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Crise au Togo : garantir
les droits de l'Homme et des élections libres, transparentes et ouvertes à
tous !
Lettre ouverte de la Coalition des ONG pour le Togo (FIACAT, ACAT, OMCT,
FIDH, Franciscans international, Agir ensemble pour les droits de l'Homme,
Secours catholique, Survie)
Lettre ouverte à l'attention : Du Président en exercice de la CEDEAO, M.
Mamadou Tandja, Du Président en exercice de l'Union africaine, M. Olusegun
Obasanjo Du Président de la Commission de l'Union africaine, M. Alpha
Oumar Konaré, Du Président de l'Organisation Internationale de la
Francophonie, M. Abdou Diouf, Du Haut Représentant de l'Union européenne
pour la PESC, M. Javier Solana, Des ministres des Affaires étrangères des
Etats Membres de l'Union européenne, Du Commissaire européen au
développement et à l'aide humanitaire, M. Louis Michel, De la Présidence
luxembourgeoise de l'Union Européenne, De l'ambassadeur représentant
permanent du Grand-Duché de Luxembourg auprès des Nations Unies à Genève,
Mme Christine Berns.
Paris, Genève, le 10 mars 2005
Monsieur le Président, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, Monsieur
le Haut Représentant,
Les membres de la Coalition des ONG pour le Togo , se félicitent des
efforts entrepris par vos organisations respectives dans la recherche
d'une résolution pacifique de la crise politique qui perdure au Togo,
particulièrement depuis la mort de Gnassingbé Eyadéma. Au départ très
critique, la communauté internationale semble aujourd'hui se contenter du
retrait de M. Faure Gnassingbé de la Présidence et de l'organisation
d'élections présidentielles annoncées pour le 24 avril 2005. Par sa
tentative de coup d'Etat militaro-institutionnelle, le régime en place a
pourtant démontré une nouvelle fois qu'il n'était pas encore prêt à
s'ouvrir à de véritables élections démocratiques. Le Togo est un pays dans
lequel la démocratie n'a jamais pris forme en 38 ans de règne du Président
Eyadema, et dans lequel les élections passées ont été entachées de fraudes
massives et marquées de graves atteintes aux droits fondamentaux. .
Particulièrement vigilante quant à la situation des droits de l'homme
actuelle, la Coalition des ONG pour le Togo vous demande de maintenir une
pression forte et constante sur les autorités togolaises afin de mettre un
terme aux violations des droits de l'homme et d'aboutir rapidement à
l'élaboration d'un cadre consensuel permettant la tenue d' élections
libres, transparentes et ouvertes à tous.
1) Concernant les violations des droits de l'homme
Durant les 38 ans de règne de Gnassingbé Eyadema, les forces de sécurités
togolaises ont régulièrement commis de graves atteintes aux droits de
l'homme (tortures, exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées),
largement dénoncés et documentées par plusieurs organisations et
institutions internationales. Depuis les événements du 5 février 2005, ces
droits ont été systématiquement bafoués et la situation des droits de
l'Homme s'en est nettement détériorée : · Fermeture pendant plusieurs
jours des médias privés indépendants. · Menaces, intimidations et
harcèlements à l'encontre de journalistes, de défenseurs des droits de
l'homme et de plusieurs membres de la société civile. · Arrestations
arbitraires d'étudiants et de membres de la société civile. · Répressions
brutales et meurtrières des différentes manifestations pacifiques et
populaires en faveur de la démocratie et du retour à l'Etat de droit,
notamment celles des 7, 12, 27 et 28 février 2005 ayant causé la mort d'au
moins 9 civils, de nombreux blessés et des allégations de disparitions
forcées. · Allégations de de viols et cas d'agressions sexuelles lors de
ces événements. · Exactions commises par les milices armées.
