Afrique: Le Forum des
pauvres demande la suppression du FMI et de la Banque mondiale
"Les dirigeants des grandes puissances se réunissent à Heiligendamm
(Allemagne) pour discuter et prendre des décisions sur le sort de
l'Afrique et du monde. Pourtant, leurs différentes politiques mises en
oeuvre jusqu'à présent n'ont fait que des ravages humains et maintenir
les pays du Sud dans la pauvreté et la dépendance", affirme l'activiste
malienne Aminata Barry-Touré.
Barry-Touré, présidente de la Coalition des alternatives africaines -
dette et développement (CAD-Mali), s'exprimait dans un entretien avec
IPS en marge du Forum des peuples, qui se tenait en contrepoids du
sommet du G8, cette année à Sikasso, dans le sud du Mali, du 4 au 8
juin. "C'est en réaction à cette rencontre que les différents acteurs du
Mouvement social se réunissent en contre-sommet pour dénoncer
l'hypocrisie du G8 et leur faire prendre conscience des conséquences de
leurs politiques", a-t-elle déclaré.
Depuis 2002, la section malienne de la Coalition des alternatives
africaines - dette et développement organise le contre-sommet du G8 sous
l'appellation de Forum des peuples ou Forum des pauvres, qui est une
partie intégrante du Forum social africain et du Forum social mondial.
Le Forum des pauvres est un espace populaire d'éducation, d'échanges, de
communication, d'information des actions citoyennes et de construction
des alternatives à la mondialisation néo-libérale, a souligné
Barry-Touré.
La rencontre de Sikasso a enregistré 600 participants venus d'Afrique et
d'Europe notamment. Les travaux du forum ont porté sur l'état des lieux
et la création des synergies sur les thématiques suivantes :
endettement; initiatives d'allègement de dette; services sociaux de base
(eau, électricité, santé, éducation); droits humains; accords de
partenariat économique UE/ACP; immigration; souveraineté alimentaire;
conflits sociaux, paix et développement.
"Nous devons nous mobiliser davantage pour dire non à toutes ces formes
de politiques néo-libérales qui contraignent les peuples en Afrique et
dans le monde à la déshumanisation et à la dégradation", a martelé
Dounantié Daou, secrétaire permanent de CAD-Mali.
Au cours des travaux, l'introduction des organismes génétiquement
modifiés (OGM), la privatisation des services publics et l'immigration
ont ravi la vedette aux autres thèmes. Les participants rejettent
notamment les OGM. "Non à l'introduction des OGM", clamait avec ferveur
un groupe d'activistes tout au long de la rencontre.
"Il faut éliminer les OGM en Afrique. Avec leur introduction, on va
perdre nos semences et les Occidentaux auront la mainmise sur nos
semences", affirme à IPS, Emilie Tamadaho-Atchaka, présidente du Cercle
d'auto-promotion pour le développement durable, venue du Bénin.
"Il est insensé qu'une poignée d'hommes -- les dirigeants du G8 --
prennent des décisions sur la marche et l'avenir du monde", s'indigne,
Hamidou Coulibaly, un retraité octogénaire malien. "Tous nos malheurs
viennent de là car avec leur politique de privatisation, on ne peut plus
produire. Quand on produit, on ne récolte rien...et quand on récolte, on
ne peut pas subvenir aux besoins de nos familles", a-t-il déclaré lors
d'une conférence populaire.
Les participants dans une motion exigent "des pays riches que la dette
ne soit plus une arme de domination et de destruction massive des
personnes et que les efforts de réduction de la dette ne doivent pas se
substituer à l'aide au développement".
Les participants attendaient également du sommet du G8 en Allemagne
qu'il prenne de décisions concrètes par rapport au respect du droit
international, qu'il procède à l'annulation immédiate et totale de la
dette bilatérale et multilatérale de l'Afrique.
Les participants demandent, dans une déclaration, "l'annulation totale
et inconditionnelle de la dette extérieure des pays du Tiers-monde qui
s'élève, selon le rapport 2007 de la Banque mondiale, à 2.800 milliards
de dollars".
Nouhoum Kéita, membre du CAD-Mali demande aux pays du G8 de rendre le
marché mondial plus juste et plus équitable et de respecter "les
libertés individuelles de circulation des personnes entre les
frontières". Le Mali est l'un des pays africains de forte immigration.
Entre autres exigences, le Forum des pauvres demande la suppression du
Fond monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, qui sont
considérés comme des "instruments de promotion et de renforcement de
l'idéologie néo-libérale". Il demande leur remplacement par une Banque
du Sud qui regroupera tous les pays en développement et les pays
émergents afin de poser les bases d'un développement durable fondé sur
des relations économiques complémentaires et justes entre les Etats.
Les participants au forum ont recommandé la création d'une banque
agricole autogérée par les paysans, la diversification du matériel
agricole en fonction des zones agro-écologiques. Les alter-mondialistes
africains ont également demandé la protection des produits agricoles
contre la concurrence internationale, et le rejet systématique des
Accords de partenariat économique (APE) négociés actuellement entre
l'Union européenne et les Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
(ACP).
Toutefois, Issa Kéita, professeur d'économie internationale à
l'Université de Bamako, la capitale malienne, estime que la faute n'est
pas seulement imputable au FMI et à la Banque mondiale : "On a été
appauvri par le fait de la colonisation et de l'esclavage, mais il faut
reconnaître qu'après les indépendances, les dirigeants africains ont été
les fossoyeurs de leurs économies".
"Il ne faut pas seulement accuser les autres de notre malheur. Nous
avons aussi notre part de responsabilité", a-t-il indiqué à IPS.
Pour sa part, Alou Traoré, un paysan malien, n'a plus confiance en
personne. "Depuis six ans, on nous appelle pour nous dire les mêmes
choses...mais rien ne change dans nos conditions de vie. Comme les
politiques, les alter-mondialistes aussi nous embarquent dans une barque
dans destination".
A Sikasso, et sur tous les sites du forum, aucun signe de richesse et de
luxe n'apparaissait. Tous les participants étaient logés et traités de
la même manière. Les participants se couchaient à même le sol sur des
nattes, souvent à la belle étoile ou dans des salles de classe. Des
repas collectifs étaient servis dans de grandes bassines sans
fourchettes, ni cuillères, comme cela se fait traditionnellement au
Mali.
Les Occidentaux, qui ne sont pas habitués à manger à la main et qui
laissaient souvent tomber leurs tartines, déclenchaient des rires dans
l'assistance. Les bouteilles d'eau minérale ont été remplacées par de
larges barriques contenant de l'eau à boire pour tous, avec des
gobelets.
"On veut faire comprendre aux dirigeants du G8 que même dans ces
conditions, on est capable de réfléchir et de raisonner", déclare à IPS,
d'un ton provocateur, Moctar Coulibaly, responsable d'une structure
paysanne au Mali.
11 Juin 2007
Almahady Cissé
Inter Press Service (Johannesburg)
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