Togo: Kofi YAMGNANE veut
"faire changer de camp à la peur"
CONFERENCE DE PRESSE (CAPE,Maison de la Radio, Paris, le 15 mars
2006)
DECLARATION LIMINAIRE
LES GRANDS PRINCIPES
Emmanuel Kant a dit: «l’homme est la fin des fins». Cela signifie que
tout ce qui porte atteinte à l’existence de l’homme ou à sa dignité est
un crime contre la Nature, c’est-à-dire un crime contre toutes les
existences auxquelles seul l’homme est donneur de sens. Depuis la fin de
la seconde guerre mondiale, la Communauté Internationale a pris
conscience qu’au- delà des droits positifs nationaux, il doit désormais
exister un contrat social, moral, juridique et pénal international
opposable aux Etats et aux individus quels que soient leur origine et
leur lieu de vie.
Le droit pénal international est né.
Il y eut ensuite de nombreuses autres instances internationales dont la
Commission Internationale des Droits de l’Homme, la Cour Européenne des
Droits de l’Homme, Le Tribunal Pénal International etc… Toutes ces
organisations poursuivent le même but: protéger le droit des citoyens du
monde que nous sommes tous devenus au-delà de nos appartenances
nationales, philosophiques ou religieuses. Il s’agit là d’une très
grande avancée de l’humanité pour elle-même.
LE CONSTAT
Cependant, force est de reconnaître que ce cheminement moral, salutaire
de l’humanité ne se fait pas sans résistance. De nombreux criminels
internationaux cherchent toujours à s’octroyer une impunité universelle
quelle que soit l’ampleur des crimes qu’ils ont commis. Ceci est valable
pour les criminels encore en cavale de l’ex-Yougoslavie. La mort de
Milosevic, survenue sans jugement il y a quelques jours, doit pousser la
Communauté Internationale à accroître sa vigilance afin de rendre
justice aux millions de victimes qui attendent réparation depuis si
longtemps.
Concernant l'Afrique, il n’y a pas qu’au Rwanda qu’il s’est passé des
crimes qui heurtent la conscience humaine. De nombreux pays africains
subissent encore à l’heure où je vous parle des exactions dégradantes,
voire mortelles, de la part des systèmes dictatoriaux qui les dirigent.
AU TOGO: LES FAITS
Au Togo, mon pays d’origine, il s’est passé, il se passe toujours des
choses qui révoltent et doivent révolter la conscience de tout homme
croyant à minima au respect de la dignité humaine. Un système
autocratique héréditaire a transformé depuis plusieurs décennies ce pays
en une terre de souffrance, de négation des droits humains élémentaires
pour des millions de Togolais et de prédation pour des hordes de
charognards nationaux et internationaux de tout poil et de tout acabit.
Des crimes y sont régulièrement commis, souvent dénoncés par la Ligue
Togolaise des Droits de l'Homme, la Ligue Internationale des Droits de
l’Homme, Amnesty International, les Associations de la société civile et
politique Togolaise. Malgré ces dénonciations itératives, la Communauté
Internationale a toujours joué les Ponce Pilate comme si la mort de
Togolais innocents, la disparition de Togolais innocents, la destruction
physique, mentale et psychologique de Togolais innocents ne méritaient
pas d’être retenus comme des faits intolérables.
L’année dernière de graves exactions ont eu lieu au Togo qui ont
occasionné la mort de plusieurs centaines de Togolais (400 à 500) et
l'exil de plusieurs centaines de milliers d'autres, y compris des
militaires, selon le rapport des Nations Unies. Les responsables de
cette immense tragédie sont là au Togo, continuent à sévir et à
terroriser nos compatriotes et à narguer la Communauté Internationale.
La campagne électorale pour l'élection présidentielle a connu des
dérapages particulièrement sanglants et comme si cela ne suffisait pas,
des plans de répression ont été savamment élaborés et les moyens de mise
en oeuvre ont été acquis par les gouvernants eux-mêmes.
Le Ministre de l’Intérieur Togolais de l’époque, François BOKO refusera
de cautionner, au risque de sa vie, cette tragédie en préparation. Les
massacres à grande échelle qui ont été minutieusement préparés ont été
en partie exécutés tandis que la répression sanglante a atteint son
paroxysme lorsque pour défendre sa victoire, le peuple engagea l’épreuve
de la rue.
NOTRE DETERMINATION: obtenir une suite judiciaire au rapport des Nations
Unies.
C’est pour remédier à cette injustice que nous, membres de SURSAUT TOGO,
avons décidé de placer cette Communauté Internationale devant ses
responsabilités. Pour restaurer la confiance, rassurer ceux qui,
craignant pour leur vie, ont pris le dur chemin de l’exil au Bénin et au
Ghana voisins notamment, il convient de donner très rapidement une suite
judiciaire au rapport des Nations Unies. Depuis septembre 2005, ce
rapport est sur la table du Gouvernement togolais qui, hormis les
tergiversations cyniques tendant à mettre dos-à-dos les victimes et
leurs bourreaux, n’a pris aucune initiative pour donner une suite
judiciaire aux faits allégués et établis.
Nous refusons la résignation, le fatalisme, car nous sommes convaincus
que la liberté ne s’octroie pas, elle s’arrache par la détermination
d’un peuple éclairé par ses leaders.
A travers vous, nous voulons demander à cette Communauté Internationale
de nous aider à rendre justice aux Togolais et à empêcher que de tels
crimes se reproduisent au Togo ou ailleurs. C'est possible, c'est même
certain si l'hypocrisie cède la place à la sincérité.
Voilà l'objet de notre rencontre d'aujourd'hui. Les membres de SURSAUT
TOGO et avec nous, le cartel des oppositions politiques ainsi que tous
les Togolais épris de paix et de la volonté de respect pour leur dignité
attendent beaucoup de nous, mais aussi de vous. Vous êtes nos
médiateurs, indispensables pour lever la chape de plomb dont les
dirigeants installés par la force à Lomé tentent de couvrir les réalités
du Togo.
NOTRE DEVOIR
Mettre fin à l'impunité érigée en mode de gouvernance au Togo,
Désigner, arrêter les responsables de cet état de fait,
Les traduire sans délai devant les juridictions nationales et
internationales ad hoc pour les juger,
Faire punir tous les crimes et notamment ceux s'apparentant aux crimes
contre l'humanité,
Faire changer de camp à la peur: la tranquillité pour le peuple, la peur
chez les criminels!
Fait à Paris le 15/03/2006
Kofi YAMGNANE
Président SURSAUT TOGO
SURSAUT TOGO – B.P. 49 – 29150 Châteaulin |
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