L'Afrique dénonce
l'hypocrisie de la Banque mondiale
La crédibilité du discours que tient la Banque mondiale à l'Afrique,
en prônant transparence et bonne gouvernance, est écornée par l'affaire
de népotisme qui a poussé Paul Wolfowitz, son président, à décider de
renoncer à ses fonctions.
Les gouvernements africains, accusés de façon récurrente par les élites
du Nord d'être corrompus, sont habitués depuis des années au refrain des
délégations de la Banque mondiale sur la nécessité d'assainir leurs
pratiques et de rendre leur gouvernance plus rigoureuse et transparente.
Après plusieurs semaines d'incertitudes, Wolfowitz a accepté jeudi de
démissionner après la vague d'indignation soulevée en raison de son rôle
dans l'avancement de sa compagne Shaha Riza, une ancienne experte du
Proche-Orient auprès de la Banque.
En Afrique, cette décision a été très bien accueillie.
"Il n'appliquait pas à lui-même ce qu'il préconisait aux autres",
a observé Charles Mugabo, gérant d'un cyber-café de Bujumbura. L'affaire
Wolfowitz, a-t-il jugé, est une leçon pour les pays occidentaux qui ne
doivent pas être si prompts selon lui à se proclamer supérieurs au reste
du monde sur le plan de la moralité.
"INTEGRITE EN JEU"
"Comment peut-on faire la leçon à l'Afrique quand on utilise l'argent
de la Banque mondiale pour donner une augmentation à sa petite amie?",
a interrogé Dick Musisi Mpiima, président de l'Association des
exportateurs, importateurs et commerçants d'Ouganda.
Les experts africains pensent que, dans l'ensemble, ce scandale nuira à
la principale campagne de la Banque mondiale, qui est de promouvoir la
bonne gouvernance et l'honnêteté dans les affaires sur un continent dont
les groupes étrangers s'arrachent les richesses naturelles.
"Son intégrité est en jeu", a estimé Maxwell Mkwezalamba, commissaire de
l'Union africaine aux Affaires économiques.
Pour beaucoup d'Africains, cette affaire illustre par ailleurs la
nécessité d'élargir la gestion de la Banque pour refléter la diversité
de ses membres.
Ce sont les Etats-Unis, son plus grand actionnaire, qui ont toujours
choisi son président. Si elle est le continent le plus concerné par les
décisions de cette institution, l'Afrique n'a jamais eu son mot à dire
dans ce choix éminemment stratégique.
"Nous sommes un acteur important parce que nous empruntons de
l'argent à la Banque. Nous devons par conséquent avoir notre mot à dire",
a dit le ministre zambien de l'Information, Mike Mlongoti.
MAUVAIS MESSAGE
D'autres ont regretté le départ de Wolfowitz, qui était selon eux
sensible aux problèmes et aux besoins de l'Afrique.
"La Banque a perdu un homme qui aimait l'Afrique", a estimé
Esther Passaris, une femme d'affaires basée à Nairobi.
Pour Alphonse Muzito, ministre du Budget de la République démocratique
du Congo, Wolfowitz est la victime de ses ennemis au sein de la Banque.
Tous s'accordent cependant sur le fait que le scandale envoie
précisément le mauvais message aux dirigeants africains, très courtisés
par les entreprises occidentales et par l'ambitieuse diplomatie
chinoise.
"La façon dont Wolfowitz a négocié une augmentation pour sa compagne
équivaut à celle dont le président Idriss Déby a détourné les revenus du
pétrole", a estimé Ngarlegy Yorongar, un opposant du président
tchadien.
Wolfowitz avait brièvement suspendu au début 2006 le versement des prêts
de la Banque au Tchad en accusant N'Djamena d'avoir enfreint un accord
en amendant unilatéralement une législation sur les revenus pétroliers
pour puiser dans un fonds réservés en théorie aux générations futures.
"Il serait dommage de revenir à cette vieille époque où les
représentants de la Banque mondiale en Afrique entretenaient des
relations très intimes avec les dirigeants", a estimé Maïna Kiai,
membre d'une organisation kényane de défense des droits de l'homme.
Source: Reuters |
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