Un « projet d'accord
politique global » pour conforter le régime RPT
« La Coalition des Sept » vient d'adopter le projet d'accord
politique global présenté par le bureau du dialogue sous prétexte qu'il
comporte des avancées significatives par rapport à l'objectif fixé par
le dialogue.
Mais ni le projet initial, ni le projet « révisé », ni ce qu'est devenu
cette deuxième version, à savoir « le projet d'accord de base »
n'apporte aucune solution ni aucune perspective de solution au problème
du changement démocratique. Les prétendues avancées dont on parle ne
sont en réalité des avancées que pour le régime et son parti, le RPT, et
donc des facteurs de régression pour l'opposition démocratique.
Dans ces conditions, ce n'est pas parce que la « Coalition des Sept » a
adopté ce document qu'il faut considérer comme résolu le problème de ce
« projet d'accord politique global » et continuer d'avancer sans
regarder dans le rétroviseur. Il est au contraire indispensable de
revenir sur ce document pour expliquer en quoi il est fabriqué pour
conforter le régime.
Il importe de maintenir tant soit peu l'attention de l'opinion sur les
graves problèmes que pose ce « projet ». C'est une condition nécessaire
pour permettre à tous de détecter et combattre toutes les manœuvres
auxquelles il donne lieu au profit du régime en place.
C'est dans cet esprit que nous proposons les lignes suivantes à
l'attention de tous ceux qui veulent le changement démocratique au Togo.
1- Le « Projet » et le cadre électoral
Dans sa version 2, le projet d'accord est plus précis que le précédent
dans sa définition de la mission de la CENI. On ne dit plus que la
Commission est assistée par l'administration si elle le demande. Le
nouveau document la confirme dans sa mission « d'organiser et de
superviser les consultations électorales et référendaires, en liaison
avec le Ministère de l'intérieur et les autres services de l'Etat » .
Elle ne peut agir cependant que dans le cadre défini par des textes
législatifs et réglementaires spécifiques.
Dans le contexte politique actuel du Togo, qui d'autre peut élaborer ces
textes fixant le cadre de « l'assistance » si ce n'est l'assemblée RPT
actuelle, celle là même qui avait avalisé les coups de force de février
2005 ? Et dans ces conditions, où se trouve l'indépendance de cette CENI
? Pendant combien de temps encore veut-on continuer à tromper les
Togolais ?
Pour assurer une majorité automatique au RPT dans la composition de la
Commission et de ses démembrements, le principe de la parité est
maintenu. Le nombre des membres de la CENI reste donc inchangé: 5 pour
le RPT, 10 pour les partis signataires de l'accord cadre de Lomé, 2 pour
les organisations supposées représenter la « société civile » (GF2D et
REFAMPT) et 2 nommés cette fois-ci par le « gouvernement », et non plus
par « l'administration ». On sait bien que dans le contexte politique
créé par le régime de dictature, ces deux institutions se confondent
dans la réalité.
Le RPT a toujours la majorité dans les CELI, même si le nombre des
membres de ces démembrements de la CENI passe de 8 à 7. Les membres des
bureaux de vote (autre que le Président qui est désigné par «
l'Administration ») sont désormais nommés par la CENI « sur proposition
des CELI » . Le RPT ayant la majorité dans les CELI et dans la CENI, «
l'Administration » qui se confond dans les fait avec le Gouvernement, a
toute latitude pour nommer à la tête des bureaux de vote des hommes
acquis au régime.
En ce qui concerne les autres dispositions du cadre électoral
(conditions d'éligibilité, mode de scrutin, découpage électoral…), le
délai imparti à la cellule chargée de procéder à une étude approfondie «
est fixé à deux mois » , et la détermination des modalités du
recensement est du ressort exclusif du gouvernement, même si la CENI y
est associée dans la version 2 du texte. On voit bien que rien de
fondamental n'a changé dans la version 2 du projet ; elle traduit, comme
la version 1, la volonté du RPT et donc du régime, de poursuivre la
confiscation du pouvoir.
2- Le « projet » et les réformes institutionnelles
Le nouveau texte maintien la proposition d'une commission chargée de
procéder à une étude approfondie des propositions de réformes
constitutionnelles formulées lors des débats, ainsi que l'idée d'un
comité de rédaction chargée de la mise en forme des textes législatifs,
les conclusions de ces deux institutions devant être transmises au
gouvernement « en vue de leur prise en charge pour la prochaine
législature » .
Ces propositions ne changent rien au problème constitutionnel tel qu'il
est posé, c'est-à-dire le retour à la constitution de 1992.
Pour finir, et comme l'a indiqué la CDPA-BT dans ses dernières
publications, le texte met toujours en évidence la volonté du RPT de
renvoyer la question des réformes institutionnelles dans un lointain
indéfini pour éviter le retour à la constitution du 14 octobre 1992.
