Déclaration du CAR
en réaction au rapport de la Commission Nationale Spéciale d’Enquête
COMITE D’ACTION POUR LE RENOUVEAU (CAR)
Le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), après lecture et analyse du
rapport rendu public le 10 novembre 2005 par la Commission Nationale
Spéciale d’Enquête à l’issue des investigations qu’elle a diligentées à
propos des actes de violence vécus par le pays avant, pendant et après
le scrutin présidentiel du 24 avril 2005, tient à faire la déclaration
dont la teneur suit:
Il est tout d’abord déplorable que la Commission d’enquête ait omis de
la liste des victimes, des centaines de personnes décédées et des
milliers de blessés, privant ainsi les intéressés ou leurs familles du
droit de se faire indemniser.
Le CAR voudrait ensuite souligner qu’à l’examen des passages du rapport
concernant l’identification des auteurs et commanditaires des actes de
violence, force est de constater que la Commission ne s’est pas acquitté
du volet essentiel de sa mission.
En effet:
1. La Commission semble avoir oublié qu’au regard des normes juridiques
en vigueur au Togo, la responsabilité est individuelle par principe et
ne saurait être déclarée collective à une structure. Elle ne pouvait
donc pas, en l’occurrence, comme il ressort de son rapport, imputer une
responsabilité collective à la "Coalition de l’Opposition", ou à toute
autre structure.
Il convient de rappeler à ce propos que la Commission Nationale telle
que créée par le Décret N° 2005-050/PR du 25 mai 2005, n’avait pas
seulement pour mission d’établir la réalité et les conséquences des
actes de violence, comme ce fut le cas pour la Commission de
vérification des Nations Unies. Elle avait aussi la charge de faire la
lumière sur les auteurs et les commanditaires des actes de violence.
Aussi, est-ce à tort qu’elle s’est gardé de spécifier les noms des
coupables lors de la présentation de son rapport, en s’abritant derrière
le principe de "présomption d’innocence".
On ne réalise pas comment les victimes peuvent exercer les poursuites
judiciaires en réparation de leurs dommages, si les noms des auteurs et
commanditaires ne sont pas rendus publics.
La Commission ne pouvait pas se permettre, au nom de la présomption
d’innocence, d’occulter les noms des coupables, en livrant, en revanche,
à la suspicion publique, l’ensemble des membres des groupes
d’appartenance de ces coupables.
2. Tant que le mystère continuera à être entretenu autour de l’identité
des coupables, il y a lieu de considérer comme de pures affabulations
calomnieuses, les diverses responsabilités imputées par la Commission à
la Coalition de l’Opposition:
(i) Il en est ainsi du passage du rapport où la Commission prétend que
les analyses qu’elle a effectuées ont révélé à l’endroit de la Coalition
"l’existence d’une stratégie de conquête de pouvoir par la violence
délibérément conçue, organisée et méthodiquement exécutée", au mépris
des conséquences désastreuses enregistrées tout au long des opérations "
(8.6-2).
(ii) Il en est de même du fait que la Commission reproche à la Coalition
d’être conjointement responsable, avec le RPT, des actes de violence
constatés, pour n’avoir pas su à temps que les rivalités politiques
auxquelles leurs partisans se livraient avant le scrutin présidentiel
pouvaient, en raison de l’intolérance politique, du tribalisme et de la
xénophobie qui régneraient dans le pays, dégénérer en "guerres tribales"
(8.5).
(iii) Il en va autant des insinuations de la Commission tendant à faire
croire que les dirigeants de la Coalition seraient derrière les
agressions dont ont été victimes les ressortissants de certains États
étrangers (8.6).
3. Le CAR s’étonne que la Commission Nationale Spéciale ait passé sous
silence la lourde responsabilité que le Chef de l’État intérimaire à
l’époque des faits endosse, pour avoir refusé de suspendre le processus
du scrutin, tout en sachant pertinemment, au regard du sérieux de
l’alerte lancée par le Ministre de l’Intérieur d’alors que, par ce
refus, il menait tout droit le pays vers une catastrophe.
4. Compte tenu des graves insuffisances entachant les passages du
rapport concernant l’identification des coupables, il est manifeste que
la Commission Nationale Spéciale d’Enquête n’a pas rempli la mission qui
lui est assignée.
5. Le CAR estime dans ces conditions, qu’il revient au Dialogue National
en perspective de rechercher, dans le cadre des mesures de lutte contre
l’impunité et d’apaisement national, les voies et moyens pour faire la
lumière sur les auteurs et les commanditaires des actes de violences que
le pays a connus, avant, pendant et après le scrutin présidentiel du 24
avril 2005.
Fait à Lomé, le 16 novembre 2005
Pour le CAR Le Président National,
Me Yawovi Agboyibo
Comité d'Action pour le Renouveau (CAR) - doumbiara@yahoo.fr
Courriel: yagboyibo@bibway.com
58, Avenue du 24 Janvier, Lomé Togo
BP. 06 – Tél: (228) 222-05-66 – Fax: (228) 221-62-54 |
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