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L'Ethiopie "contrainte"
d'entrer en guerre en Somalie
Le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a annoncé dimanche que son
pays était en guerre contre les islamistes somaliens pour défendre sa
souveraineté, ce qui pourrait être le prélude à l'élargissement d'un
conflit qui menace toute la Corne de l'Afrique.
C'est la première fois que le gouvernement éthiopien reconnaît
publiquement son implication dans le conflit somalien.
Autre première, l'aviation éthiopienne, qui défend le gouvernement
intérimaire somalien retranché à Baïdoa, a bombardé dimanche des
miliciens islamistes en divers points du pays. Islamistes et forces
gouvernementales se sont par ailleurs affrontés pour la sixième journée
consécutive.
Les responsables éthiopiens affirment que les combattants de l'Union des
tribunaux islamistes (UTI) sont des terroristes soutenus par l'Erythrée,
le vieil ennemi d'Addis Abeba, et qu'ils constituaient une menace pour
le gouvernement éthiopien.
"Les forces de défense éthiopiennes ont été contraintes d'entrer en
guerre pour protéger la souveraineté de la nation et repousser les
attaques répétées des terroristes des tribunaux islamiques et des
éléments anti-éthiopiens qui les soutiennent", a déclaré Meles à la
télévision publique.
"Nos forces de défense quitteront (la Somalie) dès qu'elles auront
terminé leur mission".
Il a ajouté que son pays était favorable à l'idée de négociations entre
le gouvernement éthiopien de transition et les tribunaux islamiques pour
mettre en place un gouvernement conjoint.
CONDAMNATION DE L'UE
Un peu plus tôt, le ministre éthiopien de l'Information, Berhan Hailu,
avait dit que l'opération aérienne visait plusieurs secteurs, dont ceux
de Dinsoor, Bandiradley et Baladwayne ainsi que la ville de Buurhakaba,
proche du siège gouvernemental de Baïdoa, dans le Sud.
"Après une trop longue patience, le gouvernement éthiopien a pris des
mesures d'autodéfense et entrepris de contre-attaquer face aux forces
extrémistes agressives des Tribunaux islamiques et des groupes
terroristes étrangers", a dit Berhan à Reuters.
Les diplomates redoutent que l'implication de l'Ethiopie en Somalie ne
confirme le scénario redouté d'un nouveau conflit entre ce pays et l'Erythrée,
ancienne province éthiopienne ayant acquis son indépendance en 1993.
Conflit auquel pourraient aussi se mêler des "djihadistes" étrangers
susceptibles de provoquer des attentats suicides en Afrique orientale.
Berhan n'a pas fourni de précisions, mais des témoins somaliens ont dit
que des avions éthiopiens avaient largué des bombes et tiré des missiles
sur deux zones.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a dit avoir largué 14 tonnes de
fournitures dans des villages touchés par les inondations dans le Sud,
peu après l'annonce des raids aériens. Une autre agence de l'Onu a noté
que le conflit risquait d'avoir des effets désastreux sur l'action
humanitaire en faveur de 1,4 million d'habitants touchés par les
inondations.
L'Union européenne a condamné les bombardements aériens et les combats
au sol et exhorté les différentes parties à retourner à la table des
négociations.
QUATRE FRONTS
L'ambassadeur de Somalie en Ethiopie, Abdikaran Farah, a affirmé
dimanche à Addis-Abeba que les forces gouvernementales somaliennes
avaient tué 500 islamistes, en majorité érythréens, en deux jours de
combats. Il a ajouté que les islamistes avaient tué dix soldats
gouvernementaux et en avaient blessé treize. Il a aussi fait état de 280
combattants ennemis capturés, dont certains venaient du Pakistan,
d'Afghanistan et du Soudan.
Chaque camp affirme avoir fait des centaines de morts dans les rangs
adverses depuis que les combats ont éclaté mardi. Les agences
humanitaires parlent quant à elles de dizaines de morts.
L'UTI a engagé samedi les musulmans à se joindre à sa "guerre sainte"
contre l'Ethiopie. Le gouvernement transitoire installé à Baïdoa est
censé stabiliser un pays privé de pouvoir central depuis le renversement
de Mohamed Siad Barre en 1991.
Selon des témoins, les adversaires ont commencé à s'affronter dimanche à
l'aube sur quatre fronts à l'arme lourde, au mortier et à la
mitrailleuse.
Dans le port de Kismayo, sous contrôle islamiste, des centaines de
femmes et d'enfants ont dit adieu à un millier d'hommes qui s'étaient
portés volontaires pour le front. Vêtus de treillis en lambeaux, ces
derniers montaient à bord de camions militaires en scandant "la victoire
est à nous". Des stations de radio diffusaient des chants patriotiques.
Les experts militaires estiment que l'Ethiopie a déployé de 15.000 à
20.000 soldats en Somalie et que l'Erythrée fournit environ 2.000 hommes
aux islamistes, ce qu'Asmara dément. Addis-Abeba reconnaissait
précédemment avoir envoyé quelques centaines d'instructeurs militaires à
Baïdoa.
24 Décembre 2006
Source: L'Express
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