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Une succession de dynasties
en Afrique
Analyse: Les Kabila, les Gnassingbé, et demain les Bongo ? Après le
multipartisme, le continent s’en remet à la filiation.
Premier, deuxième ou troisième ? Le résultat d’Ali Bongo, le fils de feu
Omar, resté au pouvoir durant quarante-et-un ans à Libreville, a
focalisé toutes les attentions lors de la présidentielle au Gabon. S’il
s’imposait - par les urnes ou par la force - dans cette ancienne colonie
française, cet homme trapu et massif viendrait renforcer le camp des
successions dynastiques sur le continent noir. S’il perdait - et
acceptait sa défaite -, son échec donnerait, à l’inverse, un coup
d’arrêt à un phénomène qui apparaît, à certains égards, comme la maladie
infantile du multipartisme en Afrique.
Après les indépendances, acquises au début des années 60 dans l’ancien
"précarré" colonial français, nombre de pays ont connu soit une
période d’instabilité chronique (comme au Niger) soit, au contraire, le
long règne d’un seul homme (Houphouët-Boigny en Côte-d’Ivoire, Omar
Bongo au Gabon ou Gnassingbé Eyadéma au Togo). Mais, après la chute du
mur de Berlin, tous ont dû accepter, bon gré mal gré, l’instauration du
multipartisme.
"Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle a dû expérimenter des
systèmes importés et que, parfois, la greffe n’a pas pris", analyse
Jean-Paul Ngoupandé, ancien Premier ministre de Centrafrique, faisant
allusion à des pays où la compétition, matinée d’ethnicisme, a dégénéré
en conflits sanglants, notamment en Afrique de l’Ouest. La fin du parti
unique, quand elle se conjugue avec le dénouement du long règne d’un
dirigeant, apparaît aussi comme un moment des plus périlleux. Le déclin
du maréchal Mobutu au Congo-Zaïre a ainsi débouché sur des années de
guerre.
C’est dans ce pays, rebaptisé république démocratique du Congo, que
l’Afrique subsaharienne a expérimenté sa première succession dynastique.
En 2001, le tombeur de Mobutu, Laurent-Désiré Kabila, est assassiné.
Aussitôt, son fils Joseph, illustre inconnu, assure l’intérim. Une
promotion validée par les urnes que bien plus tard, en 2006, avec la
bénédiction de la communauté internationale. En 2005, le fils d’Eyadéma,
Faure Gnassingbé, a été propulsé dans le sang à la tête du Togo par son
clan, désireux de préserver ses avantages acquis. Dans d’autres pays,
comme en Libye ou au Sénégal, les dirigeants actuels ont mis sur orbite
leurs rejetons. A Tripoli, Seif el-Islam (37 ans) et Saadi (36 ans)
tiennent la corde. A Dakar, malgré un échec retentissant lors des
dernières municipales, Karim Wade s’est vu confier un superministère par
son père de président.
Nommé à la Défense par son père en 1999, Ali Bongo a eu le temps de se
préparer à prendre les rênes. Mais, note Jean-Paul Ngoupandé, "la
longévité de son père, synonyme de stabilité, a créé un sentiment
national fort, une vraie fierté d’être gabonais". Paradoxalement,
cette fierté pourrait se retourner contre son fils, les Gabonais
refusant une dérive monarchique dans leur pays.
Le 03-09-2009
http://www.liberation.fr
Par THOMAS HOFNUNG
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