Message de remerciements
François A. Boko, ancien ministre de l’intérieur, de la sécurité et de la
décentralisation du Togo
Chers Concitoyens,
Ceux qui m’ont connu peuvent honnêtement attester que j’ai rarement triché
avec mes convictions et qu’à tous les postes (militaires, civils et
politiques) que j’ai acceptés d’occuper, parfois dans des conditions
difficiles, j’ai toujours essayé d’être en harmonie avec les exigences de
ma conscience et celles de l’intérêt général. C’est dans un tel esprit
qu’il faut comprendre la position que j’ai prise à la veille de l’élection
présidentielle togolaise du 24 avril 2005.
En effet, eu égard aux dangers que traversait notre pays et aux risques
réels de dérapages sanglants qui se profilaient à l’horizon et après avoir
en vain tenté de convaincre les autorités politiques et militaires de la
nécessité de changer d’option pour sauver l’essentiel, j’ai décidé de
démissionner de ma fonction de Ministre de l’Intérieur en me
désolidarisant d’un processus électoral chaotique. Pour moi, l’intérêt
général était gravement menacé et les signaux observés annonciateurs d’un
péril imminent, ne me permettaient plus d’être en harmonie avec les
valeurs d’éthique qui sont les miennes. Cependant, lorsque j’avançais ces
prévisions catastrophiques, j’espérais fortement avoir plus de peur que de
mal. Je suis malheureusement à présent meurtri par les conséquences de
cette gourmandise politique qui a conduit à la tragédie que vivent les
Togolais aujourd’hui. Je m’associe en particulier aux prières et
supplications pour la mémoire de ceux de nos concitoyens tombés pour la
démocratie et souhaite que le sang versé balise les voies de la vraie
réconciliation nationale pour laquelle j’invite tous les Togolais à
s’atteler obstinément.
L’impressionnante manifestation de sympathie, d’encouragement qui m’est
parvenue et qui continue de me parvenir, les coups de fils et lettres
d’amitié à mon épouse et à mon fils en détresse, les marques spontanées de
générosité ainsi que les offres d’hospitalité me sont allés droit au cœur
et m’ont permis de mesurer la flamme d’espoir qui traverse ce pays. Je dis
merci aux Togolais pour cet élan de solidarité et pour leur mobilisation
qui a permis en grande partie de sauver ma vie.
J’ai été particulièrement sensible à la grande sympathie exprimée par les
jeunes de la capitale et de l’intérieur de notre pays, les femmes du
marché, les acteurs de la société civile, certains leaders politiques
venant d’horizons divers dont l’action a participé au dénouement heureux
de la situation que j’ai traversée.
Je suis reconnaissant à la gigantesque mobilisation de la diaspora dont
les réseaux ont beaucoup contribué à attirer l’attention positive et la
vigilance de certaines diplomaties et de l’opinion internationale.
J’exprime ma gratitude aux femmes et hommes de Dieu pour leurs prières et
leurs supplications et les invite à continuer de nourrir spirituellement
ce peuple qui en a tant besoin.
A mes frères d’armes, je leur renouvelle l’amitié constante qu’ils m’ont
témoignée et leur demande de croire au rendez-vous avec la patrie pour une
aube nouvelle empreinte de réconciliation et de tolérance, dans laquelle
le peuple cessera d’être considéré comme l’ennemi du dedans et pourra
enfin jouir de la protection et du respect qu’il mérite légitimement.
A mes amis, qui m’ont gardé et exprimé leur amitié et m’ont soutenu dans
ces moments difficiles, je suis reconnaissant.
A certains de mes anciens partenaires politiques, qui désormais me vouent
aux gémonies et utilisent des méthodes d’un autre âge fondées sur la
calomnie et les montages grossiers et grotesques pour porter atteinte à
mon intégrité morale et à celle de ma famille, je les rassure que ces
orchestrations n’ébranleront en rien mes convictions politiques et ma
détermination à les exprimer et à les défendre au nom de l’intérêt
général. Face à ces mensonges qui illustrent bien l’incapacité de ceux qui
les fomentent à changer de méthodes, je fais confiance au peuple souverain
qui saura discerner. Car "on peut un temps tromper tout le peuple; on peut
tout le temps tromper une partie du peuple; mais on ne peut pas tout le
temps tromper tout le peuple".
Pour ma part, je continuerai de défendre mes idées en utilisant des moyens
politiques et en m’imposant des règles d’éthique et de déontologie qui
proscrivent l’usage de la diffamation et de la calomnie pour donner des
coups politiques. Cependant, lorsque par la force des calomnies, mes
adversaires m’obligent à descendre dans l’arène, je me réserve le droit de
retourner au cœur des délicates investigations que j’ai eues le privilège
de mener pour montrer les preuves de mon intégrité morale.
Enfin, je reste infiniment reconnaissant aux diplomaties allemande et
française, à celles de l’Union Européenne, des États-Unis, des Nations
Unies et de l’Union africaine, ainsi qu’au soutien de certains chefs
d’État d’Afrique et d’ailleurs dont l’efficacité a rendu possible mon
exfiltration. Je souhaite que la communauté internationale n’abandonne pas
ce peuple qui cherche inlassablement sa voie et qui croit fondamentalement
que les valeurs de liberté, de progrès et d’humanisme dont aspirent
légitimement tous les peuples, ne sont pas des valeurs à géométrie
variable.
Peuple togolais, peuple meurtri, ne soit pas désespéré. Ploie, fléchis
mais ne romps pas car tu as rendez-vous avec ta patrie qui t’attend pour
une aube nouvelle de réconciliation nationale.
Paris, le 01 juin 2005
François A. Boko
Ancien Ministre de l’Intérieur, de la sécurité et de la décentralisation
du Togo
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