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Billet du 17 juin – par Mondo Viti
Touche pas à mon voile !
Les 3 religions les plus populaires dites révélées, à savoir le
christianisme, l’islam et le judaïsme, prescrivent le port d'une tenue
décente sans ostentation.
Les traductions et interprétations multiples ont transformé ces préceptes
en port du voile, partiel ou intégral pour les femmes, "Cela permet de
les distinguer des femmes impures , et ne pas constituer une cause de
faute pour l'homme" dit-on...
Depuis la révolution islamique iranienne de 1979, le port du voile est
devenu sujet à polémique. Et, au nom de la liberté individuelle de
porter ou non le voile et plus récemment au nom de la sécurité
nationale, le débat fait rage en Europe.
En France, le président Sarkozy se dit opposé à la burqa… qui est un
autre type de voile
En Belgique, un AR du 14 juin 2007, l’équivalent d’une loi, prescrit que
"lorsqu'il est, dans le cadre de ses fonctions, en contact avec le
public, l'agent de l'État évite toute parole, toute attitude, toute
présentation qui pourrait être de nature à ébranler la confiance du
public en sa totale neutralité".
Et voilà qu’aux élections du 07 juin une femme d’origine turque, Mahinur
Özdemir, candidate du parti social chrétien devenu parti humaniste, et a
été élue. Il faut rappeler que sur ses affiches électorales elle
arborait allègrement déjà son voile ! Fort de cela, le 22 juin, coiffée
de son voile, elle prête serment.
Un député libéral, profitant de l’occasion, lance un pavé dans la mare
politique belge. Il propose l’interdiction du port du voile dans le
parlement régional bruxellois, et dépose dans la foulée un texte visant
à interdire le "port de tout signe religieux ou philosophique
distinctif". Tollé général !
Des associations montent au créneau, comme d’habitude pour des
déclarations de circonstance. Le directeur du Centre pour l’Egalité des
Chances et la Lutte contre le Racisme, organe public, en appelle à un
"large débat sur la neutralité inclusive : dans certains lieux, comme
les parlements, ne peut-on pas accueillir les différentes formes de
convictions et de croyances, si tant est qu’elles soient démocratiques
?", et d’ajouter que "Le parlement n’est-il pas par excellence le lieu
de neutralité où les députés peuvent exprimer ce qu’ils font ?"… Selon
un autre, réfutant l’idée d’une atteinte au principe de neutralité, il
déclare que Mahinur Özdemir "n’a pas menti à ses électeurs. Elle a
fait sa campagne voilée et elle a été élue comme elle est, pour ce
qu’elle est" [1]. Position partagée par le Conseil des femmes
francophones de Belgique [2]. Une autre association de femmes, Vie
Féminine, rappelle sa position qui vise à "donner la parole aux femmes
et favoriser l’autonomie de leur choix dans cette question qui touche à
leur statut d’individu et de femme".
Quant à l’Exécutif des musulmans de Belgique, il déclare ne pas souhaiter
se prononcer, évoquant sa responsabilité limitée à l’aspect temporel du
culte.
Mais pourquoi cette question soulève t-elle un si grand débat et un
imbroglio inextricable ?
Certains évoquent la liberté de culte et de croyance, d’autres la
neutralité du Royaume belge en soulignant bien qu’il ne s’agit pas d’un
Etat laïc. Personne ne fait la différence entre un État laïc et un État
neutre.
Un Etat, dès lors qu’il n’est pas religieux, est celui qui réserve un
traitement égal à tous ses citoyens, quelque soient leur croyance,
religieuse, philosophique, idéologique ou politique.
La contrepartie est le respect des citoyens du caractère impartial de l’Etat.
Et surtout, lorsque le citoyen est investi d’une parcelle des attributs
ou de l’autorité de l’Etat, il en devient, en partie ou en totalité, le
prolongement.
Ainsi, la différence entre un simple citoyen et un député, un ministre
ou un fonctionnaire, assermenté ou non, est qu’une partie de ce
caractère impartial de l’Etat lui est dévolu.
Le voile, sous quelque forme, est un couvre chef…
Peut-on autoriser des députés, fonctionnaires ou des magistrats à porter
un voile, une casquette de Greenpeace ou de leur association ou des
T-shirts de leur parti au guichet des administrations ou au Palais de
justice?
Il s’agit de leur liberté absolue d’afficher leur conviction religieuse
ou politique. Mais est-ce possible ?
Comment peut-on valablement justifier que, sous d’autres cieux, des
femmes, qui au nom de la liberté de pensée, refusent de porter le voile
soient soumises à des pressions et à des exactions alors qu'en Belgique
ce "signe" est portée aux nues ?
Hier, il nous a été affirmé que le port du voile est une aliénation faite
aux femmes, une violation de leur liberté. Aujourd’hui, au nom de la
même liberté, il est affirmé que le voile avec tout ce qu'il représente
peut être porté, dans les enceintes publiques , symboles de l’Etat,
alors que les mêmes textes interdisent dans certaines administrations le
port de ce signe.
Pourquoi cette parcellisation des normes en Belgique?
N'est ce pas encore pour ménager les sensibilités afin de s'assurer le
vote des allochtones?
Que se passera t-il lorsqu’un citoyen refusera, au nom de sa liberté,
d’être servi par un agent administratif ou un magistrat qui ne partage
pas ses convictions ?
Que se passera t-il, si un magistrat revendique, au nom de cette
liberté, le port de son signe distinctif idéologique ou religieux, sa
kippa ou sa burqa ?
N’oublions pas que la liberté individuelle trouve ses limites devant
l’intérêt collectif…
Raymondo Noviti Houmey, alias Mondo Viti
Juriste Consultant :
Human rights, démocratie et bonne gouvernance, droit social, politique
africaine
shoumey@afrology.com
1. Mr Radouane Bouhlal, président du Mrax (Mouvement contre le racisme,
l’antisémitisme et la xénophobie)
2. Pour Mme Magdeleine Willame, citée par le site web du quotidien
belge, Le Soir, Mahinur Özdemir a «suffisamment averti ses électeurs
potentiels par ses affiches la montrant avec le foulard qu’il en serait
ainsi une fois élue».
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Spero Houmey
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