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La Coalition : Document sur
l’état d’application des 22 engagements
Document sur l’état d’application des 22 engagements remis à la mission
d’évaluation de l’Union Européenne
1. Le Gouvernement SAMA a, au nom et sous l’autorité du feu Président,
le Général Gnassingbé Eyadema, souscrit lors des consultations du 14
avril 2004 à Bruxelles avec l’Union Européenne, 22 engagements en vue de
remédier au déficit démocratique et aux violations des droits de l’homme
que les populations togolaises endurent depuis des années.
Quinze mois après le démarrage des consultations, la Coalition constate
:
-
que le Gouvernement ne s’est pas conformé à l’essentiel des engagements pris
notamment aux deux fondamentaux concernant le dialogue national et le cadre
électoral consensuel, et a par là, mis dans une situation précaire les quelques
progrès relevés dans un certain nombre de domaines ; (I) -
que le non-respect
des 22 engagements s’est révélé tout particulièrement à l’occasion du scrutin
présidentiel du 24 avril 2005. (II)
2. Face à ce double constat, se pose la question de savoir comment
amener le Gouvernement à se conformer aux engagements pris de façon à
permettre aux populations togolaises de jouir pleinement des normes
garantissant la démocratie, les droits de l’homme et les libertés
fondamentales. (III)
- I - Quinze mois de manœuvres de contournement des engagements
fondamentaux
3. Deux missions de l’Union Européenne ont séjourné à Lomé, la première
en juin 2004, la seconde en juillet 2004 pour procéder à l’évaluation de
l’état de mise en œuvre des engagements souscrits par le Gouvernement
togolais.
Les trois partis (CAR, CDPA, UFC) ont, lors de chacune de ces deux
missions, remis à la délégation de l’Union Européenne, des documents
contenant leur appréciation de l’état d’application des 22 engagements.
Ils y ont notamment relevé les manœuvres par lesquelles le Gouvernement
s’employait à se dérober aux deux engagements fondamentaux concernant le
dialogue national et le cadre électoral consensuel. D’autres sont venus
s’y ajouter par la suite.
4. Parmi les manœuvres de contournement il convient d’en citer six :
(i) Il en était ainsi des consultations conçues en forme de défilé des
partis politiques et autres organisations aux lieu et place du dialogue
national. (ii) Il en était autant de la mise en place d’un comité
consultatif dont les membres sont tous issus de la sensibilité
présidentielle, pour élaborer le cadre électoral consensuel.
(iii) C’est dans la même stratégie de fuite en avant que le Chef de
Gouvernement à l’époque M. SAMA, a, lors de deux réunions tenues le 25
août et le 10 septembre 2004, cherché à faire démarrer le dialogue,
alors que le cadre qu’il avait proposé n’avait par recueilli
l’assentiment de l’Opposition CAR, CDPA, UFC.
(iv) Il a même déclaré à la séance du 25 août 2004 que le Gouvernement
pouvait se passer de l’application de l’engagement n°1-1 concernant le
dialogue national, dès lors que les 21 autres viendraient à être mis en
œuvre. Or, de par son libellé, l’engagement n° 1-1 est ouvert à toutes
les questions figurant ou non dans les 21 autres engagements, dont
l’examen serait de nature ‘’à assurer le plein respect des principes
démocratiques’’. Aussi est-ce à tort que le Premier Ministre a écarté
une proposition visant à faire inscrire à l’ordre du jour des
discussions, la question relative à la formation d’un Gouvernement
transitoire d’union nationale.
(v) On eut également du mal à comprendre que le Premier Ministre d’alors
M. SAMA ait transmis à l’Assemblée Nationale les quelques modifications
apportées au Code électoral de 2003 sans avoir cherché à recueillir
l’adhésion de l’Opposition CAR, CDPA, l’UFC.
C’était sans doute en réaction à ces manœuvres de contournement des deux
engagements fondamentaux que le Conseil de l’Union Européenne, réunie le
15 novembre 2004 à Bruxelles a, entre autres décisions, recommandé au
Gouvernement :
‘’ (a) la mise en oeuvre du dialogue national dans un cadre structuré et
transparent conformément à l’engagement n° 1-1 ; (b) la révision (dans
le contexte de ce dialogue) du cadre électoral garantissant un processus
transparent et démocratique conformément à l’engagement n° 1-3’’.
