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L’Afrique doit-elle
s’endetter pour faire face à la crise mondiale ?
Des économistes africains donnent leurs opinions
Au lendemain du sommet du G20 de Londres qui a
décidé d’accroître les capacités de prêts du Fonds monétaire
international (FMI), les Africains s’interrogent sur les risques d’un
endettement pour faire face à la crise. A la veille de l’assemblée du
printemps des institutions de Breton Woods qui ce week-end, à
Washington, des ministres des Finances des pays à faible revenu se sont
réunis dans la capitale américaine pour réfléchir sur la question.
Le spectre de la crise de la dette planerait-t-il de nouveau sur les
pays pauvres d’Afrique ? Le FMI a récemment annoncé l’assouplissement
des conditionnalités de ses prêts à tous les pays membres. Début avril,
à Londres, le G20 a appelé au doublement de la capacité de prêts du
Fonds aux pays à faible revenu. Ce vendredi, veille de l’assemblée du
printemps du FMI et de la Banque mondiale qui se tient ce week-end à
Washington, les ministres des Finances des pays pauvres d’Afrique et
d’Asie se sont réunis dans la capitale américaine, sous l’égide de
l’Organisation internationale de la Francophonie et du Secrétariat du
Commonwealth. Leur objectif : réfléchir sur ce que devrait être la
gestion de la dette de ces pays en temps de crise.
Les dirigeants de ces pays, notamment ceux d’Afrique, demandent une
accélération du processus de réduction de leur dette et un
assouplissement des conditions de prêts du FMI. Selon plusieurs experts,
la réduction de la dette des pays africains ne suffira pas pour leur
permettre de faire face à la crise mondiale. Pour se développer et
contenir les effets ravageurs de la crise mondiale, disent certains de
ces spécialistes, les États pauvres d’Afrique doivent s’endetter. Mais
ces pays peuvent-t-ils de nouveau s’endetter sans tomber dans la spirale
de la crise qu’ils avaient déjà connue dans les années 80 ?
Même assouplies, les conditionnalités du FMI, ne sont pas forcément
avantageuses
Lionel Zinsou, économiste et banquier d’affaires, interrogé récemment
par Afrik.com, affirmait que "les Africains doivent mettre en place
une politique d’endettement pour soutenir le secteur privé". "En
2007, disait-t-il, le continent a affiché en moyenne un excédent
budgétaire. Lorsqu’on est en pleine expansion avec des taux de
croissance qui dépassent les 6%, cela peut être excellent. Mais quand la
croissance baisse on ne peut pas faire de l’excédent budgétaire."
Pour le Franco-Béninois, il est indispensable, aujourd’hui, d’investir
dans le bâtiment, dans les infrastructures de transport et dans tous les
secteurs vitaux. "Aucun des instruments utilisés dans le monde ne
doit être interdit à l’Afrique sous prétexte qu’elle est encore fragile",
avait-il déclaré.
S’endetter ? Oui, mais pas à n’importe quelles conditions, estime pour
sa part Yves Ekoué Amaïzo, économiste togolais, membre du groupe de
réflexion Afrology. D’après lui, même assouplies, les conditionnalités
du Fonds monétaire international ne sont pas forcément avantageuses.
"Jusqu’à présent le FMI, n’a pas encore prouvé son efficacité",
affirme-t-il en prônant la vigilance aux Etats africains. "Avant de
faire de nouveaux emprunts, les Etats africains doivent d’abord bien
réfléchir", indique-t-il. Ils doivent s’endetter pour créer de la
richesse. Et les conditions de remboursement de ces emprunts ne
devraient avoir aucun lien avec leurs appareils productifs, comme cela a
été le cas dans les années 1990 avec les mesures d’ajustements
structurels et la paupérisation des pays qui en ont découlé.
Créer un Fonds monétaire africain
A l’instar de l’Amérique Latine, l’Afrique devrait-t-elle aussi chercher
à s’affranchir de l’aide des institutions de Breton Woods ? C’est ce que
pense Sanou Mbaye, économiste sénégalais et auteur de l’Afrique au
secours de l’Afrique. "Les Africains, avait-t-il indiqué à Afrik.com,
se doivent de mobiliser leurs propres ressources en se dotant de bourses
régionales et nationales de valeur afin d’engranger des investissements
directs nationaux, régionaux et étrangers." Yves Ekoué Amaïzo, lui,
propose même la création d’un Fonds monétaire africain qui sera financé
par les réserves excédentaires des pays du continent qui sont
"solvables", comme la Lybie par exemple. Ce fonds viendrait en aide
aux pays du continent qui sont en difficultés en leur prêtant de
l’argent sous des conditionnalités africaines.
Les dirigeants africains devraient donc cesser de se comporter en
quémandeurs auprès du FMI et de la Banque Mondiale, et chercher à mettre
en place des institutions continentales fiables pour soutenir un
développement durable de l’Afrique.
Source: Afrik.com
vendredi 24 avril 2009, par Stéphane Ballong |
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