L’Occident s’autorise ce
qu’il avait interdit dans l’UMOA
Interdits d’intervention par la Banque mondiale et le FMI, les pays
de l’UMOA ont dû se résoudre, il y a 25 ans, à laisser le quart des
banques tomber en faillite. Face aux risques sur les banques
occidentales, le FMI prône aujourd’hui l’intervention des États.
Les banques et assurances américaines sont nombreuses à avoir touché le
fond de la spirale dépressive dans laquelle elles s’enfonçaient depuis
une année. Avec des pertes estimées à des centaines de milliards de
dollars, elles sont, pour la plupart, dans une situation de
quasi-faillite. Leurs homologues et partenaires européennes sont
incidemment dans la tourmente, comme les bourses du monde développé qui
dévissent et se reprennent de temps à autre.
Leur plus grand espoir repose sur le plan Paulson, défendu par le
président Bush et les deux candidats à sa succession, McCain et Obama.
Accrédité par le Congrès américain, il coûtera au contribuable américain
entre 700 et 1400 milliards de dollars en procédant purement et
simplement à une vaste opération de nationalisations.
Nationalisations ? Cette carte est, en théorie, l’hérésie suprême dans
les pays de la libre entreprise. Mais les gouvernants et les grands
argentiers du monde développé savent, depuis bien longtemps, que le
"tout marché" a ses limites, et que l’État se doit d’intervenir en cas
de crise majeure. Les élites américaines ont fait, là-dessus, leur
religion depuis les années trente. Ils restent convaincus que si la
crise de 1929 avait pris son ampleur dévastatrice et mené le capitalisme
au bord du gouffre, c’est parce que la Federal Reserve et les autorités
publiques avaient laissé les banques s’effondrer en refusant d’injecter
les liquidités nécessaires pour rétablir la confiance et la croissance
régulière de l’économie réelle.
Le gendarme de l’orthodoxie financière à l’échelle du monde, le Fonds
monétaire international, conforte les dirigeants américains actuels dans
leur choix interventionniste. Ainsi, pour Dominique Strauss-Kahn, son
directeur général, "l’effort initial des finances publiques doit être
massif. Mais, si cela n’était pas le cas, des efforts budgétaires
importants seraient alors nécessaires pour garantir la stabilité à long
terme des finances publiques."
Récession
Un quart de siècle plus tôt, dans les années quatre-vingts, les banques
de l’Union monétaire ouest-africaine étaient dans une situation de crise
analogue à celle que traverse le système américain. Une trentaine
d’entre elles étaient alors en situation de cessation de paiement, en
faillite. Et les causes étaient sensiblement les mêmes. L’économie
mondiale était en crise, sous l’emprise des deux premiers chocs
pétroliers. Les pays de l’Union subissaient d’autant plus durement cette
récession qu’ils faisaient face à une sécheresse qui perdurait depuis
une décennie et que les cours de leurs principaux produits d’exportation
(café, cacao, arachide, coton, etc.) s’étaient effondrés sur le marché
mondial. Ces facteurs sont venus accentuer les faiblesses internes au
système bancaire sous-régional. Celui-ci souffrait d’une dégradation
prononcée de la qualité de ses actifs due à une gestion laxiste et
défectueuse qui entraîna le développement inconsidéré des créances
malsaines.
Les États de l’Union s’étaient vus interdire tout recours à des fonds
publics pour sauver les banques.
Mais, contrairement à ce qui est de mise en ce moment, les États de
l’Union mis sous ajustement structurel par la Banque mondiale et le FMI
s’étaient vus strictement interdits de faire recours à des fonds publics
pour sauver les banques en faillite et dans le capital desquelles ils
étaient, par ailleurs, déjà présents. Une des explications données était
leur surendettement. Pourtant, l’administration américaine et les États
européens sont, dans le contexte actuel, tous surendettées. Mais l’on
accepte qu’ils s’endettent davantage pour financer les opérations de
sauvetage de leurs banques en déliquescence.
Assainissement
Les États de l’UMOA avaient plutôt été contraints de liquider purement
et simplement les établissements insolvables, soit le quart du réseau
bancaire de l’Union, et d’assainir en profondeur le reste du système,
sous la houlette des institutions de Bretton Woods. Les réformes
libérales mises en œuvre étaient, notamment : la libéralisation des taux
d’intérêt et surtout l’institution de mesures prudentielles pour veiller
au respect des conditions d’exercice de la profession bancaire, assurer
le contrôle quantitatif de la liquidité bancaire, accroître la sécurité
du système financier et orienter la structure de l’épargne et du crédit
vers l’économie réelle. Il s’y ajoutait le recouvrement des créances
douteuses et l’apurement des arriérés des États.
Libéralisation, régulation et rigueur ont été les maîtres mots du
sauvetage du système bancaire de l’UMOA qui, au final, ont donné les
résultats escomptés. Le dernier s’est progressivement reconstitué et est
devenu nettement plus attractif. Aux mêmes maux, les mêmes remèdes. La
crise que traverse le système financier international est bien le fait
de sa dérégulation à outrance et de ses prises de risques excessives, en
particulier aux États-unis. Il ne servirait à rien d’y injecter des
milliards et des milliards de dollars, sans qu’il ne lui soit imposé des
normes prudentielles plus rigoureuses, des principes comptables plus
fiables et des règles de transparence acceptables en pratique.
17-10-2008
Par Amadou Fall, Dakar
Source: http://www.lesafriques.com |
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