En vue de l’application de ces recommandations, le CAR, la CDPA et l’UFC
ont, à l’occasion d’une réunion tenue le 15 décembre 2004 remis au
Premier Ministre, un document contenant leurs propositions de révision
du cadre électoral. Il revenait au Premier Ministre de soumettre ces
propositions au dialogue national une fois le cadre défini. Mais tel ne
fut pas le cas.
(vi) Contre toute attente, le Général Gnassingbé Eyadema en a décidé
autrement en faisant annoncer par un communiqué de la Présidence du 15
janvier 2005 qu’il a arrêté d’autorité à son niveau la version du code
électoral à faire entériner par l’Assemblée Nationale.
5. Et c’est dans cet état déplorable de mise en œuvre des 22
engagements, que sera organisé quelques mois plus tard, le scrutin
présidentiel le 24 avril 2005 pour la désignation du successeur du Chef
de l’Etat décédé le 05 février 2005. Le dialogue national au sein duquel
devait être examiné, entre autres sujets, le cadre électoral, n’avait
même pas débuté, faute d’accord sur les modalités.
Les graves évènements qui ont émaillé le scrutin ont révélé que la
normalisation de situation recherchée à travers les 22 engagements est
un véritable échec.
- II - Mise à nu du non-respect des 22 engagements par le scrutin
présidentiel du 24 avril 2005
6. L’élection présidentielle du 24 avril 2005 a abondamment illustré
l’échec du processus des 22 engagements par le Gouvernement.
(i) Le pouvoir a, au mépris de l’engagement n°1-3, réédité à l’occasion
de ce scrutin et à une plus grande échelle, les fraudes qui ont émaillé
le scrutin présidentiel de juin 2003.
(a) falsification du fichier électoral par gonflement des listes
électorales dans les préfectures favorables au pouvoir, et par omission
des milliers d’électeurs des listes électorales des préfectures
considérées comme proches de l’Opposition ; (b) rétention des cartes
d’électeurs dans les milieux considérés comme proches de l’Opposition et
remise de plusieurs cartes d’électeurs pour des votes multiples dans les
milieux favorables au RPT ; (c) bourrage et enlèvement frauduleux des
urnes opérés parfois par des agents des forces de l’ordre ; (d)
refoulement des délégués du candidat de la Coalition des bureaux de vote
notamment au moment du dépouillement des urnes ; (e) falsification des
procès-verbaux de dépouillement ; (f) blocage de la transparence des
opérations de décompte par interruption des réseaux de communication ;
Etc.
(ii) Nonobstant l’engagement n° 2-2, des milliers de jeunes ont été
arrêtés, incarcérés, pourchassés ou contraints à l’exil pour avoir
contesté la proclamation par la CENI du candidat du RPT comme vainqueur
du scrutin.
(iii) En violation de l’engagement n° 2-1, plus de 500 personnes ont été
victimes d’exécution extrajudiciaires, plus 2000 autres blessés,
torturés, portés disparus pour des raisons également d’ordre politique ;
(iv) En dépit des engagements n° 3-1 et 3-5, plusieurs journaux proches
de l’Opposition ont été interdits de parution et des stations de radio
et de télévision privées nationales ainsi qu’une station de radio
internationale ont été obligées de suspendre leurs émissions ; des sites
de Web ont été suspendus d’accès.
(v) Face à ces violations massives des droits de l’homme, les
juridictions togolaises n’ont pu faire preuve de l’impartialité que le
Gouvernement a promis de leur assurer par l’engagement n° 2-7.
(vi) La Sous Commission du Contentieux de la CENI, la Cour
constitutionnelle, la HAAC et la Commission Nationale des Droits de
l’homme ont, en ce qui les concerne, affiché sans retenue leur docilité
envers le régime. (engagements 1-3, 2-5, 2-7, 3-6)
Le processus des 22 engagements a été donc incontestablement mis en
échec par le Gouvernement.
"III - Mesures de rétablissement du processus des 22 engagements
7. À l’occasion du présent bilan de mise en œuvre des 22 engagements, il
convient de rechercher les mesures susceptibles d’assurer de façon
effective et non-précaire, le respect des 22 engagements.
8. Le Gouvernement risquerait de pourrir davantage la situation et de
faire encourir au pays des lendemains encore plus explosifs en cherchant
à précipiter de nouvelles élections avec l’offre d’accepter de prendre
des dispositions légales d’amélioration du cadre électoral.
