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La Syrie teste des Armes Chimiques au Darfour : Que disent l’Union Africaine et l’Onu?

Le quotidien allemand Die Welt, repris par le journal français Le Nouvel Observateur*, a révélé, d’après les rapports de services secrets européens, que la Syrie avait testé des armes chimiques sur les populations civiles du Darfour, dans le cadre d’une coopération militaire avec le Soudan.

La date exacte des essais semble encore difficile à établir, mais la période de juin 2004 ne fait pas de doutes selon ces sources européennes des mieux renseignées. En effet, les relations syro-soudanaises s’étaient réchauffées depuis que, en mai 2004 au Soudan, une délégation syrienne avait proposé une coopération militaire dans le domaine des armes chimiques à des représentants du gouvernement de Khartoum. La guerre civile meurtrière voire génocidaire en cours dans le Darfour à l’ouest du Soudan, responsable de 30 000 à 50 000 morts essentiellement civils depuis février 2003, devait fournir à la Syrie le macabre terrain d’expérimentation de ses armes chimiques.

Il est vraisemblable que opportunément, la délégation soudanaise ait préféré tester les armes sur des populations civiles sans défense, plutôt que sur les soldats rebelles non musulmans, le Mouvement de Libération du Soudan [MLS] et le Mouvement de la Justice et de l’Egalité [JEM] étant alors en négociation de paix avec le pouvoir soudanais.

En juillet 2004, toujours selon le journal allemand Die Welt, plusieurs dizaines de corps congelés avaient été acheminés dans un hôpital de Khartoum [probablement l’hôpital Al Fashr], ils portaient des blessures étranges et n’ont été examinés que par une équipe de «médecins» syriens inconnus, après bouclage de l’aile du bâtiment par l’armée soudanaise. Plus tard, les corps en question, sous surveillance militaire, auraient tout simplement disparu.

Cette information gravissime, si elle est vérifiée, exige une réaction appropriée des Africains, opinion publique et pouvoirs politiques à la mesure de la dimension exterminationniste de la situation globale du Darfour et des logiques de charognards, de prédateurs qui prolongent en s’y alimentant, le cycle de l’horreur des populations noires non musulmanes. Otages des affrontements entre armée soudanaise, milices djanjawids [factions arabo-islamiques] et rebelles négro-africains, déplacées dans une ampleur qui fait craindre le pire, [plus de 1,2 millions de déplacés, 200 000 réfugiés au Tchad], les populations civiles souffrent un martyr qui puise ses racines dans les pratiques esclavagistes anciennes de la traite arabo-musulmane. De facto, les razzias esclavagistes, l’asservissement au nord Soudan des populations négro-africaines non musulmanes est une pratique séculaire dans ce pays, et la considération des animistes et chrétiens mélanodermes soudanais tient à peu de choses.

La probable «coopération militaire» syro-soudanaise utilisant comme cobayes des populations noires non musulmanes n’a rien d’irréaliste, au regard du rapport historique des populations non musulmanes du sud et de l’ouest Soudan, avec le pouvoir autocratique et esclavagiste de Khartoum. Il y a cependant là un échelon de gravi dans l’abomination humaine, et dans l’indifférence assourdissante qui l’accompagne. D’une part la détermination d’une population cible comme taillable, corvéable, esclavisable à merci, sans réaction régionale africaine ni internationale notable. D’autre part l’exploitation cynique de la situation d’une communauté menacée de disparition physique ou ethnique, à des fins d’expérimentation militaire, le négro-africain non musulman déchu de toute humanité devenant en condition, la possession chosifiée de l’autre, africain ou non africain arabo-musulman.

La question de l’expérimentation et de l’utilisation d’armes chimiques et bactériologiques sur des populations noires n’est pas nouvelle. Elle a culminé [pour ce que l’on sait aujourd’hui] en Afrique australe dans le contexte de la lutte des négro-africains contre le système de l’apartheid, mais aux Etats-Unis des populations noires ont fait l’objet d’inoculations expérimentales de maladies à leur insu, idem des colonies et anciennes colonies européennes en Afrique. Il est connu que l’Afrique du Nord au moins avait reçu du sang contaminé français [connu tel des dirigeants français] dans le scandale des années 80-90 dit « du sang contaminé », lors d’exportations de sang infecté de Vih/Sida, utilisé notamment par des hémophiles. On ne sait rien sur l’éventuel versant subsaharien de cet empoisonnement d’état…

Aujourd’hui se trouve reconstitué, comme pendant les siècles de traites négrières européennes et arabo-musulmanes, un contexte global, et un statut international d’exception d’humanité pour les populations mélanodermes, négro-africaines en particulier. Ainsi rien jamais ne sera trop grave pour ce qui est de l’Afrique. L’horreur y restera banalisée, les états plus ou moins puissants du monde pourront maintenir une honorabilité aux yeux de la communauté internationale, en développant des stratégies criminelles et génocidaires sur ce continent damné. Il n’y aura pas de contradiction à appliquer une répression sanglante contre des Noirs africains en Libye, financer des guerres civiles lucratives et revendiquer pour le même état un leadership en panafricanisme. Pas plus que fabriquant de guerres, de conflits du pétrole et du pré carré, la françafrique pourra toujours à l’envi se parer des atours du défenseur et de l’ami de l’Afrique et des Africains.

Le pire se rapproche dès lors que les politiques et élites intellectuelles négro-africains de toutes tendances ne semblent pas réagir, vouloir ou pouvoir le faire, par rapport à cet apocalyptique état de fait, cette constitution d’une humanité préposée légitimement à l’enfer terrestre. Une frange des populations africaines, afrodescendantes et mélanodermes non seulement ne trouve aucun intérêt à se manifester, pis, trouve normal ou banal, dénudé de toute spécificité ces abominations. L’engrenage légitimant la barbarie est en cours de consommation, à force de répétitions impunies, d’implication et de complicité des nations dominantes et «démocratiques», modèles politiques, références actuelles de civilisation. L’horreur, par impunité et par la responsabilité active des intérêts géostratégiques des « grands » s’auto-justifie. Il n’y a pas d’antinomie à prôner les droits de l’homme et instrumentaliser des crimes de masses et des régimes dictatoriaux pour ses intérêts, quand seules les populations mélanodermes, faibles et sans capacité de nuisance sont victimes.

En revenant sur la question des armes chimiques utilisées contre les populations du Darfour, on attend les déclarations et actions des responsables de l’Union africaine et de l’Onu, dont l’éminent secrétaire général pourrait être confondu un jour, au plan du phénotype, à un habitant du sud ou de l’ouest du Soudan… Il n’est peut-être pas neutre que de telles révélations soient faites au moment où des discussions et négociations africaines sont entreprises pour obtenir l’arrêt des violences et entrevoir une issue au conflit… Les faits en eux-mêmes, leur médiatisation, le moment de leur publication en appellent nécessairement à circonspection.

* Voir Le Nouvel Observateur, Die Welt, du mercredi 15 septembre 2004

Source: Afrikara



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