Afrique: la corruption en développement
Selon un récent sondage d'opinion, l'action des gouvernements pour
combattre la corruption est insuffisante
Au Nord comme au Sud, les faits de corruption se multiplient, souvent
sous le regard complaisant ou complice des individus ou groupes au
pouvoir. Il est étonnant de voir que dans un monde aussi informatisé,
les moyens se soient pas encore mis en place pour éviter ces travers.
ndlr.
Des millions de personnes à travers le monde sont directement
confrontées avec la corruption dans leur vie quotidienne, et réclament
une action urgente de la part de leur gouvernement pour la stopper.
Telle est l'implacable conclusion qui ressort du baromètre de
Transparency International sur la corruption globale en 2006, lancé
aujourd'hui avant la journée internationale contre la corruption du
samedi 9 décembre.
Le Baromètre 2006, qui est un sondage de l'opinion publique réalisé pour
Transparency International par Gallup International, étudie l'importance
de la corruption à travers le regard de citoyens ordinaires de tous les
coins du monde. Il analyse la problématique de la petite corruption avec
une exhaustivité jamais atteinte auparavant, apportant un éclairage
particulier sur les expériences personnelles des personnes confrontées à
la corruption et identifiant les secteurs les plus affectés par
celle-ci, son occurrence et ce que doivent payer ceux qui en sont
victimes.
«Ce sondage effectué à l'échelle mondiale montre l'effet dramatique de
la corruption sur les vies des individus. Son pouvoir est énorme», a
expliqué Hugette Labelle, présidente de Transparency International.
"Des services aussi élémentaires que l'électricité sont refusés aux
pauvres parce qu'ils n'ont pas les moyens de soudoyer le responsable.
Ils se retrouvent alors sans lumière, dans des nombreux pays leurs
enfants livrés au froid et le gouvernement ne peut fuir ses
responsabilités et doit agir."
Scepticisme face aux efforts déployés par les gouvernements
La plupart des personnes interrogées ont un avis négatif face aux
efforts de leur gouvernement pour combattre la corruption. En effet 69%
des sondés pensent que leur gouvernement n'est pas efficace dans la
lutte contre la corruption, ou que celui-ci n'a rien entrepris pour
l'éliminer, ou même encore que leur gouvernement l'encourage activement.
Seulement 22% ont jugé l'action de leur gouvernement «efficace» ou «très
efficace».
A l'échelle régionale, 42% des Européens et 50% des Américains estiment
l'action de leur gouvernement inefficace tandis que 19% des Américains,
15% des Asiatiques et 23% des Latino Américains déclarent que leur
gouvernement, en réalité, encourage la corruption. A l'inverse, les
opinions exprimées par beaucoup d'Africains ont été plus positives, même
si ces derniers jugent les actions menées par leur gouvernement dans le
cadre de la lutte contre la corruption d'une manière plus nuancée.
Des pots-de-vin pour obtenir des services publics indispensables
Les réponses à la question du Baromètre concernant les pots–de-vin payés
en relation avec les services publics montrent que la plupart du temps
les pots-de-vin sont, à l'échelle mondiale, versés à la police. En
Amérique latine par exemple, une personne interrogée sur trois en
contact avec la police finit par payer un pot-de-vin. Ceci indique que
l'application de la justice a été entravée par la corruption, faisant du
système judiciaire la troisième institution la plus corrompue.
« Les citoyens font confiance à la police pour les protéger; et aux
juges et à la justice pour punir les criminels. Si ces protecteurs sont
eux mêmes corrompus, certaines personnes perdent naturellement confiance
en ces institutions, d'autres se font justice eux–mêmes » estime Madame
Labelle.
C'est en Afrique que l'on paye le plus souvent des pots-de-vin pour
accéder à des prestations de services. L'obtention de documents
administratifs et autres permis est la principale cause de corruption,
avec un coût moyen de plus de 50 dollars. En général, le montant des
pots-de-vin versés aux sociétés publiques est beaucoup plus faible (6
dollars), une somme cependant assez importante pour priver une part
importante de la population irrémédiablement pauvre du continent
Africain d'électricité et d'autres services vitaux. « La population est
la victime de ce cercle vicieux de la corruption », ajoute Madame
Labelle.
En ce qui concerne les régions économiquement plus prospères, comme
l'Amérique du Nord ou l'Europe occidentale, le Baromètre a révélé que
beaucoup de personnes, bien qu'ayant peu d'expérience directe en matière
de corruption dans le secteur de prestations de services, étaient
cependant fortement préoccupées par la corruption à grande échelle dans
ce domaine. En Amérique du Nord, même si les pots-de-vin ne sont pas
versés de manière directe quotidiennement, les personnes interrogées
pensent que l'environnement des affaires ( 85%) et la vie politique (
89%) sont affectés plus ou moins largement par la corruption.
Une fois de plus, les partis politiques se révèlent être les plus
corrompus
Les citoyens ordinaires considèrent que les partis politiques, en
moyenne, font partie des institutions les plus touchées par la
corruption, suivis par les parlements et les députés puis par la
communauté des affaires. En outre, de nombreuses personnes interrogées
avouent avoir déjà versé des pots-de-vin à la police, bien que celle-ci
figure au quatrième rang des institutions les plus corrompues.