Ce ne sont pas fondamentalement les textes régissant des élections qui
sont la racine de la crise togolaise. Si en 1998, en 2003 comme en 2005
les élections n’ont pas débouché sur l’alternance, c’est pour la simple
raison que le parti au pouvoir, le RPT a la mainmise sur tous les
départements ministériels et les institutions qui ont géré ces élections
ou en ont déterminé le sort.
Avec le gouvernement qui vient d’être formé, cette confiscation ne s’est
nullement desserrée. Les propos faisant croire qu’il s’agirait d’un
Gouvernement d’Union Nationale relèvent de la pure intoxication. Le
parti au pouvoir, le RPT, était tout au plus disposé à accepter la
formation d’un Gouvernement ‘’ouvert’’ à ses alliés (CPP, PDR, PSR).
9. A l’examen de la composition du Gouvernement du 20 juin 2005, on
constate que tout comme par le passé, le RPT s’est attribué tous les
portefeuilles clés dont il a besoin pour décider de l’issue des
élections à venir : Ministère de la Défense, Ministère de l’Intérieur,
Ministère de la Sécurité, Ministère de la Justice, Ministère de l’Economie
et des finances, Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération,
Ministère de l’Equipement et des Télécommunications, Ministère de la
Communication.
10. On n’entrevoit guère comment un Gouvernement ainsi composé peut
organiser des élections régulières et crédibles aux résultats
acceptables par tous.
En réalité, dans un contexte politique comme le nôtre où l’appareil d’Etat
est confisqué par le parti au pouvoir, il est illusoire de rechercher le
changement par des élections précipitées. On expose inévitablement le
pays à des rééditions de fraudes massives, au retour cyclique des
protestations violentes et à de nouvelles vagues de répressions
sauvages. Les élections n’ont de sens dans de pareils environnements
qu’après qu’on eût adopté une démarche politique intérimaire pour ‘’déconfisquer’’
l’Etat. De ce point de vue, la formation d’un Gouvernement d’union
nationale constitue la solution qui a fait ses preuves dans des pays
confrontés à des situations similaires à la nôtre.
11. C’est dans cet esprit qu’il importe que les élections en perspective
soient précédées d’un Gouvernement transitoire d’unité nationale à
former à l’issue d’un dialogue national.
Il appartiendra, entre autres missions, à ce Gouvernement de définir et
de mettre en œuvre les mesures d’apaisement des populations, de
promouvoir le climat d’entente entre les diverses composantes de la
classe politique, de procéder aux réformes électorales et
institutionnelles et d’organiser les prochaines élections.
12. Cette mesure ne sort pas du processus des 22 engagements dans la
mesure où l’engagement n° 1-1 prévoyant le dialogue national en est le
fondement, ainsi que nous l’avions précisé au point 4. (iv).
Il s’agit en somme de sortir l’engagement n°1-1 concernant le dialogue
national de l’approche formelle dans laquelle le gouvernement RPT l’a
jusqu’ici enfermé pour lui assigner une fonction opérationnelle.
13. La solution s’inscrit du reste dans la droite ligne de la
recommandation formulée par les Chefs d’Etat africains au mini-sommet
tenu à Abuja le 19 mai 2005 ; laquelle recommandation a préconisé ‘’la
mise sur pied d’un cadre de dialogue destiné à ramener le pays à la
normalité et à permettre la formation d’un gouvernement d’union
nationale représentatif de l’ensemble de la classe politique.’’
La recommandation d’Abuja n’a pu s’appliquer pour l’instant parce que le
parti au pouvoir, le RPT préfère un Gouvernement d’ouverture au
Gouvernement d’union nationale.
Or, il va de l’intérêt du pays que les sacrifices nécessaires soient
consentis pour que le schéma d’Abuja soit mis en œuvre.
14. La Coalition considère que l’organisation, dans le cadre de
l’application de l’engagement n° 1-1, d’un dialogue national sous
l’égide de l’Union Africaine et de l’Union Européenne avec le concours
d’un facilitateur, et la formation d’un Gouvernement transitoire d’unité
nationale à l’issue de ce dialogue constituent les mesures appropriées
pour un dénouement pacifique de la crise socio-politique du Togo.
Fait à Lomé, le 14 juillet 2005
La Coalition de l’Opposition 16 juillet 2005
L A C O A L I T I O N (ADDI - CAR - CDPA - UDS-Togo - UFC)
Ont signé pour la Coalition :
Me Yawovi AGBOYIBO
Prof. Léopold GNININVI
M. Jean-Pierre FABRE
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