Élection présidentielle en France
Vers une nouvelle forme de coopération France-Afrique
L’élection présidentielle en France annonce un face à face Ségolène
Royal pour la gauche et Nicolas Sarkozy pour la droite. Cette campagne
s’annonce rude. Au vu de la jeunesse et des projets des deux candidats,
côté anciennes colonies françaises, il faudra s’attendre d’ores et déjà
à une nouvelle forme de relations France-Afrique.Si 1789 reste
une des dates les plus importantes de l’histoire de la France, 2007
risque fort bien de porter le même symbole. A en croire les sondages, la
socialiste Ségolène Royal sera la première femme présidente de la France
avec 51% contre 49% pour le républicain Nicolas Sarkozy. En tous les
cas, les choses semblent bien parties pour Ségolène. Elle a été investie
lundi 27 novembre 2006 comme candidate du Parti socialiste à la course
de la présidentielle suite à une brillante victoire 60,65% face à
Dominique Strauss Kahn et Laurent Fabius qui n’ont eu a eux deux que
39,35% des voix.
Les socialistes comptent désormais sur Ségolène Royal pour revenir au
pouvoir après (douze) 12 ans de présidence de Jacques Chirac. Mme Royal
a déclaré que la France a besoin d’idées neuves. C’est pourquoi elle
invite les Français à faire connaître leurs préoccupations. Elle a par
ailleurs demandé aux cadres socialistes de lancer partout le débat sur
quatre thèmes : l’accès au premier emploi, la lutte contre toutes les
formes de violence, la vie chère et l’excellence environnementale.
Ainsi Ségolène veut une démocratie participative de la nation et le
refus d’aligner la France sur les pays où « les marchés règnent sans
entraves ».
Pour remporter l’élection, Ségolène compte d’abord sur son charisme et
le mouvement d’adhésion qu’elle provoque, un « phénomène qu’elle sait à
la fois puissant et fragile ». Cela s’explique. Puissant parce que
Strauss Kahn et Fabius en ont empathie. Fragile puisque, Nicolas
Sarkozy, probable candidat de la droite n’entend pas se laisser battre
avec la même « arme » qu’il utilise pour séduire les Français.
C’est pourquoi, il s’est empressé au lendemain du choix de Ségolène par
les socialistes de déplorer l’absence de propositions concrètes aux
français de la part de la plébiscitée de la gauche.
Rassuré qu’il sera le candidat choisi par l’UMP, Sarkozy sait qu’il a
perdu du terrain au plan national. Sa gestion du ministère de
l’Intérieur lui a fait perdre la côte. Il a traité certains jeunes de la
banlieue de « racaille » tandis que Ségolène promet de tout mettre en
œuvre pour les couches défavorisées. Mais elle n’est pas revenue sur sa
proposition de formation militaire pour les jeunes recidivistes des
banlieux.
Par ailleurs, Nicolas Sarkozy bien que fils d’immigré a parfois fait
la course aux immigrants soulignant que la France ne peut accueillir
tout le monde. Sa vision utopiste de l’immigration choisie mal perçue,
lui a valu des critiques.
Alors, il a tenté de se refaire une autre « santé » avec l’immigration
concertée. Pendant ce temps, Ségolène a fait lors de son investiture
l’éloge d’une « France qui se reconnaisse dans la diversité de ses
talents et de ses origines ».
La native de Dakar, elle, refute l’immigration choisie parce qu’elle ne
veut pas un pillage des cerveaux après un pillage des matières premières
en Afrique. Sarkozy a aussi attiré le courroux des magistrats lorsqu’il
a parfois contesté leur verdict et les a traités de laxistes. Comme pour
répondre à Sarkozy, Ségolène a parlé le 27 novembre dernier «d’autorité
juste, de progrès pour tous et le respect pour chacun». Décidément
Ségolène adopte la même stratégie que Sarkozy à l’UMP. Ce dernier a pris
une longueur d’avance sur les autres prétendants de la droite en
exploitant leurs failles, et en les obligeant à parler de lui, à
critiquer ses choix, ses méthodes. Cette fois c’est lui qui court après
Ségolène qu’il a du mal à cerner.
Cette dame à plus d’un tour dans son sac. Elle se contente d’annoncer
des grands axes de son projet. La candidate a par exemple promis de
remettre le progrès social « au cœur » de toutes les décisions
politiques. Elle a aussi assuré de placer l’éducation «au cœur» de tout.
Pour avoir l’adhésion des françaises, elle a annoncé qu’une fois
présidente, sa première loi serait consacrée à la lutte contre les
violences faites aux femmes. Toutefois Ségolène ne rentre pas dans les
détails en démontrant la stratégie de mise en œuvre de son programme et
son efficacité en terme de résultat escompté comme le font de nombreux
politiciens.
Rude course à l’Elysée
C’est ce qui dérange beaucoup et en particulier les Sarkozystes qui
voient la montée en puissance de Ségolène et sa probable victoire.
Mais rien n’est encore joué car Sarkozy sait rebondir. N’est-ce pas que
son soutien à Edward Balladur lui a valu des coups ? En effet suite à la
victoire de M. Jacques Chirac sur Balladur, l’échec « Balladurien » a
valu a Sarkozy, la perte de la confiance de l’entourage du nouveau
président. Alain Juppé stigmatisera la gestion budgétaire du ministre du
Budget sous Balladur qui n’est personne d’autre que Sarkozy. Au cours
d’un bref passage à une réunion nationale du RPR le 15 octobre 1995,
Sarkozy est sifflé. Mais l’homme a su rebondir et se positionner.
C’est dire que la course à l’Elysée entre Ségolène et Sarkozy ne sera
pas de tout repos ni pour l’un ni pour l’autre. Mais que ce soit Sarkozy
(51 ans) ou Ségolène (53 ans), il y a lieu de souligner que les français
font confiance aux jeunes candidats. Et cette donne pourrait bien
changer la politique française envers les anciennes colonies. Ségolène a
dit lors de son investiture que « le monde a changé, la France a changé.
La politique aussi doit changer ». Même si Lionel Jospin, l’ancien
Premier ministre socialiste n’était pas à l’investiture de la candidate,
cette dernière imite ses pas. Ce dernier avait promis une autre façon de
voir, de faire en politique s’il advenait à Elysée.
C’est ce que entrevoit aussi Ségolène. Elle promet de court-circuter les
Etats corrompus et envoyer l’aide au développement vers les
microentreprises. Du côté des républicains, les faits et gestes de
Sarkozy démontrent clairement le courant d’air France-Afrique en cas de
sa victoire. Pour preuve, son dernier voyage à Dakar, à Bamako ou encore
à Alger. Sarkozy ne va pas du dos de la cuillère.
Il dit clairement ce qu’il pense, quitte à ce que cela plaise ou pas. Du
coup, les chefs d’Etats de l’ancienne « Afrique coloniale » dont bon
nombre habitués aux amitiés protectrices, aux cercles de cajolés et
parfois d’échanges France-Afrique paternaliste doivent déjà s’apprêter à
accueillir « la nouvelle France ». Celle qui après mai 2007 voudra
revoir sa copie en terme de politique nationale et internationale.
A bon entendeur...
dimanche 7 janvier 2007
Hamadou TOURE
Sidwaya |
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