Billet du 06 avril
Madagascar bis : vers un
nouveau mode d’alternance au pouvoir
La manifestation de rue (ou quand l’aspiration démocratique est prise en
étau entre les contradictions des démocraties fonctionnelles et les
coups d’État militaires).
En plus des problèmes économiques, les pays d’Afrique subsahariens
peinent à s’ouvrir aux principes de la bonne gouvernance, de la garantie
des libertés publiques et de la démocratie. Et voici 15 ans que cela
dure.
Nos propos seront à peine nuancés par l’exemple des "démocraties
fonctionnelles", ces démocraties nouvelles où l’alternance au
pouvoir rentre lentement dans les mœurs, ainsi que le respect des
principes de démocratie représentative. Et ce, même si ces pays sont
toujours enclin, de temps à autres, à utiliser des montages juridico
politiques plus ou moins grossiers pour se débarrasser de leurs
opposants du moment, qui redeviennent par la suite des courtisans les
plus assidus des potentats drapés de leur toge de guide bienveillant.
Dans le second cas, et pour ne pas faillir à sa réputation de continent
malade de ses dirigeants avides de pouvoir, Madagascar vient de fournir
un nouvel exemple de mode d’alternance au pouvoir, six ans après la
prise de pouvoir, à la hussarde de Marc Ravalomanana, et qui une
déclinaison des coups d’État militaires.
En effet, il était une fois en 2003, Ravalomanana réussit à évincer à la
hussarde Didier Ratsiraca après avoir mobilisé la rue via ses réseaux
religieux et d’affaires. Une transition et une élection plus tard, il
vient à son tour de connaître le sort de son prédécesseur, en cédant le
pouvoir sous les coups de boutoir de Andry Rajoelina.
Et selon un scenario désormais classique, ce dernier annonce "la
suspension des activités de l'Assemblée nationale et du Sénat",
confie leurs attributions à deux nouvelles institutions, un "Conseil
pour le redressement économique et social" et une "Haute autorité
pour la transition" qui décrète une transition de 24 mois.
Naturellement, la Haute Cour constitutionnelle n’a pas été dissoute, car
‘on’ avait besoin d’elle pour valider la démission du 17 mars de
Ravalomanana Marc, et pour entériner le 18 l'accession au pouvoir de M.
Rajoelina Andry qui prête serment le 21.
Les condamnations internationales, une vaste pantalonnade ?
Naturellement, de l’Union Africaine à l’ONU, en passant par Bruxelles et
Washington, les condamnations n’ont pas tardé à fuser.
Jeudi 19 mars, la SADC, Communauté de Développement de l’Afrique
Australe a demandé à l’Union Africaine de suspendre Madagascar de ses
instances. Ce que celle-ci fera le lendemain en qualifiant la démission
de Ravalomanana "changement anticonstitutionnel de gouvernement".
Le même jour, l’Union Européenne a qualifié de "coup d’État" ce
changement de régime, et Washington a parlé de transfert de pouvoir "non
démocratique". Quant à l’ONU, elle s’est dite "préoccupée par les
développements en cours" et a pris acte de la démission du président
Ravalomanana.
Nul ne sommera ce pays de revenir à une orthodoxie du mode de dévolution
du pouvoir, tel que organisé par la Constitution. L’ONU donne le ton en
disant prendre acte de la démission. Ce qui veut dire en langage
diplomatique que l’ère Ravalomanana fait désormais partie du passée, et
que nous pouvons nous asseoir sur nos considérations légalistes.
Et c’est ce qui gêne dans le "cas Malgache". Un président élu transfère
le "pouvoir du Peuple" à une Armée qui le remet ensuite à un individu
qui à son tour se proclame Président. Ce qui s’apparente à une
personnalisation du pouvoir.
Ce bel exemple de fonctionnement des institutions d’un pays, m’amène à
avancer qu’après cela, Madagascar peut tout simplement se passer des
élections, et initier les manifestations de rues en guise de mode de
passation de pouvoir.
Je laisse ceux qui rêvent de révolution, croire que c’est le Peuple
malgache qui a pris le pouvoir. Les africains ne sont-ils pas puérils ?
En attendant, je suis amené à croire que le prochain renversement ne
serait que dans l’ordre des choses. Et puisque les partisans de
Ravalomanana manifestent à leur tour, nous pourrions nous demander où
étaient-ils avant ?
Et si ce ne sont que les même qui manifestent indifféremment, non pas
pour un Ravalomanana ou un Rajoelina, mais pour un réel changement ?
Diantre, si tel était le cas, on peut alors dire que le Peuple, s’est
encore fait berner, et qu’un autocrate remplace un autre autocrate, en
se servant du Peuple. Car l’ironie du l’histoire est qu’en 2003 et en
2009, ceux qui ont pris le pouvoir, étaient de riches hommes d’affaires.
Raymondo Noviti Houmey, alias Mondo Viti
Juriste Consultant :
Human rights, démocratie et bonne gouvernance, droit social, politique
africaine
shoumey@afrology.com |
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Spero Houmey
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