Nous condamnons avec la plus grande fermeté toutes ces violations des
droits de l'homme et appelons la communauté internationale à :
· Condamner les graves atteintes aux droits de l'homme qui ont été
commises par les forces de sécurité et les milices opérant sous leur
contrôle effectif, notamment les 27 et 28 février 2005 lors de la
manifestation pacifique de femmes à Lomé. · Faire pression sur les
autorités togolaises pour qu'elles :
-
cessent les actions de répression de l'armée et des forces de sécurité à
l'encontre des populations civiles désireuses d'un changement politique,
notamment en interdisant l'utilisation d'armes de guerre pour le maintien de
l'ordre lors des manifestations pacifiques ; -
recherchent les auteurs et les
responsables de ces actes afin de les déferrer devant les juridictions
compétentes ;
mettent fin aux menaces, intimidations et harcèlements à l'encontre des
journalistes, des défenseurs des droits de l'homme et des membres de la société
civile ;
-
garantissent l'exercice des libertés publiques, notamment le respect des
droits à la liberté d'expression et de réunion;
procèdent au désarmement et au démantèlement des milices ; -
prennent des
mesures visant à sanctionner tous les éléments des forces de sécurité qui se
rendraient coupables de nouvelles atteintes aux droits de l'homme. · Demander
l'ouverture d'une enquête internationale et indépendante sur les violations des
droits de l'homme qui ont été commises depuis le coup d'état du 5 février 2005,
notamment sur les répressions des manifestations.
2) Concernant la tenue des élections présidentielles
Prenant acte de la démission de M. Faure Gnassingbé et de l'annonce de la
tenue des élections présidentielles, nos organisations sont cependant
vivement préoccupées par l'absence d'un cadre institutionnel permettant
l'organisation, dans les 60 jours, d'élections libres, transparentes et
ouvertes à tous. Les institutions chargées de conduire le processus
électoral (CENI, Ministère de l'Intérieur, HAAC, Cour constitutionnelle)
n'offrent pas, dans leur configuration actuelle, les garanties nécessaires
d'indépendance et d'impartialité dans l'organisation du scrutin. Certaines
d'entre elles ont, en effet, été directement impliquées dans le coup
d'état du 5 février 2005. Par ailleurs, la Constitution et le Code
électoral actuels sont le résultat de nombreuses modifications arbitraires
qui ont permis au Président Gnassingbé Eyadema de se maintenir au pouvoir
pendant 38 ans. La date du 24 avril 2005 retenue pour la tenue des
élections présidentielles paraît très rapprochée pour mettre en œuvre
toutes les opérations liées au scrutin notamment la révision des listes
électorales, la mise en place des commissions électorales locales, la
distribution des cartes d'électeurs, l'acheminement du matériel électoral,
l'envoi en nombre suffisant d'observateurs internationaux, etc. Dans la
situation actuelle, cette élection aura tous les attributs d'une nouvelle
mascarade électorale dont l'objectif est de faire succéder M. Faure
Gnassingbé à son père et perpétuer le régime. Ce scénario comporte en
lui-même tous les germes d'un dérapage conflictuel qui rendrait la
situation des droits de l'Homme et les libertés encore plus préoccupante.
C'est pourquoi, nous considérons que la Constitution adoptée en 1992 de
façon consensuelle par l'ensemble des acteurs politiques et sociaux, ainsi
que les 22 engagements pris en avril 2004 par le Togo dans le cadre des
Accords dits de Cotonou avec l'Union européenne (notamment l'engagement
1.3) doivent servir de base à un accord politique global entre tous les
acteurs de la vie politique permettant à terme la tenue d'élections
crédibles et acceptées par tous .
Dans cette perspective, nous appelons la communauté internationale à :
· Maintenir sa pression sur les autorités en place pour la poursuite d'un
dialogue avec l'ensemble des acteurs politiques, comme stipulé dans les 22
engagements pris par le Togo le 14 avril 2004 avec l'UE, afin d'assurer
une transition consensuelle devant déboucher sur l'organisation
d'élections libres, transparentes et ouvertes à tous. · S'impliquer
fortement dans l'organisation, la tenue et la supervision des élections
présidentielles afin qu'elles soient libres, transparentes et ouvertes à
tous, notamment par :
-
l'envoi rapide d'experts pour évaluer comment préparer au mieux les
prochaines élections dans un délai raisonnable; -
l'envoi en grand nombre
d'observateurs civils et militaires internationaux dans le but de garantir la
sécurité et la libre circulation de tous les candidats et des électeurs, ainsi
que la transparence et la régularité dans la gestion du vote.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre, Monsieur le Haut Représentant, l'assurance de notre
haute considération.
Publié le mardi 15 mars, 2005
Source: Survie France
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