) a quant à elle mit en place la première institution hypothécaire (l’EAHEC).Ce partenariat du public avec le privé devrait renforcer le développement des marchés hypothécaires en mobilisant les ressources nécessaires et en les allouant aux organismes spécialisés. Ceci passe par le financement des banques et autres institutions financières afin que ces dernières génèrent des prêts immobiliers.

Autre obstacle : l’enregistrement des titres de propriétés fonciers. Peu d’études sont disponibles en la matière. L’IIED [2] indique dans un rapport publié en Mars 2007 [3] que sur le continent, seuls 2% des titres de propriétés sont correctement enregistrés. Ceci représente un véritable frein dans le développement du marché immobilier dans la mesure où il est alors difficile pour un investisseur de déterminer la légalité de l’achat ou de la vente d’un bien. Dans l’optique d’un marché immobilier dynamique, la mise en place d’un enregistrement obligatoire des titres de propriétés s’impose. L’acquisition d’un titre de propriété en Zambie est très compliquée pour un nouvel entrant. En Guinée, l’enregistrement d’un titre de propriété demande 6 procédures et dure environ 100 jours, la moyenne dans la région mais 5 fois plus longtemps que dans l’OCDE [4]. Le Ghana a initié une réforme de son système d’enregistrement des titres fonciers autour de la capitale d’Accra pour commencer. Elle sera étendue à travers le pays. Mais comme on peut l’imaginer il s’agit d’un projet massif qui prendra de nombreuses années avant d’être achevé.

Retombées économiques pour le reste du pays. L’émergence d’un marché immobilier moyen / haut de gamme dynamique devrait contribuer activement à stimuler d’autres secteurs de l’économie. D’une manière directe, ce secteur stimule la croissance du secteur de la construction et des matériaux de construction. Indirectement, ce dynamisme stimule la création de zones industrielles, ce qui ne tarde pas à se refléter sur les emplois. Les projets en la matière ne manquent pas. A Cape Town, en Afrique du Sud, c’est un projet résidentiel de plusieurs millions de dollars qui devrait voir le jour en 2008. De la même manière à l’île Maurice, les villas de luxe attirent les investisseurs. Au premier trimestre 2008, six compagnies ont démarré un projet de 500 villas à Port Louis, avec comme acheteurs des investisseurs venus d’Afrique du Sud, de France, de Grande Bretagne, de Belgique…L’idée est de répondre à une certaine demande mais également de « rehausser l’image de l’île Maurice comme destination touristique », comme l’indique M. Anton de Wall pdg de Villas Valriche.

On peut regretter toutefois que ce projet ait été confié à une compagnie chinoise. De même les retombées économiques risquent d’être amoindries par l’utilisation de matériaux de construction venus de Chine. La Chine produit en effet des matériaux de construction de qualité et très compétitifs.

Et la diaspora africaine dans tout ça ? La diaspora africaine investit plutôt dans l’ immobilier locatif, elle est surtout cliente des promoteurs immobiliers étrangers. Généralement, elle n’intervient qu’en fin de chaine. La diaspora malienne, par exemple est très active sur ce terrain. Plusieurs fois par an, le Sénégal organise un salon itinérant de l’habitat du Sénégal. Il s’adresse uniquement aux Sénégalais expatriés et il est soutenu par le Ministère du Patrimoine Bati, de l’Habitat et de la Construction. L’originalité de ce salon réside dans le fait qu’il se déplace là où se trouve la diaspora sénégalaise : France (Paris, Marseille, Lyon, Le Havre), New York, Padova (Italie), Atlanta. Il rassemble promoteurs immobiliers, banques, notaires, bureau de contrôle, sociétés d’assurance, ministères techniques concernés par le secteur et bien sûr, immigrés sénégalais. Il permet ainsi à la diaspora d’investir sur le marché immobilier de son pays d’origine, et facilite l’accès à la bonne information pour se procurer un logement en toute légalité et sécurité. Certains signent même un acte d’achat sur place. Ce n’est pas le cas des Togolais. Mais depuis février 2007, une loi sur le compte épargne co-développement devrait améliorer la situation, elle permettrait aux Togolais résidant à l ’étranger de mobiliser leur épargne pour contribuer au développement du Togo. Les sommes versées annuellement sur ce compte ouvrent droit à une déduction du revenu net global, avec avantages fiscaux à la clé.

En conclusion ? De vrais problèmes affectent les marchés immobiliers des économies émergentes africaines. Mais ces économies ont un grand potentiel, qu’elles s’efforcent d’atteindre, ce qui passera aussi par une participation accrue du reste de l’économie ( faire participer le reste de l’économie dans le développement de l’immobilier passe par l’utilisation de matériaux de construction locaux, l’emploi de travailleurs locaux et la mise en avant d’entreprises locales de construction, d’architecture…). Un investisseur à la recherche d’opportunités massives, à bas coût de lancement et à énorme potentiel de croissance long terme, explorera très certainement l’Afrique subsaharienne dès 2008.

dimanche 20 janvier 2008
par Stella Ayoko Dosseh
Source: Ananzie.net
 


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