Paul Biya modifie la Constitution
camerounaise
pour rester au pouvoir
Au pouvoir depuis vingt-six ans, le président Paul Biya va pouvoir
solliciter un nouveau mandat. L'Assemblée nationale, largement dominée
par le parti présidentiel, le Rassemblement démocratique du peuple
camerounais (RDPC), a en effet voté, jeudi 10 avril, par 157 voix pour
et 5 contre, plusieurs projets d'amendements à la Constitution de 1996
qui ouvrent la voie à un nouveau septennat pour l'actuel chef de l'Etat.
Quinze parlementaires appartenant au principal parti de l'opposition, le
Front social-démocrate (SDF), avaient quitté la salle, peu avant le
scrutin, pour protester contre ce qu'ils ont appelé un "coup d'Etat
constitutionnel".
L'article 6 (alinéa 2) prévoit, dans sa nouvelle version, que le
président est "rééligible" alors que, dans la précédente, le
mandat était "renouvelable une fois". "C'est conforme aux normes
internationales qui se pratiquent dans de vieilles démocraties comme la
France et le Royaume-Uni. Cela garantit donc le soutien enthousiaste de
tous les Camerounais de bonne foi", a affirmé l'un des responsables du
parti présidentiel, Jean-Bernard Ndongo Essomba.
Les autres modifications vont toutes dans le sens d'un affaiblissement
du pouvoir de l'Assemblée nationale au profit du chef de l'Etat, âgé de
75 ans, dont un autre article officialise l'immunité à l'issue de son
mandat.
Le vote du projet de loi suscite des interrogations sur les projets du
chef de l'Etat dont le mandat court jusqu'en 2011. Des responsables
politiques sont convaincus que Paul Biya, sans attendre l'échéance, va
provoquer une élection présidentielle anticipée à laquelle il sera
candidat.
Il n'y a pas eu de réaction dans les rues de Yaoundé, la capitale, ou
Douala, l'agglomération économique, jeudi, à l'issue du vote de
l'Assemblée nationale.
Fin février, des émeutes contre la vie chère avaient secoué les grandes
villes du pays et avaient fait quarante morts selon les autorités, plus
d'une centaine, à en croire les associations des droits de l'homme.
Depuis ces troubles, les autorités ont manié la carotte et le bâton.
Quelque 700 personnes - souvent des jeunes - ont été condamnées, par une
justice jugée "expéditive" par les ONG, à des amendes ou à des peines de
prison, selon un décompte officiel. Et une campagne anticorruption,
l'opération "Epervier", a été relancée dans les milieux du pouvoir qui a
fait plusieurs victimes connues.
Parmi elles figurent deux anciens ministres poursuivis pour
"détournement de fonds publics", des hauts fonctionnaires et des hommes
d'affaires. Par ailleurs, le gouvernement a imposé des baisses de prix
des produits de première nécessité. Elles sont effectives, et c'est
surtout de cela que parlent les Camerounais.
Jean-Pierre Tuquoi
Article paru dans l'édition du 12.04.08.
Ps.
Au Cameroun, le gouvernement de Paul Biya négocie aussi de petits
joujoux militaires pour faire la guerre. Des hélicoptères russes, acquis
via des intermédiaires suisses, doivent débarquer d’ici peu à Yaoundé,
la capitale. Pas de rebelles prêts à débarquer, mais les tensions
sociales (hausse des prix, corruption, etc.) laissent craindre de
nouvelles émeutes. D’autant que la population a fort mal pris la
modification constitutionnelle qui permet à Biya de se représenter à la
magistrature suprême au-delà des deux mandats réglementaires. Et en
président démocrate, « Popol » souhaite pouvoir canaliser tout
débordement. Source:
http://www.bakchich.info/breve634.html
|
 |
 Réagissez à cet article!
Lire aussi:
Dérives autocratiques
|