GUINEE : Lansana Conté face à son
défi le plus important
Des affrontements font 3 morts, poursuite de la grève générale
Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre à
Conakry et dans certaines villes de l’intérieur de la Guinée, ont fait
trois morts et de nombreux blessés. Le pouvoir du président Conté est
plus que jamais sous pression.
La grève générale en Guinée constitue l’un des plus importants défis au
pouvoir, vieux de 23 ans, du président Lansana Conté et menace de
plonger le pays dans un chaos politique, en raison de l’impatience des
candidats à la succession du dirigeant à la santé défaillante,
préviennent observateurs et diplomates. Les représentants syndicaux ont
lancé ce mouvement de grève, qui est dans son dixième jour, hier, pour
dénoncer l’incapacité de Conté à diriger le pays. Ils invitent le
dirigeant septuagénaire, reclus et diabétique, à passer la main. Les
affrontements entre forces de l’ordre et manifestants dans plusieurs
villes de Guinée, pays producteur de bauxite, ont fait au moins trois
morts. "Le peuple n’acceptera ni des négociations, ni un compromis
avec Conté, ni une révolution de palais par les généraux", prévient
un pamphlet circulant sous le manteau dans les rues largement désertes
de Conakry. "Le peuple guinéen souhaite seulement une victoire
totale: la fin du régime et un gouvernement provisoire d’unité
nationale", ajoute cette feuille intitulée «L’œil du peuple». La
police anti-émeute armées de lance-grenades lacrymogènes et des
militaires circulant dans des véhicules banalisés patrouillent dans la
capitale guinéenne pour faire respecter une interdiction de
rassemblement, visant à mettre fin au troisième mouvement de grève de ce
type en un an en Guinée. D’après des témoins, la police a ouvert le feu
jeudi, dans au moins un quartier de Conakry, pour disperser un
rassemblement de jeunes gens non armés, avant de procéder à des fouilles
d’habitations, à la recherche de fauteurs de troubles potentiels. Des
troubles ont été signalés dans une dizaine de villes, a rapporté un
diplomate installé dans la capitale. Selon lui, un manifestant a été tué
par balles jeudi à Mamou, à environ 200 km à l’est de Conakry.
"Pas nécessaire d'attendre sa mort"
"La grève peut assurément déboucher sur un changement de pouvoir dans un
avenir immédiat et elle semble déjà se transformer en révolte populaire
à Labé, Pita et potentiellement dans les faubourgs de l’est de Conakry",
remarque Mike Mc Govern, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest à
l’Université de Yale aux Etats-Unis. "Si d’autres villes de l’intérieur
comme Kankan, Guekedou et N’Zerekore suivent le mouvement, l’équilibre
du pouvoir aura commencé à basculer de manière assez spectaculaire", a
dit cet expert à Reuters. En raison de l’absence de successeur évident
et des divisions au sein de l’armée, la santé déclinante de Conté
alimente depuis longtemps les craintes d’une violente lutte de
succession dans l’ancienne colonie française.
Les représentants syndicaux jugent Conté trop atteint et incohérent pour
gouverner. Ils citent en exemple les multiples remaniements
gouvernementaux ou son intervention pour libérer de prison deux anciens
alliés accusés de corruption. Les rumeurs sur son imminente disparition
se sont toutefois toujours avérées fausses, ce qui aiguise l’impatience
des clans au sein même des cercles du pouvoir bataillant pour la
succession, rappellent les observateurs. «Certains des problèmes actuels
proviennent du fait que Conté s’est trouvé en relativement bonne santé
ces derniers mois et qu’il est intervenu dans les affaires», ajoute le
diplomate en poste à Conakry. "Avant, les gens pensaient (...) que Conté
continuerait aussi longtemps que possible et que sa famille le
pousserait à s’accrocher (...). Désormais, il est quasiment envisageable
que, d’une manière ou d’une autre, il sera marginalisé et qu’il ne sera
pas nécessaire d’attendre sa mort", poursuit ce diplomate.
Le déroulement de la transition dépendra en grande partie de l’armée,
dont les officiers les plus gradés appartiennent à la génération des
fidèles de Conté, mais dont les rangs comptent également de jeunes
officiers avides de changement, prévient-il. «Même si l’armée est restée
particulièrement fidèle au Président jusqu’à présent, les officiers
chercheront essentiellement à assurer leur propre survie», confirme Mc
Govern. «Quelles que soient leurs promesses de fidélité au Président, il
y a théoriquement un point au-delà duquel, ils auront davantage à perdre
en lui restant fidèles, qu’en l’abandonnant», ajoute cet universitaire.
Décision: Ministre des Affaires présidentielles et homme fort de la
Guinée : Fodé Bangouga limogé par Lansana Conté
Le Président guinéen, Lansana Conté, a limogé vendredi soir à Conakry le
ministre d’Etat aux Affaires présidentielles Fodé Bangoura, nommant à sa
place Eugène Camara, précédemment ministre du Plan, annonce un décret lu
à la radio nationale. Ce limogeage survient au dixième jour de la grève
générale illimitée, menée par les principales centrales syndicales et
marquée par des affrontements avec les forces de l’ordre, faisant au
moins six morts et plusieurs blessés. M. Bangoura a été nommé en avril
dernier, après un remaniement ministériel marqué par le départ du
Premier ministre, Cellou Dalein Diallo. Aucune explication n’a été
fournie sur le limogeage de Fodé Bangoura, considéré comme «l’éminence
grise» du président Conté en raison de son influence sur plusieurs
décisions importantes.
Des proches du général Conté n’ont pas récemment hésité à accuser M.
Bangoura d’être derrière les grévistes qui condamnent l’ingérence du
chef de l’Etat dans les affaires judiciaires en faisant libérer l’homme
d’affaires, Mamadou Sylla, et un ancien ministre des Sports et de la
Culture, Fodé Soumah, accusés de détournement de deniers publics.
Le Président Conté s’était personnellement rendu à la prison centrale de
Conakry le 16 décembre dernier pour faire libérer les deux accusés.
19/01/2007
avec Reuters |
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