Togo: Le GRAD inquiet de la
situation de blocage
Le code électoral Loi 92-003/MP du 8 juillet 1992 Modifié par
Ordonnance n° 93-02/PR du 16 avril 1993 en son article 17 alinéa 2
stipule: «La Commission électorale Nationale est chargée de l’impression
et de l’établissement des cartes électorales …» Du fait des
insuffisances de cet organe à la pratique avec le rejet des résultats
publiés des consultations électorales et dans le cadre de l’ACCORD-
CADRE DE LOME (ACL) du 29 juillet 1999, «Les parties au Dialogue inter
togolais sont convenues de transcender le passé et de se tourner vers
l'avenir.
Le déroulement régulier et transparent des prochaines élections
législatives, dont les résultats devront, en conséquence, être acceptés
par tous, constituera une étape décisive dans la consolidation de la
démocratie et dans le renforcement de la réconciliation nationale.
Pour assurer une totale transparence des élections futures, l'ensemble
des parties exigent qu'à l'avenir, compte tenu des insuffisances et de
certaines irrégularités constatées, il soit apporté au processus
électoral, des améliorations qui seront précisées et discutées par le
Comité paritaire de suivi, dans un délai de deux mois, sur la base,
notamment, des propositions de l'Union des Forces du Changement (UFC),
le Comité d'Action pour le Renouveau (CAR), le Parti Démocratique du
Renouveau (PDR), l'Union Togolaise pour la Démocratie (UTD) et partis
associés et de la Mouvance Présidentielle, jointes en annexe.
Une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), chargée
d'organiser et de superviser les élections, en liaison avec le Ministère
de l'Intérieur, sera mise en place.
La CENI sera composée de façon paritaire entre la Mouvance
Présidentielle et les partis d'opposition…..»
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le GRAD constate que
depuis cette volonté affichée de la classe politique togolaise ce 29
juillet 1999, rien n’a évolué. Tout se passe comme si l’on se joue de la
population togolaise. Comment comprendre que la règle du consensus, mode
souhaité et privilégié du fonctionnement des organes issus de l’accord
Politique Global du 20 août 2006, ne puisse conduire à la désignation du
président de la CENI comme convenu par l’APG ? Il y a lieu de se
demander si les acteurs de la vie politique du Togo, voudraient
réellement aller aux élections transparentes dont les résultats devront
être irréprochables donc acceptés de tous
Le GRAD observe avec beaucoup d’inquiétude la situation de blocage qui
entrave actuellement les activités de la CENI, au point de justifier la
rencontre d’une délégation de la CENI avec le Premier Ministre du
Gouvernement d’union nationale (GUN). Le GRAD constate que les
insuffisances dont il avait fait part dans ces déclarations antérieures
à propos de l’Accord politique global (APG) commencent à produire des
conséquences et tensions préjudiciables au bon fonctionnement du
mécanisme électoral envisagé. Et si l’on sait que l’APG vise
principalement l’organisation des élections législatives libres,
démocratiques et transparentes, il faut admettre que le blocage des
discussions au sein de la CENI est de nature à remettre en cause le
fondement même et la raison d’être de l’APG voire l’existence du GUN.
C’est pourquoi le GRAD invite les parties prenantes à l’APG à se
ressaisir, à retrouver l’esprit de compromis et de dialogue qui a permis
la signature de l’APG le 20 Août 2006, afin d’atténuer les souffrances
et la misère croissante du peuple togolais. Le GRAD a toujours insisté
sur la nécessité d’un dialogue franc et sincère, soucieux de donner la
priorité à une recherche effective de solutions de sortie de crise qui
tienne compte des préoccupations d’ordre institutionnel et
constitutionnel, sans oublier celles liées aux diverses frustrations
entretenues par les violations des droits de l’homme, l’insécurité et
l’impunité. Les faits semblent donner raison au GRAD qui n’a jamais
cessé de préconiser la vigilance dans la conduite du Dialogue
intertogolais, la rencontre de Ouaga et l’application de l’APG
proprement dite.
Le blocage actuel de la CENI fait penser à celui du Dialogue
intertogolais qui a pu trouver une issue grâce au recours à un
facilitateur en la personne du président Blaise CAMPAORE. Bien que l’APG
semble avoir prévu ces cas de figure et les possibilités d’y remédier
dans le cadre du Comité de Suivi, la présente crise de la CENI apparaît
fort préoccupante pour un bon nombre de raisons. D’abord cette crise
risque de compromettre le déroulement normal du processus électoral que
les parties prenantes à l’APG estiment déterminant pour le règlement
effectif de la longue crise togolaise de plus de quarante ans.
Ensuite le calendrier électoral quelque peu irréaliste au regard de
l’ensemble des activités prévues par la feuille de route de l’APG a peu
de chance d’être respecté. Le découpage de circonscriptions électorales,
le recensement pour la constitution du fichier électoral,
l’établissement de cartes d’électeurs infalsifiable, le montant de la
caution, l’observation des élections, le règlement du contentieux
électoral et la recomposition de la Cour constitutionnelle sont autant
d’opérations qui feront l’objet de discussions. L’importance de ces
points pour la réalisation de l’APG laisse entrevoir de vives tensions
en perspectives tant au niveau de la CENI qu’à celui du GUN ou même de
l’Assemblée Nationale.
Le recours au Comité de Suivi, comme principale instance d’arbitrage
dans le cadre de l’application de l’APG, s’impose sans toutefois perdre
de vue la place centrale qui devra être dévolue au peuple, dans une
vision concertée de recherche de solutions de sortie de crise. En effet,
au risque de se répéter, le GRAD pense que les insuffisances de l’APG
génèrent des contradictions porteuses de tentions internes entre les
principaux protagonistes, qui sont susceptibles de menacer profondément,
une fois encore, la paix sociale. Ce qui pourrait mettre en cause les
progrès et les efforts enregistrés ces derniers mois dans le processus
de normalisation de la vie socio-politique au Togo
Le GRAD estime en outre que la volonté d’enfermer l’APG dans le cadre
des 22 engagements et le souci d’organiser le plus vite possible les
élections législatives auraient probablement conduit à cette situation
préoccupante, où l’intérêt du peuple ne semble pas constituer la
principale priorité. La persistance de l’intransigeance des uns et des
autres est de nature à cristalliser les positions respectives des
parties prenantes à l’APG et à compromettre sérieusement l’organisation
même des élections législatives. Le GRAD saisit l’occasion pour rappeler
que la présente crise présage celle susceptible d’être engendrée par
toutes les formes d’incompréhension liées aux insuffisances de l’APG et
en l’occurrence par un éventuel déficit de transparence dans le
processus électoral. Le GRAD demeure convaincu que les élections
législatives sont loin de résoudre par elles seules la crise togolaise
sans un nécessaire recours à une Assemblée constituante. Le GRAD fait
observer également que la mission de celle-ci n’est pas automatiquement
identique à celle de la future Assemblée nationale issue du prochain
scrutin législatif. En effet, il ne faut jamais perdre de vue que les
modalités de réformes constitutionnelles restent encore celles définies
par la constitution actuelle en vigueur. Elles prévoient que toute
proposition de réforme doit émaner des 3/4 ou des 2/3 des députés élus
au parlement, pour être recevable. Le GRAD craint que ces conditions de
changement constitutionnel ne soient pas facilement réunies au sein de
la prochaine Assemblée nationale, compte tenu du contexte politique
actuel du Togo.
Lomé le 20 Décembre 2006 |
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