|
L'impérialisme "humanitaire" de la France
en Afrique À la fin du mois de juillet, le président Chirac
annonçait une intervention militaire française au Darfour, la région ouest
du Soudan qui subit une guerre civile meurtrière. Les massacres datent de
1983 au sud-Soudan, de décembre 2002 au Darfour et viennent de toucher le
Nil bleu. Selon l'ONU, il y aurait déjà 30000 morts et plus d'un million
de personnes déplacées. Des populations entières fuient au Tchad et vivent
sous la menace de la famine et des épidémies.
D'où vient la guerre civile au Darfour ?
Les oppositions entre populations africaines et arabes, entre nomades et
paysans sédentaires, entre la province (la plus pauvre du pays) et le
pouvoir central existent de longue date. Mais les deux grandes bandes
armées se faisant alors la guerre, celle de la dictature militaire et
islamiste du nord-Soudan du général-président Omar El Béchir et celle de
l'ALS de John Garang, la guérilla chrétienne occupant le sud-Soudan, les
ont sciemment attisées. Le gouvernement soudanais, ne pouvant utiliser son
armée dont les soldats sont souvent originaires du Darfour, a massivement
armé une contre-guérilla de cavaliers arabes recrutés dans les populations
nomades, les Janjawids, sans pitié pour les populations noires africaines
et paysannes.
Que fait la France au Soudan ?
Officiellement, l'armée française, accueillie favorablement par les deux
gouvernements, tchadien et soudanais, intervient au nom de la communauté
internationale dans un but humanitaire, pour séparer les combattants et
faire pression sur eux. La réalité est bien différente. L'ONU, sous la
pression des USA, avait proclamé un ultimatum expirant le 30 août contre
le gouvernement soudanais en lui intimant l'ordre de faire cesser les
massacres. Le gouvernement français a obtenu d'atténuer la résolution (en
faisant enlever la menace d'intervention et le terme de génocide) puis
s'est présenté comme responsable de sa bonne application en prenant
l'initiative de l'intervention. Le gouvernement soudanais a accueilli avec
félicitations l'intervention militaire française tout en faisant descendre
dans la rue des milliers de manifestants dans la capitale Khartoum contre
la menace d'intervention anglo-américaine. Michel Barnier, ministre des
affaires étrangères, interviewé par Le Monde du 9 août 2004 explique:
"Misons sur la volonté et la capacité des autorités de Khartoum de
respecter leur parole". Libération du 23 juillet 2004 écrit: "Heureusement
que la France existe! Sinon où iraient les dirigeants soudanais qui se
font tous les jours remonter les bretelles par la communauté
internationale au sujet des exactions au Darfour". Même Le Figaro, dans
son article du 30 juillet 2004, plaçait entre guillemets les "visées
humanitaires" de l'intervention française!
"Notre ami" Omar El Béchir
Le gouvernement français a proposé ses services au régime soudanais au
début des années 1990, suite à la rupture des États-Unis avec le Soudan.
Par la suite, les USA ont soutenu la guérilla chrétienne du sud, celle de
John Garang et la France a appuyé le régime islamiste soudanais. Le 25
août 1994, L'Évènement du jeudi détaillait les fournitures d'armes
françaises au Soudan en guerre. Afrique-Asie de septembre 1994 écrivait:
"grâce à l'intervention de Paris, le gouvernement s'apprête à lancer une
grande offensive contre les rebelles du sud Soudan depuis le Zaïre
voisin." À l'époque où le Soudan hébergeait un Ben Laden en rupture avec
les USA, la France cultivait des relations multiples avec ce pays:
investissements pétroliers de Total, constructions de l'entreprise du BTP
Grands Travaux du Midi, ventes d'avions Airbus, etc. Libération du 12
janvier 1995 titrait: "La France est aux petits soins pour la junte
islamiste de Soudan". En janvier 1996, la France donnait sa caution pour
que le FMI reprenne sa coopération avec le Soudan. En février 2004,
DeVillepin, à l'époque ministre des affaires étrangères était reçu en
grande pompe à Khartoum et déclarait: "des relations d'estime et d'amitié
profonde unissent le président Chirac et le président El Béchir" et
parlait de "coopération en augmentation constante" et de "relations
excellentes". Omar El Béchir vient de faire officiellement la demande
d'adhésion à la Francophonie, ce club des dictateurs alliés de
l'impérialisme français. Mais cela fait longtemps qu'il appartient à la
Françafrique, ce club d'affairistes, de barbouzes, d'espions et de
militaires français et africains.
L'humanitaire ?
Pour les USA, qui ont déjà réussi à imposer au régime de Khartoum de
négocier le partage du pouvoir (et des revenus du pétrole) avec la
guérilla du sud, cette situation est une bonne occasion de pénétrer dans
le "pré carré colonial français", en opposant les régimes tchadien et
soudanais, tous deux alliés de la France. Les USA ont une visée évidente
sur le pétrole tchadien qui commence seulement d'être exploité.
L'intervention française a consisté à occuper la frontière pour éviter que
les milices la traversent et contrer ainsi la manoeuvre américaine, pas à
sauver les populations de la guerre civile, de la famine et de l'épidémie
d'hépatiteE. Les interventions militaires de l'impérialisme français, de
l'opération d'appui aux génocidaires du Rwanda de 1994 (qui a encore des
conséquences meurtrières au Congo et au Burundi) aux multiples
interventions actuelles en Afrique (Côte d'Ivoire septembre 2002,
Centrafrique mars 2003, Libéria mai 2003, République du Congo juin 2003 et
maintenant au Tchad et au Soudan), sont aussi humanitaires que
l'incendiaire qui joue les pompiers.
Robert PARIS
Source: http://www.redglobe.de
Lire aussi:
Droits de l'homme à géométrie variable:
Le Quai d'Orsay ne se prive pas de faire savoir qu'il a saisi le Haut
Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme à la suite des informations
faisant état de charniers et d'escadrons de la mort en Côte-d'Ivoire. |
 |
Lire aussi: Urgence au
Darfour
Le Soudan
 Réagissez à cet article!
|