3- Le « projet » et les problèmes de sécurité
Le projet ne règle en rien la question fondamentale de la réforme de
l'armée et des forces de sécurité d'une façon générale, en particulier
pour ce qui concerne les activités des partis politiques sur le
territoire et pour ce qui concerne les élections.
Ce n'est pas parce que le texte, dans sa nouvelle version, aura demandé
au Gouvernement de désigner >« des personnes ressources pour étudier,
étroitement avec les corps concernés et avec le concours des partenaires
extérieurs, les problèmes de l'Armée et des autres Forces de Sécurité
ainsi que les solutions à y apporter », qu'il apporte un changement
fondamental.
Ce n'est pas en faisant cela que le problème d'insécurité sera résolu.
Les réponses à apporter à ce problème sont d'ordre politique. Elles ne
peuvent pas venir d'un régime qui s'appui sur l'armée et les autres
forces de sécurité pour se maintenir au pouvoir en dépit de la volonté
populaire. Elles sont et restent donc soumis à un préalable : la fin du
régime de dictature et l'instauration de la démocratie au Togo.
4- Le "projet" et la question de l'impunité.
Rien non plus de fondamental n'a changé dans la re-écriture du projet
d'accord politique global. Le texte dans sa nouvelle version maintien
les dispositions antérieures sur « la création d'une commission "Vérité
et Réconciliation" qui sera chargée de faire la lumière sur les actes de
violence à caractère politique, commis depuis les années 1958 jusqu'à ce
jour ». Mais pourquoi « depuis les années 1958 jusqu'à ce jour ? »
Les faits de violence d'Etat et de violation des droits humains
confirmés par les organisations internationales depuis 1990
remontent-ils à 1958 ? En remontant à cette année là, le projet cache
mal la volonté du régime à légitimer le coup d'état militaire de 1963,
celui de 1967 et les coups de force successifs de 2005.
Quelles que soient les réponses apportées par le texte initial et le
texte re-écrit, l'éradication de l'impunité dans un régime de dictature
qui s'en sert pour se maintenir au pouvoir ne peut pas être réalisée par
ce même régime. Elle relève aussi du même préalable : la fin du régime
de dictature. Ce n'est donc pas avec des discours incantatoires
opportunistes et démagogiques comme nous l'avons écrit que le problème
de l'insécurité pourra être résolu au Togo.
5- Les autres propositions du projet
Sur la question des réfugiés et des déplacés, du financement des partis
politiques, des organes de suivi des décisions du dialogue, des
dispositions finales, le nouveau document n'apporte rien de fondamental
nouveau. Sauf sur la question de la formation d'un nouveau gouvernement.
Sur cette question, le projet introduit une disposition de taille qui
peu passer inaperçu. Prenant prétexte de la réconciliation nationale et
de la confiance mutuelle pour la « consolidation du processus
d'apaisement », les parties prenantes au dialogue recommandent au «
Président de la République de former un nouveau Gouvernement... et
manifestent leur disponibilité à y œuvrer pour la mise en œuvre
consensuelle des résolutions...» La mention du mot « Président de la
République » évacue à elle seule le contentieux électoral né du scrutin
truqué de l'élection présidentielle d'avril 2005.
Il marque ainsi la reconnaissance et la légitimation du mal élu actuel.
Dans la situation présente, où la résolution de la question du
contentieux des présidentielles d'avril 2005 doit constituer le
préalable parce qu'elle détermine l'avenir des scrutins à venir,
l'évacuer sous le prétexte de la « réconciliation nationale », c'est
cautionner, comme par le passé (1998, 2003, 2005) d'autres entorses
graves à la démocratie. Et c'est un encouragement à d'autres violations
du suffrage universel au Togo.
La version 2 du projet d'accord politique global ne peut donc permettre
au Togo de passer du régime de dictature militaire à un système
politique démocratique. C'est pourquoi elle est tout aussi dangereuse et
irrecevable que le premier texte. Elle ne lève donc en rien l'hypothèque
sur l'avenir démocratique du Togo. Elle permet, à l'instar de la
première version, de légitimer le pouvoir en place pour normaliser la
situation politique au seul profit du régime de dictature militaire, de
son parti le RPT et de tous ceux qui aspirent à collaborer avec lui pour
le maintien de son système. On ne change pas de régime de dictature en
collaborant avec lui.
Paris, le 18 Juillet 2006
Pour la CDPA-BT
Section de France
Emmanuel BOCCOVI
CONVENTION DEMOCRATIQUE DES PEUPLES AFRICAINS - BRANCHE TOGOLAISE
CDPA-BT - BP 13963 Lomé Togo
L'oppression se nourrit du silence... et de l'inaction
Pour toutes remarques, suggestions ou contribution, s'adresser à:
CDPA-BT, B.P. 13963, Lomé Togo
E-Mails à: cdpa-bt@cdpa-bt.org ou cdpa-bt-ev@web.de
Site internet : www.cdpa-bt.org |
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