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Afrique : Le continent de tous les conflits


Les conflits en tous genres ont encore renforcé l’ancrage du continent dans le sous-développement. Entre une génération qui s’accroche au pouvoir et une autre avide de liberté et de démocratie, les relations demeurent toujours tendues. L'ONU et l'UA, incapables de trouver des solutions durables aux crises qui secouent le continent se contentent d'observer et de prendre acte...


A défaut de perspectives, les Africains qui dirigent s’inventent des ennemis extérieurs, ou usent de répression et tuent quand ils sont confrontés, à l’intérieur, à une opposition. Les autres, eux, s’insurgent, souvent, et tentent de fuir toujours en quête de ciels cléments, mais rares sont ceux qui, dans les deux cas, réussissent à s’en sortir. Presque partout en Afrique, les violences ethniques, les conflits frontaliers, les luttes pour le pouvoir, la pauvreté, les maladies… ne semblent pas près de connaître leur fin.

Somalie : l’Ethiopie se lance dans la guerre. En juin-juillet, les milices des Tribunaux islamiques se sont emparées de la capitale, Mogadiscio, après plusieurs mois de combats sanglants contre une alliance de chefs de guerre soutenue par les Etats-Unis.

Depuis, elles contrôlent la majorité du centre et du sud de la Somalie et ont étendu récemment leur emprise militaire autour de Baïdoa, siège des institutions de transition. L’Ethiopie, pays frontalier de la Somalie, a dépêché des instructeurs militaires pour soutenir le gouvernement, mais nie avoir envoyé des troupes. Les tribunaux accusent Addis-Abeba d’avoir "déclaré la guerre" à la Somalie et appelé les Somaliens à défendre leur pays. L’Ethiopie a bombardé, le 25 décembre, deux aéroports en Somalie, dont celui de Mogadiscio, place forte des tribunaux islamiques.

Addis-Abeba a, en outre, décidé de pourchasser les forces des tribunaux à l’intérieur de la Somalie même, prétextant qu’ils représentent un danger pour sa sécurité interne. De son côté, l’Erythrée, un autre pays frontalier de la Somalie et dont les relations avec l’Ethiopie ont toujours été conflictuelles, soupçonnée de soutenir les Tribunaux islamiques, a nié être partie prenante dans le conflit somalien.

Après cette escalade du conflit et de peur d’un embrasement dans la corne de l’Afrique, le Conseil de sécurité de l’ONU a convoqué une réunion, au lendemain de l’entrée en lice de l’Ethiopie, alors que la Ligue arabe a décidé de se réunir, incessamment à Addis-Abeba, pour éviter l’extension de ce conflit.

Soudan : le Darfour encore et toujours... Le conflit au Darfour (ouest du Soudan) a persisté, en dépit de multiples sommets interafricains et d’un accord de paix en mai entre le gouvernement et la faction majoritaire du principal groupe rebelle, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM).

Le 31 août, l’ONU a décidé l’envoi d’une force de 20 000 hommes pour relayer la force de l’Union africaine (UA) mais Khartoum a rejeté ce projet, acceptant seulement un soutien logistique. La guerre au Darfour a éclaté en février 2003 entre des rebelles d’ethnies africaines et l’armée de Khartoum, appuyée par les Djendjawid.

Selon l’ONU, elle a fait plus de 200 000 morts, victimes des combats ou de la famine, et provoqué le déplacement de plus de 2 millions de personnes. Après la détérioration de la situation aux frontières du Soudan, de la Centrafrique et du Tchad, la communauté internationale a exprimé son inquiétude d’une "régionalisation" du conflit.

Tchad : Idriss Deby face à ses opposants. Le président Idriss Deby Itno a été à plusieurs reprises sérieusement menacé par des offensives rebelles accusées de trouver appui au Soudan. Après l’échec de leur offensive éclair contre N’Djamena, le 13 avril, les groupes rebelles lancent désormais des attaques ponctuelles et harcèlent l’armée dans l’Est.

Le 13 novembre, l’état d’urgence a été instauré sur une large part du territoire après des violences intercommunautaires. Depuis la fin de novembre, les mouvements rebelles (l’Union des forces pour la démocratie et le développement, UFDD, et le Rassemblement des forces démocratiques, RAFD) ont multiplié leurs opérations et attaqué plusieurs localités, dont Abéché et Biltine.

Des renforts français ont été acheminés. La signature, le 25 décembre à Tripoli, d’un accord entre le président tchadien, Idriss Deby Itno, et le chef rebelle, Mahamat Nour Abdelkrim, semble loin de marquer la fin des activités des rébellions.

République centreafricaine : et la France s’y met... La tension a également gagné la Centrafrique qui a, elle aussi, reçu des renforts français. Dans le nord-ouest du pays, des groupuscules rebelles et des "coupeurs de route" font régner l’insécurité depuis plus d’un an.

Dans le quart nord-est, les rebelles de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) ont pris, à la fin d’octobre, le contrôle de Birao, puis d’autres localités. Avec l’appui militaire de la France et des pays d’Afrique centrale, l’armée a repris, à partir de la fin de novembre, le contrôle de toutes les villes.

