De la compétence universelle
vers une politisation du droit positif
"La compétence universelle se définit comme la compétence exercée par
un État qui poursuit les auteurs de certains crimes, quel que soit le
lieu où le crime a été commis, et sans égard à la nationalité des
auteurs ou des victimes." (Centre de droit international ULB). Ce genre
de disposition légale sert à empêcher l'impunité de crimes graves qui
seraient commis dans des régions particulièrement instables dont les
habitants, citoyens du monde, ne bénéficieraient pas de protection
légale adéquate.
Le cas français
En droit français, le génocide est un crime prévu et réprimé par les
articles 211-1 et 213-1 à 213-5 du code pénal, au titre premier du livre
II, intitulé "Des crimes contre l'humanité". Ce crime est défini comme
le fait, en exécution d'un plan concerté tendant à la destruction totale
ou partielle d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou
d'un groupe déterminé à partir de tout critère arbitraire, de commettre
ou de faire commettre, à l'encontre de membres de ce groupe, l'un des
actes suivants :
- atteinte volontaire à la vie ;
- atteinte grave à l'intégrité physique ou psychique ;
- soumission à des conditions d'existence de nature à entraîner la destruction
totale ou partielle du groupe ;
- mesures visant à entraver les naissances ;
- transfert forcé d'enfants.
Les auteurs ou complices du crime de génocide sont punis de la
réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté
maximum de vingt-deux ans.
L'exception rwandaise
Dans le cas spécifique du génocide rwandais, on semble assister à une
totale désorganisation. Les justices nationales peuvent juger des crimes
qui relèvent de la compétence du TPIR, celui-ci gardant toutefois un
droit de préemption sur ces affaires, même après un jugement national.
En Belgique, quatre Rwandais ont été jugés pour participation au
génocide. En Suisse, un Rwandais a été jugé pour participation au
génocide.
En France, cette compétence universelle est établie juridiquement
notamment par la loi n° 96-432 du 22 mai 1996. Six plaintes ont été
déposées contre X, par des Rwandais, devant le tribunal des armées en
février 2005 pour complicité de génocide. Pourtant, lorsque la Belgique et la
Suisse semblent vouloir exercer et appliquer leur compétence
universelle, la France préfère se décharger de dossiers trop sensibles
et confie les accusés au TPIR.
Pour rappel, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a été
mis en place le 8 novembre 1994 par le Conseil de sécurité des Nations
unies afin de juger les personnes responsables d'actes de génocide et
d'autres violations graves du droit international humanitaire commis sur
le territoire du Rwanda, ou par des citoyens rwandais sur le territoire
d'États voisins, entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994.
Etude de cas
Je me suis intéressé à un procès assez étrange le 7 novembre dernier. Il
s'agissait d'étudier la recevabilité d'une demande de transfert au TPIR.
Fait assez troublant, le site web de l'ONU déclare l'accusé coupable de
génocide (avant tout procès). Le titre: "TPIR : un responsable du
génocide rwandais arrêté en France"
Dans son plaidoyer, l'avocat général, assez peu convainquant, fait état
de légers vices de forme (déclarés pas trop graves) dans le traitement
du dossier concerné. On peut relever notamment l'absence de réquisition
et la présence dans le dossier, de photocopies de décisions traduites de
l'anglais, et sans aucune date...
On comprend dès lors la fureur des avocats de la défense, qui parlent de
manquements graves et de vices de forme dans le dossier. L'accusé quant
à lui, demande à être entendu par la justice française, craignant de
fait la diabolisation par le tribunal et la déportation finale vers le
Rwanda.
Déportation: le mot est lâché... Cela ne rappelle-t-il pas le passé tout
récent de la France, et la responsabilité de certaines familles dans la
crémation de nombreux pré-condamnés juifs? J'ai l'impression que
l'histoire se répète. Nous assistons actuellement à un véritable
dialogue de sourds. J'étais assis à côté du corbeau de l'affaire, un
français qui dit représenter la partie civile avec une trentaine de
plaignants (tous absents de la séance). J'ai réussi à surmonter mon
dégoût pour mieux regarder et tenter de comprendre la personne. Corbeau ou
vautour? J'ai titré mon brouillon: "Vichy, le retour"...
La question essentielle du jour: la fin du mandat du TPIR. Les avocats
de la défense évoquent en effet la date du 31 décembre 2008, avec le
risque du transfert des prisonniers vers le Rwanda qui devient, ironie
de l'histoire, juge et partie. L'avocat général, dans une diatribe digne
de Molière, avance, sans se convaincre lui-même, la possibilité d'un
renvoi de l'affaire devant la juridiction du pays de résidence: la
France. J'ai réussi à masquer un sourire, imaginant Sarkozy allant
rechercher "son" immigré pour l'arracher à la justice africaine...
Vers une vichiisation du droit français? Une façon peu élégante de venir
au secours de l'Elysée mis en échec au Rwanda.
Vers un règlement de la question rwandaise
A mon sens, la solution passe par un dialogue rwando-rwandais à l'instar
du schéma sud africain. Il est en effet assez étrange de voir le Rwanda
confier un problème interne à une communauté externe qui ne parle pas la
langue du pays. Lors de cette audience du 7 novembre, j'ai pu me rendre
compte à plusieurs reprises que le prévenu ne comprenait pas toutes les
finesses et jeux de mot du prétoire, à la grande joie de l'avocat
général qui avait du mal à étouffer ses quintes de rire.
Les populations rwandaises parlent pourtant la même langue et je demeure
convaincu que seul un dialogue franc entre les différentes communautés du
pays pourrait aider à résoudre la crise. Le fameux collectif des parties civiles en France est présidé par
un français qui, même s'il parle le kinyarwanda ou le swahili, est loin d'en connaître
toutes les subtilités. J'imagine très mal un procès franco-français avec un collectif
de français représentés par un tchadien...
La réponse à la demande du TPIR est attendue le 14 novembre. Nous
allons tenter de suivre pour vous le dénouement de cette justice à
visage multiple.
Mercredi 14 novembre: La chambre de l'instruction de la cour
d'appel de Paris a ordonné mercredi le maintien en détention de l'accusé
en attendant l'examen de son éventuelle remise au Tribunal pénal
international pour le Rwanda (TPIR), qui l'accuse d'avoir participé au
génocide en 1994. La justice semble ainsi faire l'affaire du ministère
des affaires étrangères. On se demande qui contrôle qui. Le corbeau
jubile, une joie certainement sadique; il déclarera même en privé: "Je
vais me faire quelques millions avec cette affaire" sic.
Sarkozy quant à lui, est en train de réussir son projet... et un de
moins.
Je suis africain et j’ai beaucoup de mal pour mes frères rwandais
instrumentalisés par la communauté internationale avant, pendant et
après le génocide.
Germain Lawson
pour Afrology |
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