"La corruption a infiltré la vie publique et s'y est installée
durablement", souligne Robin Hodess, responsable de la politique et
de la recherche chez Transparency International. «Les représentants du
peuple sont élus pour remplir une mission primordiale: placer les
intérêts de leur concitoyens au dessus de leurs propres intérêts. Le
Baromètre montre que cette confiance est bafouée, au détriment de la
légitimité des officiels élus dans beaucoup de pays. C'est tout le
processus démocratique qui est en jeu si cet avertissement n'est pas
pris en compte».
Les autorités religieuses et les organisations non gouvernementales
font tout juste bonne figure.
Les évaluations des secteurs et des institutions sont présentées sous
forme de points sur une échelle de 1 à 5, 3 étant considéré comme la
note moyenne. Les institutions notées en dessous de 3 reflètent une
opinion du public plutôt positive que négative.
Globalement, seulement trois institutions enregistrent des opinions
positives: les institutions religieuses (2,8), les organisations non
gouvernementales ainsi que les bureaux d'état civil et de délivrance de
permis (2,9 pour les deux). Cependant, aucune de ces notes n'est
vraiment très positive.
La corruption affecte la vie privée, politique et commerciale
Il a été également demandé aux personnes interrogées dans quelle mesure
la corruption affectait leur vie privée, économique ou politique. La vie
politique semble être perçue comme le domaine le plus corrompu. Le
pourcentage des personnes interrogées qui pensent que la corruption
affecte leur vie privée ou familiale varie largement suivant les pays.
Chez les Européens, 22% estiment que la corruption affecte largement
leur vie personnelle, par rapport à 70% chez les Africains. En Bolivie,
au Kenya, au Nigéria, aux Philippines, en Corée du Sud et en Turquie,
plus de 70% des personnes interrogées ont affirmé que la corruption
affectait largement leur vie privée et familiale.
La solution reste la convention des Nation Unies
Ce sondage n'est pas seulement un avertissement sévère adressé aux
institutions du secteur public mais un appel urgent pour que des mesures
concrètes soient prises rapidement. A travers la convention des Nations
Unies contre la corruption et les résultats d'autres sondages sur ce
thème, les gouvernements disposent désormais d'une feuille de route
claire et de pistes concrètes d'amélioration pour répondre aux
préoccupations que les citoyens ont clairement exprimées dans le
Baromètre mondial sur la corruption.
Les pays signataires de la Convention seront présents lors de la
Conférence des Etats membres en Jordanie du 10 au 14 décembre afin de
décider du sort de l'unique instrument juridique global permettant de
lutter contre la corruption. Ils décideront du montant du budget qu'ils
s'engagent à débloquer pour surveiller sa mise en œuvre, et s'assurer du
respect de cet accord d'une importance fondamentale.
La Convention crée des obligations à tous les niveaux, que ce soit pour
protéger ceux qui révèlent les cas de corruption, pour empêcher les
criminels de se réfugier à l'abri de la justice ou définir des codes de
conduite pour les fonctionnaires. Elle contient des outils pour résoudre
un grand nombre des problèmes identifiés par le Baromètre et qui
affectent une grande partie des institutions ainsi que les citoyens qui
dépendent de ces dernières. Un signal d'alarme, selon Madame Labelle.
Pour Madame Labelle, « le rapport présenté aujourd'hui sur le Baromètre
est un signal d'alarme pour les gouvernements, qui doivent encore faire
de la lutte contre la corruption une priorité absolue. Les citoyens se
sont exprimés sans équivoque, et les gouvernements doivent agit pour
mettre un frein à la corruption sous toutes ses formes, arrêter le
blanchiment d'argent, protéger ceux qui révèlent les cas de corruption,
et s'assurer de la restitution du patrimoine pillé.
"La semaine prochaine, en Jordanie, les gouvernements ont la
possibilité de prendre des mesures concrètes pour mettre en œuvre la
Convention et pour surveiller son application. Mon message pour les pays
qui n'ont pas encore ratifié cet accord historique est clair : votre
absence est manifeste. Ceci est votre chance pour vous joindre à cette
lutte. Le monde vous regarde."
Le Baromètre sur la corruption mondiale est un outil clef pour mesurer
la corruption. Quatrième d'une série annuelle, il est basé sur un
sondage concernant environ soixante mille personnes regroupant 62 pays,
réalisé par Gallup International, pour le compte de Transparency
International, dans le cadre de son sondage Voice of the People. Le
Baromètre de cette année inclut six nouveaux pays: l'Albanie, le Congo,
Fiji, le Gabon, le Maroc et la Suède. Les pays qui se sont retirés du
Baromètre depuis la dernière édition sont la Bosnie-Herzégovine, le
Cambodge, le Costa Rica, l'Equateur, l'Ethiopie, la Géorgie, le Ghana,
le Guatemala, la République d'Irlande, la Lituanie, le Nicaragua et le
Togo.
Le rapport global sur la corruption de TI sera publié au printemps 2007
et apporte un éclairage particulier sur la corruption et la justice. Le
système judiciaire et la magistrature font partie des trois institutions
les plus touchées par la corruption, selon le Baromètre 2006 sur la
corruption globale.
Auteur: Transparency International
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