Nigeria : le pétrole de toutes les discordes. Le Nigeria fait face à des violences dans le delta du Niger (Sud) où les attaques contre les installations pétrolières sont de plus en plus fréquentes. L’insécurité dans cette région, d’où le Nigeria tire l’essentiel de son pétrole, a fait perdre au pays 25 % de sa production quotidienne.

Au cours des six derniers mois, quelque 600 personnes, dont un certain nombre d’étrangers, ont péri dans ces attaques, et plus de 180 travailleurs sur ces installations ont été pris en otage par des groupes séparatistes qui affirment lutter pour que les revenus du pétrole profitent davantage aux communautés locales. Plus de 200 personnes ont trouvé la mort dans une opération de récupération clandestine du carburant.

RD Congo : transition houleuse. La RDC a organisé des élections présidentielle, législatives et provinciales, les premières libres et démocratiques depuis 41 ans. La nouvelle Constitution a été promulguée en février, entérinant la première étape vers la sortie d’une délicate transition politique après une guerre régionale (août 1998-déc 2002).

Les Congolais se sont rendus massivement aux urnes, le 30 juillet dernier, pour le premier tour de la présidentielle et les législatives (un seul tour), puis le 29 octobre. Le 27 novembre, Joseph Kabila a été proclamé vainqueur de la présidentielle (58,05 %) après des semaines de tensions à Kinshasa, secouée par des violences post-électorales en août et novembre.

L’Est de la RDC reste la région la plus instable du pays.

Côte d’Ivoire : impossible retour aux urnes. Le Conseil de sécurité de l’ONU a institué, le 1er novembre, une nouvelle phase de transition politique, face à l’impossibilité d’organiser des élections dans un pays coupé en deux depuis une tentative de coup d’Etat rebelle en septembre 2002.

Il a reconduit pour un an le président Laurent Gbagbo et son Premier ministre, Charles Konan Banny, en donnant des pouvoirs très élargis à ce dernier pour mener le pays à des élections, suivant en cela une recommandation de l’UA. A la mi-janvier, le sud du pays, sous contrôle gouvernemental, avait été secoué par plusieurs jours de manifestations des "patriotes", principalement contre les personnels de l’ONU.

Au début de février, des sanctions avaient été prises par l’ONU contre trois personnalités ivoiriennes accusées de faire obstacle à la paix.

Ouganda : des élections et une trêve. L’Ouganda a organisé, en février, ses premières élections présidentielle et parlementaires multipartites depuis 26 ans, au cours desquelles le président Yoweri Museveni a été réélu.

D’autre part, des pourparlers de paix ont été entamés, en juillet dernier, entre le gouvernement et la rébellion de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA, destinés à mettre fin à 18 ans de guerre civile dans le Nord (des dizaines de milliers de morts, 2 millions de déplacés).

Les rebelles et le gouvernement viennent de renouveler la trêve signée en août.

Rwanda : Paris irrite Kigali. Le 24 novembre, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France après les poursuites réclamées par le juge français, Jean-Louis Bruguière, contre le président Paul Kagame et l’émission de mandats d’arrêt contre neuf de ses proches.

Le juge Bruguière a recommandé que M. Kagame soit poursuivi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour une participation présumée à l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, qui a précédé le génocide.

Togo: impunité totale. Le pays traverse une crise politique grave depuis la confiscation du pouvoir par le parti du défunt Gnassingbé Eyadèma (le RPT) et le coup d'état opéré par son fils Faure Gnassingbé. Plusieurs tentative sont en cours pour tenter de trouver une issue à la crise. Le pays est sur une poudrière, avec une crise socio économique sans précédent et une grave déprédation des biens publics et sociétés d'Etat.

La corruption se généralise et constitue désormais la principale source de revenus des fonctionnaires. L'opposition dénonce un certain soutien de la France au régime conspué par une grande partie de la population.

Gabon, Cameroun: Un pouvoir qui s'éternise; l'alternance n'est pas proche. Le pouvoir est détenu et conservé par un groupe au-delà de tout principe de démocratie.

Comme conséquence de ce mal-vivre sur l'ensemble du continent, des familles entières tentent de s'exporter en direction de l'Europe, des Etats Unis et du Canada...

Emigration : pacte euro-africain sur les "indésirés". Plusieurs rencontres euro-africaines se sont déroulées pour tenter d’endiguer les déferlements désespérés d’émigrants africains aux portes sud de l’Europe. Après une conférence en juillet à Rabat, les pays africains et européens se sont mis d’accord, en novembre en Libye, sur une approche globale de l’émigration en adoptant un pacte inédit combinant sécurité et développement.

De janvier à début décembre, plus de 30 000 émigrants clandestins africains ont débarqué aux Canaries. De nombreux drames de l’émigration ont eu lieu avec une multitude de naufrages d’embarcations de clandestins.


Avec des textes de Aït Challal Mohand



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